Près de Brioude, en Auvergne
peu près vaines ; on n'avait pu se dispenser de recourir aux houilles anglaises, dont on constate l'introduction régulière dès 1520. Un entrepreneur qui, en 1643, se propose de reprendre l'exploitation du bassin de Brioude, ne compte pas employer plus de trente ouvriers dans chaque mine. Au temps de Colbert, les mines les plus productives sont celles du Hainaut, réparties sur quatorze lieues carrées, dont l'activité cependant ne permet point aux forges locales de se passer des charbons de Mons et de Charleroi ; puis celles du Forez, sans cesse envahies par les eaux, dont les produits cependant s'expédient à Lyon, où on les utilise pour chauffer les établissements publics, et même jusqu'à Paris ; puis celles du Bourbonnais, d'Alais, de Saumur, ces dernières disputant ^à l'importation anglaise la fourniture des villes de la Loire. Sous Louis XV, l'Artois consomme encore du charbon étranger ; c'est seulement dans la deuxième moitié du siècle que la grande entreprise des mines d'Anzin, en réduisant des trois quarts le prix du combustible, parvient à triompher de la concurrence des charbons belges et à approvisionner à elle seule cinq provinces. Sous Louis XVI on voit encore plusieurs mines, et qui comptent parmi les plus riches, abandonnées après un commencement d'exploitation ; l'abondance même des produits, jointe à l'insuffisance des débouchés, est souvent pour les concessionnaires une cause de ruine. En 1789, les houillères françaises ne produisent pas la centième partie de ce qu'elles rendent aujourd'hui. On pourrait presque dire que dans l'ancienne France la principale industrie extractive était celle du sel, que l'on retirait en partie des mines de Franche-Comté et de Lorraine,, mais surtout des salines de l'Aunis et de la Saintonge, qui en expédiaient des quantités considérables dans tous les pays du Nord, jusque dans l'Allemagne orientale et en Moscovie.
Ce développement industriel, dont nous venons d'es-
quisser le tableau, est surtout l'œuvre de riches entrepreneurs ; il ne faut pourtant pas oublier que, soit dans les cadres corporatifs, soit en dehors d'eux, même dans les villes, la petite industrie conserve une indiscutable prépondérance. A proportion de leur taille, les cités comptaient plus d'étabhssements qu'aujourd'hui. A Paris, sous la Régence, il se trouvait 15 boulangers pour dix mille habitants, alors que maintenant il n'y en a plus que 7 ; même différence dans les villes de province : Orléans, bien que deux fois moins peuplée, possédait presque autant de boulangeries qu'à présent, et cependant la boulangerie professionnelle était encore loin d'avoir complètement remplacé la fabrication domestique i. Parmi les industries ahmentaires, une seule, toute récente, a vraiment pris figure de manufacture : c'est la sucrerie, qui s'est établie dans les ports du Ponant, notamment à Nantes, et dans les villes du cours inférieur et moyen de la Loire, Angers, Saumur, Orléans. A peine peut-on signaler, dans la deuxième moitié du xviii^ siècle, les progrès d'une mouture perfectionnée qui, par le « remoulage des gruaux », permet d'accroître d'un sixième le rendement en farine '. Parmi les industries que nous avons appelées minérales, si la verrerie et la faïencerie ont donné naissance à de vastes usines, la poterie commune, la briqueterie, la tuilerie ont fidèlement conservé les caractères de la modeste fabrication d'autrefois. Est-il besoin d'observer que la cordonnerie et la saboterie, par exemple, sont dans le même cas ?
Les règlements de métiers contribuaient, pour une large part, à maintenir les petits ateliers : à Lyon, à Paris, à Tours, ceux de la soierie obligeaient chaque maître à n'avoir qu'une échoppe et qu'un apprenti. L'apprenti unique était également, au xvii^ siècle, la règle des sayet-