‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 71 sur 130 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

Les excitants chimiques de l'appareil d'innervation des glandes stomacales. — Justification de la méthode du cul-de-sac stomacal isolé; le point d'attaque des agents chimiques. — Historique.

L'eau, agent d'exoilation des glandes stomacales. — Comment agissent sur les glandes stomacales les solutions aqueuses des éléments constituants des cendres de la viande, chlorure de sodium, soude et acidechlorhj'drique ? — Les solutions d'albumine d'o'uf sont inactives comme agent excitateur. — Le bouillon de viande, le jus de viandeet les solutions d'extrait de viande de Liebig sont des excitants certains des glandes gastriques. — Ni l'amidon, ni la graisse ne sont capables de provoquer la sécrétion gastrique. — L'excitation chimique des glandes gastriques résulte aussi de la digestion peptique dessubstances albuminoïdes. — L'amidon influence la qualité du suc sécrété, en augmentant sa teneur en ferment. — La graisse inhibe Je travail des glandes gastriques au double point de vue quantitatif et qualitatif. — Le cul-de-sac stomacal isolé reproduit l'image fidèle du travail du grand estomac. — Les excitants chimiques de l'appareil nerveux des glandes stomacales exercent leur action à la surface de la muqueuse gastro-intestinale. — Les travaux de Blondlot et de Heidenhain sur le travail sécrétoire de l'estomac.

Messieurs,

Dans la dernière leçon nous avons démontré ; 1° qua l'excitation psychique, malgré son importance, n'est pas la seule source de la sécrétion du suc gastrique ; 2° que les propriétés mécaniques de l'aliment sont incapables, par elles-mêmes, de provoquer directement une sécrétion de suc gastrique. Pour répondre à la question de savoir ce qui, dans l'estomac, constitue un agent de sécrétion, on doit s'adresser aux propriétés chimiques

ACTION SÉGRÉTOIRE DE L'EAU. iSl

de l'alinaeni;. Nos exipérieiices sur ce sujet ont été faites, pour la plus grande partie, sur le chien porteur d'un cul-de-sac stomacal isolé. Les substances liquides à examiner furent introduites, au début, par la sonde stomacale, et plus tard, directement par une fistule pratiquée au grand estonaac. Il est clair que cette dernière méthode est incomparablement meilleure que la première, étant à la fois moins sujette à erreur et moins pénible pour l'expérimentateur. L'introduction de la sonde peut s'accompagner chez l'animal de sensations désagréables, voire douloureuses, qui, à ce titre, sont susceptibles d'influencer le processus sécrétoire. Pendant le cathétérisme il se produit souvent des efi"orts de vomissements, auxquels on ne peut refuser une certaine influence sur le travail des glandes. Malgré toutes les précautions, en retirant la sonde, quelques gouttes du liquide introduit peuvent tomber sur la muqueuse buccale et éveiller, dès lors, chez l'animal la représentation de l'aliment. Tout cela est naturellement évité av«e une fistule du grand estomac. On peut, par eette fistule, introduire les substances nécessaires, pendant le sommeil même de l'animal, sans l'éveiller; en outre, on peut non seulement introduire des liquides, mais aussi des substances solides.

11 était naturel de commencer ces recherches avec l'aliment le plus simple et le plus répandu, l'eau. L'eau représente-t-elle un excitant pour les glandes gastriques? Après une longue série d'expériences, nous avons pu nous convaincre que cette question comportait une réponse affirmative. Si, chez notre chien à grand et à petit estomac, nous introduisons dans le grand estomac 400 à 500 centimètres cubes d'eau, nous obtenons toujours une sécrétion de suc gastrique, faible, il est vrai, dans leciil-

lo2 EXCITANTS CHIMIQUES DES GLANDES STOMACALES.

de-sac isolé (Dr. Chigm). L'invariabilité de ce résultat et surtout la constance de la quantité de suc sécrété démontre que nous n'avons pas affaire ici à une manifestation accidentelle, à quelque phénomène d'ordre psychique, en particulier. D'autres expériences, anciennes et nouvelles, viennent encore lever tous les doutes sur l'action excitante de l'eau. Déjà Heidenhain avait montré que le cul-de-sac, isolé par sa méthode, se mettait à sécréter, dès que l'on introduisait de l'eau dans le grand estomac. Des phénomènes de même ordre ont été plus tard observés encore par le Prof. Ssanozki. Dans de telles expériences, les filets du pneumogastrique étant sectionnés, comme nous l'avons déjà fait remarquer, toute possibilité d'excitation psychique de la sécrétion se trouve exclue de ce fait. Chez les chiens, dont les nerfs vagues sont sectionnés au-dessous du diaphragme, le Dr Jûrgens n'a jamais observé de sécrétion sous l'influence du repas fictif ; il a pu constater, au contraire, une sécrétion non douteuse, dès qu'il versait de l'eau dans l'estomac. Enfin, j'ai pu, moi-même, observer une telle sécrétion, sous l'influence de l'eau, chez des chiens dont les nerfs vagues étaient sectionnés au cou, et que j'avais réussi à conserver en vie et en bonne santé de longs mois, grâce à des précautions particulières. L'eau est donc un excitant chimique, d'intensité faible toutefois, de la sécrétion stomacale. Si, chez le chien à petit estomac isolé, on verse dans le grand estomac, non plus 500, mais seulement 100 à 150 centimètres cubes d'eau, on peut constater alors que, dans la moitié des cas, il ne se produit pas la moindre sécrétion. C'est donc seulement l'action prolongée de l'eau, et se manifestant sur une grande surface de la muqueuse gastrique, qui produit un résultat positif constant. Remarquons, en

Page 1