III IV I
Il III IV
Fiff. 15.
Fie-. 16.
Fis. 17.
Fig. 14. — Marche de la sécrétion après un repas de 200 grammes de viande.
Fig. 15. — Marche de la sécrétion après introduction directe dans
l'estomac de 150 grammes de viande.
Fig. 16. — Marche de la sécrétion après repas fictif.
Fig. 17. — Totalisation des courbes 15 et 16.
Dans le cas de l'introduction directe de la viande dans l'estomac, la courbe, comme vous le voyez, s'élève
plus lentement et moins haut que dans le cas du repas normal de viande. D'autre part, vient-on à construire la courbe des chiffres obtenus en additionnant ce que donnent respectivement l'introduction directe des aliments, d'un côté, et le repas fictif, de l'autre, on obtient alors une courbe presque identique à la courbe de l'état normal.
On peut appliquer les mêmes calculs et construire des courbes analogues pour les valeurs de la puissance digestive du suc sécrété dans nos expériences. On a ainsi la reproduction synthétique de la courbe sécrétoire, avec ses éléments.
Je puis enfin vous montrer l'instructive expérience que voici : En présence de quelques auditeurs, que j'avais priés de venir au laboratoire une heure avant la leçon, j'ai procédé de la façon suivante, avec deux chiens porteurs d'une fistule gastrique ordinaire et œsophagotomisés. A l'un, j'ai introduit directement dans l'estomac, par la fistule ouverte, un nombre déterminé de morceaux de viande crue, cela, sans que le chien s'en aperçoive, pendant que je distrayais son attention par des caresses et que j'évitais soigneusement toute excitation de son appareil olfactif; les morceaux de viande étaient attachés à un fil, dont l'extrémité libre était retenue à l'orifice de la canule fistulaire par un bouchon de liège qui la maintenait fortement adhérente. Le chien a été alors mis dans une chambre séparée et abandonné à lui-même. Chez l'autre chien, j'ai introduit de la même manière dans l'estomac une quantité égale de viande, mais en même temps on l'a soumis à un repas fictif animé, puis l'animal a été également abandonné à lui-même. Les deux chiens ont reçu chacun 100 grammes de viande. Depuis lors, il s'est maintenant écoulé une heure et demie. Reti-
rons donc à présent, à l'aide du fil, les morceaux de viande de l'estomac de ces animaux; pesons-les, et nous constatons que la quantité de viande digérée est différente chez chacun d'eux. Tandis que chez le chien qui n'a pas été soumis au repas fictif, le poids de la viande n'a diminué que de 6 grammes, chez l'autre, le poids de la viande retirée de l'estomac est seulement égale à 70 grammes, c'est-à-dire qu'il en a digéré 30 grammes. Voilà bien quelle est la valeur digestive du passage des aliments par la bouche, la valeur du désir passionné des aliments, la valeur de l'appétit. Je vous rapporterai encore une série de chiffres, obtenus par le Dr. Lohassoff dans des expériences analogues.
On a introduit dans l'estomac vingt-cinq morceaux de viande (lOOgr.). La viande a été laissée deux heures dans l'estomac. Sans repas fictif, l'animal n'a digéré que 6,5 p. 100 ; avec un repas fictif de huit minutes, l'animal a digéré 31, 6 p. 100.
La viande est-elle laissée une heure et demie dans l'estomac : sans repas fictif, il en est digéré 5,'6 p. 100 ; avec cinq minutes de repas fictif, il en est digéré lo p. 100.
La viande est-elle laissée cinq heures dans l'estomac : sans repas fictif, il en est digéré 38 p. 100 ; avec repas fictif, 83 p. 100. Ainsi, dans le premier cas, il en restait encore 42 p. 100, et, dans l'autre, 15 p. 100 seulement, à digérer.
Je dois toutefois faire remarquer que les expériences de cette forme ne se prêtent que peu à une démonstration évidente et peuvent souvent ne pas réussir. D'une part, il n'est pas du tout facile de pratiquer l'introduction de la viande dans l'estomac du chien, sans que celui-ci s'en aperçoive ; d'autre part, il peut arriver que le chien
soit surpris par toutes les manœuvres inaccoutumées qu'on pratique autour de lui, et que, de ce fait, un repas fictif de courte durée ne produise chez lui qu'un effet beaucoup plus faible que celui qu'on attendait. Pour éviter de tels échecs, le mieux est de ne pratiquer cette expérience en public qu'avec des chiens déjà habitués aux auditeurs et entièrement familiarisés avec les habitudes de l'expérimentateur.
Comme je l'espère, vous vous serez convaincus de l'importance qu'il faut accorder au passage normal des aliments par la bouche et le pharynx, soit — ce qui correspond, d'après ce que nous avons vu antérieurement — au désir passionné de l'aliment. Sans ce désir, en l'absence d'appétit, beaucoup d'aliments restent dans l'estomac sans provoquer de sécrétion de suc gastrique ; d'autres, à la vérité, en provoquent bien une, mais elle est quantativement et qualitativement insignifiante.
Tous ces faits nous deviendront plus tard intelligibles, quand nous aurons appris à connaître de plus près les conditions du travail sécrétoire des glandes gastriques.
C'est ainsi que nous nous expliquerons pourquoi le pain introduit directement dans l'estomac du chien, à son insu, ne provoque aucune sécrétion pendant des heures entières, tandis que la viande en provoque une qui se manifeste déjà après un intervalle de vingt à quarante minutes. Ces questions seront précisément l'objet de notre prochaine leçon. Abordons maintenant quelques autres questions.
Combien de temps dure l'effet produit par les premières incitations arrivées au système nerveux sécrétoire de l'estomac ? Combien de temps dure la production du suc d'appétit, dans le cas du repas normal, qui, à vrai dire, notamment chez l'animal, ne dure pas long-