Le travail du métal. 24 planches hors texte
SIX EXEMPLAIRES SUR VERGÉ D'ARCHES A LA FORME, NUMÉROTÉS DE A A F NON MIS DANS LE COMMERCE
UINZE EXEMPLAIRES SUR VERGÉ ARCHES A LA FORME, NUMÉROTÉS DE 1 A i5
TROIS CENTS EXEMPLAIRES SUR VÉLIN PUR FIL DES PAPETERIES LAFUMA DE VOIR ON, NUMÉROTÉS DE i6 A 3i5
LE FER
De tous les métaux usuels, le fer est certainement celui qui joue le premier rôle dans la civilisation moderne. Nous sommes plus que jamais dans Tâge du fer, dirions-nous pour conserver l’antique classification de la préhistoire. Mais ce métal commun et utilitaire est-il susceptible de tenir une place d’honneur dans l’art appliqué? Il n’en faut pas douter :« Rendu malléable par son passage au feu, disait il y a quinze ans l’architecte Ch. Genuys, le fer se prêtera à toutes les fantaisies du forgeron habile et maître de sa matière. Une fois refroidi, il reprendra toute sa rigidité un instant abandonnée, mais gardera, avec la forme nouvelle qu’il aura acquise, la trace de la lutte avec celui qui l’a soumis, des coups qui l’ont frappé, et ce ne sera pas un de ses moindres éléments de beauté. »
Le fer forgé cependant n’est pas aussi en usage dans la décoration de la maison moderne que
H. Çlouzot. — Le Travail du Métal. i
pourraient le faire supposer la hardiesse et la nouveauté des grandes constructions métalliques de la fin du XIX® siècle. Certes nous avons vu, depuis vingt ou vingt-cinq ans, dans les expositions universelles, dans les salons annuels, dans les galeries d’art, des ouvrages de forge savoureusement libérés des styles, sans que leur originalité nuisît à leur parfaite adaptation à l’usage. Des virtuoses du marteau nous ont familiarisés avec des tours de force que l’on eût pu croire impossibles depuis la disparition des corporations. Mais malgré tant de témoignages d’excellent modernisme dans la forme et de parfaite technique dans l’exécution, le fer forgé original est loin d’être aussi répandu qu’il devrait l’être. Il semble même qu’après une ère de prospérité qui autorisait tous les espoirs, son emploi devienne un luxe devant lequel reculent de plus en plus les architectes.
A la belle époque du fer, du milieu du xvii® siècle environ à la Révolution (la mode ferronnière est en retard chez nous de deux siècles sur l’Italie, l’Espagne et TAllemagne), les travaux de forge n’étaient pas réservés aux grands édifices civils ou religieux, cathédrales, palais et parcs royaux, hôtels de ville, demeures seigneuriales et le reste. L’imposte d’une porte, un balcon, l’appui d’une fenêtre, dans la plus modeste maison bourgeoise, pouvaient être un ouvrage accompli, capable de soulever notre admiration quand nous le retrouvons en place dans quelque petite ville de province ou dans une rue du vieux Paris.
LE FER
Au milieu du xix® siècle, quand Viollet-le-Duc, pour la restauration des Monuments historiques, releva le travail au marteau dans les ateliers de Boulanger, à la Chapelle Saint-Denis, la fonte avait depuis longtemps imposé aux constructeurs sa production industrielle et à bon marché. Elle remplaçait le fer dans ses rôles utilitaire et décoratif, et elle était si bien entrée dans les mœurs qu'on lui trouvait du mérite artistique. Vers 1875, quand les architectes firent appel aux ferronniers pour les nouveaux hôtels des Champs-Elysées et du parc Monceau, il s'agissait d'un travail de luxe, de pièces exceptionnelles destinées à des amateurs qui ne regardaient pas à la dépense, pourvu qu'on leur livrât des ouvrages irréprochables. La vogue de la fonte n'en fut pas ébranlée.
Elle ne l’est guère davantage en 1920. Son luxe à bon marché, ses ornements lourds, massifs, pompeux, pastichés du passé, continuent à envahir non seulement le domaine du fer, mais empiètent sur celui du bois, du cuivre et du bronze. La certitude de trouver dans le commerce des pièces toutes faites et interchangeables, depuis les rampes d'escalier et . les appuis de balcons jusqu'aux bancs de jardin ou aux lampadaires, conseille l’emploi de la fonte à l’architecte. Elle l'impose dans les constructions à bon marché et dans les ustensiles ménagers. Une fois de plus, le progrès industriel s’exerce aux dépens de la beauté du matériau et delà perfection de la main-
d’œuvre. Après vingt ans d’efforts, le fer n’a regagné qu’une mince parcelle du terrain perdu.
N’en concluons pas que ces années de lutte ont été perdues. Bien au contraire. Il n’est peut-être aucune branche de l’art appliqué qui ait réalisé des exemples aussi heureux de modernisme et aussi capables de s’imposer à la clientèle riche, si tant d’amateurs d’art décoratif n’achetaient des objets non pour s’en servir, mais, le plus souvent, pour les mettre en vitrine. Par malheur aussi le renouveau du fer est resté l’apanage d’un petit nombre de ferronniers-créateurs. Les grands industriels, à quelques rares exceptions près, ont refusé de courir le risque de modèles originaux et imprévus, trouvant plus commode de recopier les chefs-d’œuvre de Marot, de Bérain, de Tijou, de Lamour, de Fordrin et de leurs émules. Tous les torts d’ailleurs ne sont pas de leur côté. L’amateur, assez riche pour commander une rampe d’escalier en fer forgé, neuf fois sur dix la veut Louis XV ou Louis XVI. La clientèle a les modèles qu’elle mérite.
Cette admiration pour le passé, qui serait parfaitement légitime si elle n’était aveugle et ne s’exerçait aux dépens du présent, se conçoit d’autant moins que la main-d’œuvre ferronnière est au moins égale à celle d’autrefois. Le renouveau des ouvrages de forge a été largement servi par les progrès de la science. Le fer de maintenant est d’une qualité supérieure à celui dont disposait Jean Lamour pour ses