‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 125 sur 130 · SUPPLÉANCE DU GRAND ET DU PETIT ESTOMAC · texte numérisé non relu

SUPPLÉANCE DU GRAND ET DU PETIT ESTOMAC

du grand estomac, le petit se mit à développer progressivement mie activité colossale, susceptible de suppléer complètement, du moins pour quelques espèces d'aliments, le grand estomac. Dans les conditions normales, en effet, le petit estomac, si l'on en juge d'après la quantité de suc produit, pouvait être évalué au 1/10° du grand; or, ici, il arrivait à égaler, quant à la quantité de suc, le grand estomac ; son travail se trouvait donc décuplé. Inversement, si on augmentait le travail glandulaire du grand estomac, le petit restreignait alors son activité d'une façon sensible. Dans les états pathologiques du grand eslomac, le petit reflète ainsi, en sens inverse, l'activité du grand.

Les rapports de sécrétion entre le grand et le petit estomac, dans des conditions normales et pathologiques de l'un ou de l'autre, ont pu être établis de diverses façons. Chez l'animal à jeun, la canule fistulaire du grand estomac restant ouverte, on nargue l'animal par la présentation d'aliments, et on provoque ainsi, dans les deux estomacs, une sécrétion dont on mesure là valeur. Ou bien, l'animal étant toujours à jeun, et la fistule gastrique ouverte, on lui donne à manger pendant quelque temps de la viande coupée en petits morceaux ou mieux encore sous forme de hachis menu. Le grand estomac est ensuite nettoyé des débris alimentaires, qui ne sont pas tombés spontanément ; on recueille alors le suc des deux estomacs. Quelquefois nous ouvi'ions la fistule du grand estomac, à la troisième ou à la quatrième heure de la digestion normale ; nous laissions l'estomac se vider de son contenu, et, après lavage, nous comparions la sécrétion des deux estomacs pendant le temps qu'elle continuait à se manifester encore. Il nous est enfin souvent arrivé, à la fin d'une période de digestion, de trouver, après ouverture

280 THERAPEUTIQUE EXPERIMENTALE.

de la fistule, l'estomac déjà vide d'aliments, tandis que la sécrétion, dans le grand comme dans le petit estomac, continuait encore ; la comparaison des quantités de suc donnait alors directement le rapport de sécrétion des deux estomacs.

La propriété frappante de l'estomac de pouvoir manifester une activité de suppléance nous indique nettement une tâche nouvelle d'ordre physiologique, celle d'analyser le mécanisme de ces phénomènes de compensation.

J'insiste, messieurs, sur l'importance que l'on doit accorder aux données de pathologie expérimentale, queje viens de communiquer. Il me semble quo, grâce à de telles recherches, l'état de maladie est mieux caractérisé ; les processus physiologiques de défense sont nettement séparés des phénomènes pathologiques proprement dits ; le l'ait pathologique lui-même est divisé en ses diverses phases et localisé d'une façon précise. Je suis presque convaincu que d'autres recherches dans cette voie désormais ouverte conduiront à des résultats meilleurs encore, et que nous pourrons enfin nous représenter les états morbides du tube digestif avec la même lucidité, la même netteté, la même ampleur, que nous nous représentons maintenant la marche normale de la digestion.

Mais nous, expérimentateurs, devrons-nous, même alors, nous tenir pour satisfaits? Je ne le crois pas. Quand nous constatons une déviation de la normale et que nous avons éclairé son mécanisme, nous devons naturellement nous efforcer de rétablir l'état normal. Seulement alors la première preuve est faite que nos connaissances physiologiques sont complètes, c'est-à-dire que nous

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