INEFFICACITÉ DES EXCITATIONS MÉCANIQUES
déjà depuis quinze à vingt minutes (au laboratoire nous l'avons prolongé souvent au-delà d'une heure) et cependant vous ne voyez s'écouler aucune goutte de suc gastrique. Pour vous démontrer que le chien est en santé parfaite et absolument normal, cessons de lui faire avaler des cailloux et donnons-lui maintenant notre ancien repas fictif. Comme vous le voyez, au bout de cinq minutes exactement, apparaît la première goutte de suc gastrique, et, dans l'espace de cinq autres minutes, voilà que nous avons déjà pu recueillir plus de Jo centimètres cubes. Il ne saurait donc y avoir le moindre doute sur le fait que les glandes gastriques et leurs nerfs sont chez notre chien en état parfait, et présentent un fonctionnement absolument régulier. Il nous est arrivé d'avoir un chien qui venait prendre spontanément les cailloux dans la main, pour les avaler ensuite ; l'intelligent animal se souv^enait des expériences antérieures et venait au-devant de nos désirs. Dans ce cas aussi, le résultat négatif était le même. Il est évident donc que les excitations mécaniques et chimiques de la muqueuse buccale sont impuissantes à provoquer la mise en jeu réflexe des nerfs sécrétoires de l'estomac. Il est clair également que l'excitation de ces nerfs, au cours du repas fictif, n'est pas la conséquence d'une co-innervation, d'une excitation associée à l'acte de la mastication et de la déglutition, qu'il ne s'agit pas, en d'autres termes, d'une simple propagation de l'excitation des centres de la mastication et de la déglutition aux centres sécrétoires des glandes gastriques. En quoi consiste donc ce je ne sais quoi^ qui intervient dans le repas fictif, et que nous n'avons pu reproduire dans nos recherches analytiques? Il ne nous reste plus à invoquer qu'un élément possible : le désir passionné des aliments et le sentiment de plaisir et de jouissance qui accompagne le repas.
Pawlow. 8
Nous savons, depuis déjà quarante ans, grâce aux recherches de Bidder et Schmidt, qu'il suffit parfois d'exciter un animal à jeun par la seule vue d'un aliment, c'est-à-dire, de susciter chez lui un désir passionné, pour provoquer dans son estomac vide une sécrétion de suc. Nous apprendrons bientôt à connaître l'importance de ce facteur physiologique. Yoici devant vous un autre chien , porteur également d'une fistule gastrique , et dont l'œsophage est sectionné au cou ; son estomac a été préalablement lavé, et, depuis plus d'une demi-heure, il ne sécrète pas une seule goutte de suc. Nous faisons maintenant passer sous les yeux de l'animal de la viande et des saucisses, comme si nous voulions lui en donner à manger. Nous promenons les morceaux devant lui, à droite et à gauche, nous les découpons, et nous les lui faisons passer à dessein sous le nez, etc. Le chien, ainsi que vous le voyez, s'intéresse vivement à toutes ces manœuvres ; il s'agite, se dresse debout, cherche à s'élancer de la table, pour atteindre l'aliment ; il grince des dents, déglutit de la salive, etc. Yoilà juste cinq minutes que nous avons commencé à exciter le chien, il apparaît maintenant une goutte de suc à la fistule ; la sécrétion augmente de plus en plus et devient considérable. En quelques minutes, vous voyez que nous récoltons déjà des dizaines de centimètres cubes de suc. L'explication de cette expérience est si claire qu'elle n'a vraiment pas besoin d'un grand développement : c'est le désir passionné développé par l'aliment, et cela seul, qui a provoqué sous nos yeux l'activité intense des glandes gastriques. En renouvelant fréquemment ces expériences, on s'aperçoit facilement que plus est violent le désir suscité chez le chien par l'aliment, plus est certain et abondant l'effet sécrétoire produit. Dans les cas