‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 69 sur 130 · SENSIBILITÉ STOMACALE ET APPÉTIT · texte numérisé non relu

SENSIBILITÉ STOMACALE ET APPÉTIT

ganisme ait besoin de nouveaux matériaux nutritifs, mais encore qu'il existe un état de santé général parfait et un sentiment de fonctionnement normal de toutes les parties du tube digestif. C'est ce qui explique que les malades qui ont des sensations pathologiques de ces organes, et s'en souviennent consciemment ou inconsciemment, n'ont pas d'appétit, n'éprouvent pas le désir de l'aliment, même quand ces sensations morbides n'existent plus. Les neuropathologues connaissent des cas, où des sujets, présentant de l'anesthésie de l'estomac, manifestent une telle anorexie. Ils ne sentent plus leur estomac, et ils se révoltent contre le manger ; les aliments tombent, suivant leur expression, dans un sac vide et comme étranger. C'est ainsi qu'on peut encore se représenter le fait de la disparition de l'appétit, quand l'œsophage est resté pendant longtemps imperméable ; les malades oublient, en quelque sorte, leur estomac. Dans ces cas, l'introduction directe d'aliments dans l'estomac, grâce à une opération appropriée, peut ramener brusquement l'appétit. Comme document relatif à cet ordre de faits, je rapporterai un exemple, tiré de mon expérience personnelle. Après une pyrexie courte, mais violente, j'avais, quoique bien rétabli, perdu tout désir de nourriture. Il y avait là quelque chose de curieux, dans cette indifférence vis-à-vis de la nourriture. En état de santé parfaite, je me distinguais de tout le monde, en ce que" je pouvais me passer facilement de tout aliment. Comme je craignais de m'affaiblir, le deuxième ou troisième jour, je décidai de réveiller l'appétit, en prenant une gorgée de vin. J'eus la conscience très nette du passage de ce vin dans l'œsophage et l'estomac, et j'éprouvai littéralement un brusque et violent sentiment d'appétit. — Cette observation nous apprend que la sensation tactile de l'estomac peut éveiller

OU renforcer l'appétit, au moment de la pénétration du bol alimentaire dans la cavité gastrique. On sait que le manque de matériaux nutritifs dans l'organisme, ou, en d'autres termes, que le besoin de nourriture n'amène pas toujours et aussitôt la 'production de l'appétit, du désir passionné de l'aliment. Combien de fois arrive-t-il que l'heure du repas a déjà sonné, mais que, distrait par nos occupations, nous n'avons pas le moindre désir de manger. C'est un fait connu de tous (et devenu proverbial), que l'appétit vient en mangeant. Si cela est vrai, c'est que, dans certaines circonstances, le point de départ du réveil de l'appétit peut se trouver dans l'estomac et non dans la cavité buccale. Quand, plus haut, nous parlions du désir de l'aliment comme agent d'excitation des nerfs sécrétoires de l'estomac, nous comprenions naturellement, dans ce mot, le besoin passionné et conscient de nourriture, l'appétit, en un mot, et non le manque de nourriture de l'organisme, le besoin alimentaire latent qui ne s'est pas encore transformé en besoin concret, passionné. Les chiens que nous soumettons au repas fictif sont un bon exemple de dissociation de ces éléments. Avant l'expérience, tout comme pendant le temps où elle s'exécute, ils ont besoin de nourriture ; le suc cependant ne commence à s'écouler qu'au moment où ce besoin se transforme en désir passionné. C'est ce qui fait qu'il est possible que, chez quelques chiens, surtout s'ils sont dans un certain état de jeûne, le contact d'objets particuliers avec la muqueuse stomacale, l'excitation mécanique de l'estomac ou sa distension par les masses alimentaires qu'il renferme, puissent susciter l'éveil de l'appétit. Dès que l'appétit est éveillé, alors le suc s'écoule. C'est là le troisième motif pour lequel la vieille expérience de l'excitation mécanique était consi-

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