‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 47 sur 130 · ADAPTATIONS FONCTIONNELLES DE LA SALIVE · texte numérisé non relu

ADAPTATIONS FONCTIONNELLES DE LA SALIVE

la bouche ». Concomitamment au phénomène psychique, constitué par le désir de manger, il y a incontestablement une excitation du centre des nerfs des glandes salivaires. D'autre part, la même expérience journalière nous enseigne encore un fait que confirment de nombreuses expériences sur les animaux, à savoir que le simple contact de diverses substances avec la muqueuse buccale fait également entrer les glandes salivaires en travail. On a même l'impression que tout ce qui entre dans la bouche exerce une action réflexe sur les glandes salivaires et que les différences d'action ne tiennent qu'à des variations d'intensité dépendant elles-mêmes de la puissance d'excitation particulière à chaque substance. C'est justement cette impression qui, à mon sens, a puissamment contribué à faire méconnaître l'existence de l'excitabilité spécifique des terminaisons périphériques des nerfs centripètes du tube digestif. Le fait observé était exact; son interprétation était erronée.

La grande diversité des excitants de la sécrétion salivaire est, sans doute, liée à la complexité du rôle'physiologique de la salive. Tout ce qui pénètre dans le tube digestif est tout d'abord en contact avec la salive, qui doit exercer sur les aliments ingérés des influences diverses et multiples, telles que ramollir les substances solides, dissoudre ce qui est soluble, lubrifier les bols alimentaires volumineux et durs, dont le passage se trouve ainsi facilité de l'œsophage jusqu'à l'estomac, faire subir enfin des modifications chimiques à une catégorie d'aliments (amidon). Mais à cela ne se borne pas encore son rôle. La salive est sécrétée dans la première partie du canal digestif, qui se trouve en même temps constituer le laboratoire d'essai de l'organisme. Beaucoup de ce qui a pénétré dans la bouche peut, d'après la sensation provoquée, être reconnu

inutilisable et même nuisible pour l'organisme et doit, dès lors, être soit rendu inoffensif, soit complètement rejeté. Dans le premier cas, la sécrétion de la salive obviera au danger : ainsi, par exemple, un liquide très acide sera directement neutralisé dans une certaine mesure, une matière caustique se trouvera diluée par un afflux de salive et présentera, dès lors, une moindre toxicité en rapport avec la diminution de son degré de concentration. Dans le second cas, lorsque les matières nocives devront être complètement rejetées au dehors, l'afflux abondant de salive jouera naturellement le rôle d'un liquide de lavage, détergeant la cavité buccale de toute trace du poison, qui eût été tôt ou tard absorbé, et eût pu, dès lors, transporté par le torrent circulatoire, exercer son action nocive sur l'organisme. Les physiologistes ne font guère mention de ce dernier rôle de la salive, et pourtant il est clair que celle-ci a, comme liquide de lavage, une très grande importance. Rappelezvous donc seulement combien, dans la vie courante, il nous arrive souvent d'avoir à cracher, c'est-à-dire, d'avoir à rejeter de la bouche avec la salive quelque chose de désagréable. Une autre preuve de notre manière de voir est donnée par ce fait que le sentiment de répulsion et de dégoût, éprouvé à l'égard d'une mauvaise nourriture, provoque |un écoulement de salive presque aussi abondant que la vue d'un mets agréable. Dans les deux cas, la sécrétion salivaire joue ici un rôle préventif; dans ' le premier, elle représente un stade de préparation pour le rejet hors la cavité buccale de l'aliment mauvais ; dans le second, elle permet une première élaboration utile du bol alimentaire. Rappelez- vous encore combien souvent, après avoir pris dans la bouche quelque substance qui vous avait produit un effet de dégoût, le flux sali-

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vaire était encore abondant, alors que l'objet de votre répugnance avait été déjà depuis longtemps rejeté de la bouche et qu'il n'en restait plus aucune trace sur l'appareil gustatif. Longtemps après, il suffit même d'un simple souvenir, pour que la sécrétion sali vaire s'exagère de nouveau. Il est évident, dans ce cas, que l'excitation psychique des nerfs sécréteurs de la salive est le symptôme précurseur de tout le complexus de phénomènes qui accompagnent le vomissement, dont le point de départ peut avoir si facilement, comme on le sait, une origine psychique. La répulsion ou le dégoût que provoque chez beaucoup de personnes la vue de la salive s'explique vraisemblablement par cette signification que leur soiivenir y rattache.

Je soutiens donc que les substances qui pénètrent dans la bouche provoquent une sécrétion sali vaire, parce qu'il y a là un sens physiologique déterminé, et non point parce que les terminaisons périphériques des nerfs centripètes de la cavité buccale, ne possédant pas de spécificité propre, sont susceptibles d'être excitées par un agent quelconque. Pour ce qui est des terminaisons périphériques des nerfs salivaires, le mot « spécificité » doit seulement être pris dans un sens très large. Cette manière de voir n'est nullement fantaisiste, et on peut invoquer plusieurs faits à l'appui. En outre des indications des auteurs anciens, qui ont signalé pour les diverses glandes salivaires l'existence d'excitants spéciaux, vis-à-vis desquels elles présentent des réactions particulières, nous pouvons rapporter les faits suivants, recueillis dans notre laboratoire par le Dr. Glinski.

Le Dr. Glinski a détaché de la cavité buccale, chez des chiens, des segments de muqueuse buccale comprenant les orifices des conduits salivaires, et en a fait la greffe

SOUS la peau. Voici un cliien, chez lequel le canal excréteur de la glande sous-maxillaire a été ainsi disposé audehors. A la peau qui entoure le canal excréteur on fixé, à l'aide du mastic bien connu de Mendelejeff^ la grosse extrémité d'un entonnoir conique en tissu imperméable, au col duquel on agrafe, au moyen d'une anse de fil de fer, un petit tube à essai, destiné à recueillir la salive. Je présente maintenant au chien un morceau de viande ; comme vous le voyez, le tube à essai se remplit aussitôt de salive. Je cesse de narguer le chien, je mets en place un nouveau tube, et je donne à l'animal quelques morceaux de viande à manger : derechef la salive s'écoule en abondance. Un nouveau tube est placé sous l'entonnoir. Je jette dans la gueule du chien une pincée de sable fin : la salive s'écoule de nouveau. Je change encore le tube, et je badigeonne la cavité buccale du chien, à l'aide d'une barbe de plume imbibée d'une solution acide : il se produit un écoulement abondant de salive. On peut appliquer sur la muqueuse buccale un graad nombre de substances et obtenir toujours le même effet sur la sécrétion de la salive.

On se trouve ici en présence d'une telle excitabilité de l'appareil d'innervation des glandes salivaires qu'on pourrait le croire sensible à toutes les excitations susceptibles de se présenter, sans aucun pouvoir de sélection. Mais voyons un autre chien. Chez celui-ci, on a préparé le canal excréteur de la parotide. La récolte de la salive se fait de la même façon. Nous excitons le chien en lui présentant de la viande ; à notre étonnement, il ne s'écoule pas de salive, malgré le vif intérêt que le chien manifeste pour le mets qu'on lui présente et qu'il lèche. Donnons maintenant à manger au chien de la viande crue; il ne s'écoule pas davantage de salive ; c'est seulement

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