ACTION SÉGRÉTOIRE DE L'EAU
passant, que la section des nerfs vagues, qui supprime toute influence psychique sur les glandes stomacales, n'empêche en rien l'action excitante de l'eau sur ces mêmes glandes. D'autre part, les fibres sécrétoires du sympathique, dont l'existence est presque certaine, sont incapables de suppléer les fibres du vague dans la conduction de l'influence psychique. Preuve manifeste de ce fait intéressant que les filets sécrétoires répandus dans des nerfs différents sont adaptés à des rôles physiologiques distincts. Mais comment l'eau agit-elle donc ■comme excitant sécrétoire? Elle n'exige vraiment pas pour elle-même de suc digestif. La cause principale de son action est, croyons-nous, le fait que dans les cas oïj, par exemple, il n'y a pas de sécrétion psychique, l'eau pourra être l'agent qui mettra en branle le travail sécrétoire de l'estomac. De tels cas peuvent se présenter avec le manque d'appétit, ou dans des maladies de l'appareil nerveux qui transmet à l'estomac l'impulsion psychique. L'eau est largement répandue dans la nature et le besoin d'eau, la soif, est plus pressant et p'ius tenace encore que le désir d'aliments solides. Quand quelqu'un a mangé un aliment sec, sans appétit, la soif le force alors à boire. Et le liquide absorbé suffit pour assurer la mise en train et la continuité du travail de l'estomac. Le fait que, lorsqu'on prend de l'eau seule, la sécrétion de suc reste, pour ainsi dire, sans emploi, est sans conséquence et ne saurait représenter une objection sérieuse à notre explication. Tout d'abord, comme nous l'avons déjà dit, la sécrétion provoquée par l'eau est en elle-même peu considérable. D'autre part, un estomac vide peut sécréter un suc psychique riche, quand, par exemple, nous avons une forte envie de manger et que, pour un motif quelconque, nous ne pouvons
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pas la satisfaire. Nous n'en mettons pas pour cela en 4onite la haute valeur physiologique du suc psychique.
L'action excitante de Feau sur les glandes gastriques doit être présente à notre esprit, quand nous examinons d'autres agents, au même point de vue sécrétoire. L'activité de leurs solutions aqueuses doit toujours être comparée à celle d'une égale quantité d'eau.
Après l'eau, nous avons examiné diverses combinaisons inorganiques, représentant soit des éléments constituants de l'alimentation normale, soit des agents courants de la pratique médicale. JNous avons ainsi soumis à l'épreuve les éléments minéraux des cendres de la viande; nous avons fait l'étude isolée du chlorure de sodium, de la soude et de l'acide chlorhydrique. Toutes les expériences ont été répétées, à diverses reprises, et vraiment jusqu'à ce que nous ayons obtenu des résultats absolument clairs et sûrs (Dr. Cldgin). Nous avons ^T.1, dans ces conditions, que tous ces éléments, sauf la soude, n'exercent aucune action sur l'appareil sécrétoire de l'estomac. Leurs solutions aqueuses se comportent comme l'eau simple ; quant à la soude, son action est plutôt inhibitrice. Aucune des solutions de soude employées, depuis 0,05 à 1 p. 100, introduite dans le grand estomac, à la dose même de ISO centimètres cubes, n'a réussi à provoquer une seule goutte de suc dans le petit estomac ; il s'écoulait, tout au plus, du mucus. Ainsi la présence de soude dans l'eau diminue l'action sécrétoire de cette dernière. Ces faits méritent d'être pris en grande considération, tant au point de vue de leur intérêt clinique que comme donnée physiologique particulière, sur laquelle nous reviendrons, d'ailleurs, plus tard .
Il nous a paru ensuite particulièrement intéressant
INEFFICACITE DE L'ALBUMINE. 135
d'examiner l'action des hydrates de carbone, des graisses et des matières albuminoïdes, c'est-à-dire des aliments ordinaires. Laissons provisoirement de côté les substances amylacées, ainsi que les graisses insolubles, et envisageons, tout d'abord, les substances albuminoïdes solubles. Il semblait, a jmori^ que si l'estomac est surtout destiné à transformer les matières albuminoïdes, celles-ci devaient vraisemblablement constituer des excitants chimiques efficaces de la muqueuse gastrique. Quel ne fut pas notre étonnement, dès lors, lorsqu'après avoir introduit dans l'estomac de notre chien de l'albumine d'œuf liquide non diluée ou diluée de moitié avec de l'eau, nous ne constatâmes pas une sécrétion plus abondante que celle produite par une même quantité d'eau. Gela nous parut si extraordinaire que nous répétâmes souvent l'expérience; or, il ne saurait y avoir aucun doute sur sa réalité. Le Prof. Rjasanzeff l'a utilisé dans notre laboratoire, dans le but d'examiner de quelle façon l'albumine introduite dans le canal digestif influence l'excrétion d'azote de l'urine; l'albumine n'a jamais produit un travail d'activité sécrétoire digestive. C'est là un fait bien inattendu ; on trouverait difficilement un physiologiste ou un médecin qui, à la question de savoir ce que devient dans l'estomac l'albumine introduite par la sonde, ne répondrait pas : « Naturellement elle est digérée par le suc gastrique, dont elle provoque la sécrétion ».
L'emploi de la peptone Chapoteaul^ directement introduite dans l'estomac, nous a donné un résultat positif d'excitation chimique de la muqueuse gastrique. Les expériences, faites à l'aide de cette préparation, ont toujours donné un eff"et sécrétoire notable. D'autres expériences, faites avec un produit différent provenant de chez
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StoU et Schmidt, de Saint Pétersbourg, ont donné, au contraire, des résultats absolument négatifs ; les solutions de peptone produisaient le même effet que l'eau simple. Le Dr. Dzierzgoivski a examiné, au laboratoire du Prof. V. Nencki, les deux préparations de peptone; il nous a l'ait connaître que la peptone C hapoteaiit coniendÀi jusqu'à 50 p. 100 de peptone vraie, tandis que celle de Stoll et Schmidt était presque exclusivement composée d'albumoses et ne contenait que très peu de peptone proprement dite. La comparaison de l'analyse chimique avec l'action physiologique de chacun des deux produits examinés nous conduisit, avec le Dr. Chigin^ à cette conclusion que la peptone était l'excitant chimique, que nous cherchions, de l'appareil neuro-glandulaire de l'estomac. Des recherches ultérieures ont montré toutefois que cette conclusion était erronée.
En effet, ni la peptone pure, ni les produits de digestion résultant de l'action sur la fibrine crue d'un suc gastrique pur et de grande puissance digestive, ne présentent d'action constante. Au contraire, le bouillon de viande, le jus de viande et les solutions d'extrait de viande se sont montrés des excitants constants et puissants du processus sécrétoire de restomac. 11 semble, dès lors, naturel de croire que les substances contenues dans ces produits sont celles qui, dans la peptone Chcq^oteaut^ se montrent actives vis-à-vis du travail sécrétoire des glandes gastriques.
Nos expériences, effectuées avec ces produits, surtout avec les solutions d'extrait de viande, se comptent maintenant par dizaines (Dr. Z6»^a5,so/^). Soit un exemple: on introduit par la fistule du grand estomac 150 centimètres cubes d'eau, contenant en dissolution 10 grammes d'extrait de viande de Liebig. Treize minutes après l'introduction du