VARIÉTÉS D EXCITABILITÉ SALIVAIRE
si je m'approche plus pi^ès de l'animal que je puis observer une ou deux gouttes, qui coulent le long des parois du tube. Vous allez dire que la glande de l'animal présente quelque chose d'anormal ou que notre procédé d'excitation est défectueux? Mais suivez l'expérience. Je donne au chien de la poudre de viande sèche, aussi fine que possible; vous assistez aussitôt à une sécrétion abondante de salive. Si quelqu'un pensait que c'est la variété des chiens et non point celle des diverses glandes qui commande la différence des résultats que je vous présente, je lai répondrais que le Dr. G/inski a eu un chien porteur d'une double fistule sous-maxillaire et parotidienne, et que les mêmes expériences pratiquées sur ce chien ont donné, pour les deux glandes, des résultats absolument identiques à ceux que vous voyez aujourd'hui sur des chiens différents. Ce que nous avons produit avec la viande chez le dernier chien que je vous ai présenté, le Dr. Glinski l'a obtenu également avec un repas de pain : le pain frais, humide, ne provoque pas de sécrétion salivaire, tandis que le pain dur en provoque une importante. Le résultat de ces expériences impose des conclusions extrêmement instructives : 1° les différentes glandes salivaires présentent des différences réelles dans leurs conditions de travail, c'est-àdire au point de vue des agents excitateurs de leur système nerveux ; 2" l'appareil d'innervation de la glande parotide manifeste un pouvoir de sélection remarquable pour les excitants qui lui sont adéquats. L'effet mécanique de gros morceaux de viande est naturellement beaucoup plus grand que celui produit par des particules menues d'une poudre fine, et cependant la glande ne réagit qu'à cette excitation. Nous devons conclure, en conséquence, que c'est autre chose que l'action mécanique qui joue le rôle d'excitant. Cet autre chose est évidemment l'état
de siccité de l'aliment. C'est là un exemple de l'adaptation fonctionnelle propre à l'activité des organes que nous étudions. On voit aussi combien est erronée l'idée de ,1a toute puissance des excitations mécaniques. Déjà antérieurement à nos recherches, l'attention des auteurs avait été attirée sur l'action particulièrement excitatrice de l'état de siccité d'une substance sur la sécrétion salivaire. L'opinion courante, exprimée dans les Traités, attribue cependant une excitabilité universelle et non point spécifique à l'appareil sécréteur salivaire. Le Dr. Widfson qui poursuit actuellement, dans notre laboratoire, des recherches sur les glandes salivaires, a fait une observation très intéressante, qui complète les expériences de Glinski. La glande parotide, qui ne se trouve que peu ou même pas du tout excitée, quand on présente à l'animal de la \id,nde fraîche, réagit, quand on présente au chien un aliment sec (poudre de pain ou de viande), par une sécrétion très abondante. Ce phénomène est d'autant plus frappant que l'envie de manger a été plus attisée chez l'animal par la viande que par le pain sec. Je suis tout à fait convaincu qu'une étude analytique détaillée des excitants des trois paires de glandes salivaires serait fertile en faits nouveaux relatifs à la question qui nous occupe.
Le deuxième réactif, qui se déverse sur les aliments bruts, dans le tube digestif, est le suc gastrique. Comment, dans le cours normal des choses, les glandes gastriques qui élaborent ce suc sont-elles sollicitées à sécréter ? Vous connaissez déjà le premier et le principal fait qui se rapporte à cette question. Jetais allusion à l'apparition de suc gastrique dans l'estomac vide du chien œsophagotomisé, sous l'influence d'un repas fictif, c'est-à-dire