‹ Le Travail Féminin et Ses ProblèmesChapitre 15 sur 53 · PIRE · texte numérisé non relu

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mesures de protection établies ont été telles que leur nombre est devenu aujourd’hui insignifiant.

Il est cependant intéressant de noter l'extrême fragilité du revêtement cutané féminin. Exemple : les dermites rencontrées dans la préparation de la colle ou lors du ponçage dans l’industrie du bois.

Les troubles fonctionnels cardiaques, joints au psychisme plus particulier de celles qui occupent un poste réclamant une attention soutenue, se remarquent d'autant plus chez cet être extrémement variable, dominé par son système neuro-végétatif et son cycle.

Fécondité. — Actuellement, dans beaucoup de milieux d'ouvriers ou d'employés, la grossesse est considérée comme un facteur aggravant pour leur genre de vie, leur budget et leur liberté. En considérant la protection légale et le fait, souvent rencontré, que le cours d’une grossesse peut demeurer normal, même si l’ouvrière est soumise à des travaux pénibles, l'influence du salaire et le manque d'éducation font que la femme néglige de nombreuses fois les examens médicaux supplémentaires et leurs sanctions que nécessiterait son état, d’où morbidité ouvrière et déchéance physique pour l'enfant à venir, d'où mortinatalité.

Grossesse. — La physiologie de la femme enceinte explique cet équilibre tout à fait instable que la moindre cause de dérèglement viendra perturber. L'influence néfaste pour la gestation du travail actuellement pratiqué, bien loin du minimum de travail physiologiquement permis et même recommandé, est unanimement reconnue par la totalité des médecins d’usine.

On doit se rappeler que les muscles des animaux gravides, principalement en période avancée de grossesse, réagissent non pas en s’étirant, mais en se contractant, se fatigant plus vite que ceux des animaux non gravides, et travaillent ainsi de façon antiéconomique.

Depuis les avertissements lancés par le Professeur Pinard, des mesures officielles sont venues apporter incontestablement

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une atténuation à ce problème important, mais n’ont pas encore réussi à le résoudre complètement. Trop souvent, l’état d'esprit de certains employeurs a été sollicité par les intéressées elles-mêmes, nullement averties de ces affreuses conséquences.

« Le travail tue beaucoup d'enfants en interrompant prématurément la grossesse ou en altérant le fœtus in utero. » Toutes les études faites à ce propos sont d'accord pour démontrer que les avortements et les accouchements prématurés sont beaucoup plus fréquents chez les ouvrières que chez les femmes non salariées; que les enfants des femmes occupées daris Pindustrie sont plus petits, s’élèvent plus difficilement et meurent beaucoup plus fréquemment durant les deux premières années, et chez les ouvrières principalement, par rapport aux autres femmes. Comme le disait Vicarelli : « La grossesse supporte mal le lieu du travail, et celui-ci supporte mal la grossesse. »

Trop souvent encore, l’ouvrière enceinte est soumise à des travaux pénibles ou traumatisants, qui compromettent l’évolution normale de la grossesse et menacent l’état de santé de la mère.

Ainsi, les femmes enceintes, employées dans les usines d’emballage, continuent en général leur travail jusqu'à la limite légale du repos exigé, totalisant une dizaine de tonnes manipulées à bout de bras, à la fin de leur journée.

« La position penchée en avant ou accroupie, le piétinement sur place, des conditions de chaleur ou d'humidité exagérées, entraînent des troubles vasculo-pelviens qui sont à l’origine de décollements de l'œuf, d’où avortements ou accouchements prématurés, insertion vicieuse de l'œuf » (125).

Les présentations vicieuses du fœtus, les mouvements divers imposés dans le travail, répétés par milliers dans la journée, finissent par créer une attitude défectueuse habituelle de travail qui ne reste pas sans influence sur le fœtus.

Pourquoi parlera-t-on d'interruption de grossesse chez la femme qui travaille ? « Parce que l'utérus gravide doit surtout se développer dans la cavité abdominale et que toute cause qui tend à le faire pénétrer dans l’excavation dans les derniers mois

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de la grossesse expose à une expulsion prématurée. Or, la fatigue, la station debout, ne peuvent que faire descendre le fœtus », déclarait le Professeur Pinard. |

La femme enceinte, moins libre de ses mouvements, est plus souvent exposée aux traumatismes qui se répercutent directement ou indirectement sur son abdomen et bien souvent ne font qu’aggraver un état antérieur déficient, alors que la suppression du travail d'usine lui aurait permis un meilleur rétablissement.

IT est inutile de souligner à nouveau l'extrême sensibilité de la femme enceinte à la fatigue, au surmenage, aux toxiques, aux conditions défectueuses de travail, sans omettre le poison direct que représentent pour le fœtus certaines manipulations de produits maintenant strictement réglementés. L'apport supplémentaire de calories demandées fait comprendre le degré minime à franchir pour que la femme tombe dans le surmenage.

L'influence du travail professionnel sur la phosphatémie et Ja calcémie durant la grossesse a été constatée. Le pourcentage des femmes qui présentent des chiffres normaux est plus bas que chez les femmes qui travaillent huit heures, et plus que chez celles qui ne travaillent plus, depuis leur grossesse, ou chez celles qui travaillent moins de huit heures.

Le produit de conception se ressent de ces facteurs traumatisants et fournit trop souvent, hélas ! un nombre important de débiles, de malingres, entraînant un état de fragilité qui fait augmenter le taux de la mortalité infantile dans les premières années. « Les observations de Frongia, concernant les ouvrières des usines de Sardaigne, révèlent que 30 % de leurs enfants meurent durant les premières années; 90 à 95 % des survivants, qui arrivent à l’âge de vingt ans, sont impropres au service militaire » (125).

Comme Letourneur l'avait constaté, la différence qui existe, quant au poids, entre les enfants des femmes qui exercent des professions fatigantes et les enfants de celles qui exercent des professions non fatigantes, disparaît quand ces femmes se reposent; c’est que les femmes qui ont une profession fatigante, plus robustes, regagnent plus vite par le repos ce que leur avait fait perdre

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