AVANT-PROPOS
De saint François de Sales écrivain nous
avons cru pouvoir dire ailleurs : « Ce n'est pas
seulement en fils de la Renaissance qu'il a cultivé
l'art du bien dire, c'est en homme passionné
pour la cause qu'il servait. Classique en cela et très différent des Alexandrins, qui n’écrivent que
par virtuosité d'artiste et pour le plaisir d'un
cénacle, il'eut, comme les maîtres du XVII siècle
… le souci d'atteindre les esprits. C’est pour donner
- à sa pensée une utile séduction que, d'une édition
- à l'autre, il corrige l'Introduction à la vie
devote, supprimant les hiatus, les allittérations, les assonances disgracieuses, condensant, fleu-
- rissant, rythmant sa phrase avec une diligence qui n'a guère été dépassée. Comme le bon joaillter
qui épure patiemment l'eau de ses perles, il
- s'attarde et se complaît à la combinaison des vocables, aux nobles jeux de la stylisation. Il n'est pas de l'école de Pascal, de Descartes, de
Spinoza pour qui, forme et fond étant identiques, la pensée doit trouver spontanément son expression, et ne pas s’asservir à ce qu'on appelle un rhétorique. Îl y a du Balzac en lui. Il filtre, {ranspose, polit, jusqu'à ce que sa phrase sonne et chante à son oreille. Par instinct secret d'éducateur il est sans cesse à la quête des mots et des tours piquants qui imposent une idée à l'attention. Îl ne professe point cette doctrine paresseuse et romantique que la vérité se suffit à elle-même, qu'elle n'a pas besoin de notre art pour franchir le seuil des âmes. Il sait que l'erreur brillante triomphe journellement dans les pauvres cerveaux humains de l'incolore vérité ; il sait que le destin des doctrines est généralement lié à l'habileté de ceux qui les défendent. C’est pourquoi il veut que l’on stylise et que l'on délecte. » ! :
De cette proposition générale dont nous avions. pu vérifier la justesse, nous apportons ici la démonstration technique, démonstration qui
n'avait pu trouver place dans notre thèse principale. Les vues de M. Brémond et de
1 Cf. Saint François de Sales, directeur d'êmes, pp. 522-523.
NV
M. Delplanque sur l'humanisme foncier de saint François de Sales, les nôtres aussi, se trouveront conformées par les conclusions du présent travail.
Cette étude comparative des deux versions extrêmes de l'Introduction à la vie devote, nous l'avons entreprise sur le conseil du savant € seiziémiste » M. J. Plattard, professeur à l'Université de Poitiers. Nous lui demandons de vouloir bien en agréer la dédicace.
Angers, 2 décembre 1922.
FEV: