Voir d'Xyenel, Paysans et ouv7'iers
2. Voir Weulersse, Mouvement physiocr., t. il, p. 577-579, F. Alcan.
teurs d'Amiens ; le règlement général des lainages n'en autorisait que deux. Notons aussi que, parmi les industries nouvelles, plusieurs — et de celles qui caractérisent le plus nettement la production nationale — sont des industries d'art, qui ne comportent pas la fabrication en grand : l'ébéniste, l'émailleur, l'orfèvre n'auront jamais besoin d'une vaste installation.
Au village, et même dans la plupart des bourgs, c'est la très petite industrie qui subsiste. Nous voyons bien ce que sont aujourd'hui encore le charron, le serrurier, le tonneher ou le maçon dans les campagnes de France ; seuls le maréchal-ferrant et le mejmier se distinguaient de ces humbles ouvriers, parce qu'ils possédaient un attirail déjà important ; et ces divers artisans, les gros comme les petits, cultivaient la terre tout en exerçant leur métier. Dans nombre de provinces, d'autre part, le*^paysans ont cherché à occuper les loisirs que leur laissait la culture : en Bretagne, en Picardie, en Normandie, en Champagne, ils demandent un supplément de revenu au tissage. En Gévaudan chaque paysan a son métier ; tous travaillent, les enfants dès l'âge de quatre ans, à produire des cadis grossiers qui valent dix sous l'aune. Dans les montagnes du Jara l'horlogerie devient une souice d'aisance. Partout les femmes fdent pour leur ménage, quand ce n'est pas pour quelque entreprenem' : elles ont presque toujours le fuseau à la main i.
Une certaine concentration géographique des industries commence cependant à se marquer. Plusieurs tendent à se locahser à proximité des lieux qui leur fournissent la matière première. Ainsi la fabrique des soieries se développe principalement dans les provinces où les plantations de mûriers ont réussi, c'est-à-dire dans le Bas-Languedoc, dans la Haute-Provence^ dans toute la vallée inférieure du Rhône : Lyon doit pour beaucoup
1. Voir Babeau. Vie rurale clans l'ancienne Finance, p. 146-148,
au double voisinage des magnaneries nationales et italiennes la prospérité de son industrie maîtresse, qui fait aussi la fortune de Nîmes et de Montpellier. L'échec de la culture du mûrier dans le bassin de la Loire est, au contraire, une des principales causes du déclin des manufactures de Tours, qui, au milieu du xvi^ siècle, avaient fait vivre 40.000 personnes. Le tissage du lin se répand de préférence dans les pays qui le cultivent, en Flandre, en Picardie, en Bretagne, en Béarn ; le Pays de Caux et le Dauphiné produisent le chanvre qu'ils travaillent ; la Champagne, la Picardie, le Haut-Languedoc avaient été de grands pays d'élevage du mouton avant de devenir des lieux d'élection de l'industrie drapière. La prospérité de l'industrie lainière en Flandre s'est longtemps expliquée par la contiguïté des Pays-Bas espagnols, d'où lui arrivaient les matières de qualité supérieiu'e, autant que par l'antiquité des traditions ouvrières locales. Si la région rouennaise enfin devient un. grand centre de fa'brication des tissus, c'est que la navigation maritime lui permet de s'approvisionner facilement de laines d'abord, ensuite de coton. Le rapprochement des débouchés est aussi à considérer : les relations établies de longue date avec le Levant n'ont pas peu contribué au progrès de la fabrique des draps dans le Languedoc, la Provence et le Dauphiné. Ou bien encore ce sont certaines facilités générales de communications, une certaine abondance de capitaux et de main-d'œuvre, qui déterminent l'essor industriel d'une ville ou d'une région. Lyon, nous l'avons dit, est une perpétuelle foire au travail et un marché international, où toutes les entreprises comme toutes les idées peuvent fleurir ; Marseille ne possède pas seulement des industries locales, comme les constructions navales et la savonnerie ; la chapellerie, la bonneterie, la fabrication des indiennes s'y installent aussi en raison des commodités financières et commerciales que toute manufacture est sûre d'y trouver.
C'est peut-être dans l'industrie drapière que la concentration topographique est le plus accentuée. Au cours du XVII® siècle, on voit disparaître « les serges de Nantes et de Malestroit, les draps de Nimes et de Saint-Omer, les étames, revêches, bourracans e^t cordillats de Vendôme, Valence, Saint-Lô et de mille bourgades dont la réputation, évanouie avec leur prospérité, oubliée même des générations nouvelles, n'a laissé de traces que dans les Archives, Il y eut alors des luttes aussi ardentes entre les divers marchés intérieurs qu'il en peut exister aujourd'hui entre deux nations voisines i ». Ne voit-on pas une petite ville comme Niort se spéciahser dans la confection des gants de castor, de daim, de chamois et celle des buiïleteries pour les cavaliers ? Néanmoins, en 1789, ce royaume peuplé de 25 millions d'âmes compte encore peu de grandes cités manufacturières : si Paris, qui est la première, renferme déjà 600.000 habitants, Lyon, qui est la seconde, n'en a guère plus de 100.000 ; Boideaux, nous le savons, atteint à peine ce chiffre, et Marseille, Rouen, Nantes, Lille, qui viennent ensuite, ne dépassent pas la moitié.
§ 4. — Les transformations techniques.
Le double obstacle des règlements corporatifs et de la réglementation administrative, — Rudiments de division du travail. — La science appliquée, les « mécaniques » nouvelles.
La croissance de l'activité industrielle et le développement des grandes manufactures devaient naturellement amener de multiples transformations techniques : avant de les examiner, indiquons brièvement quels obstacles elles devaient rencontrer. Ils sont de deux genres : les uns tiennent au régime corporatif ; les autres à la réglementation administrative.
Les métiers constitués se montrent aveuglément hos-