CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES
L’ouvrière. — La manœuvre subit, peut-être plus que les autres, ce souci d’instabilité dans le travail, craignant la débauche et ne comprenant pas toujours l'utilité de son ouvrage. Les différents examens radioscopiques ou radiographiques pratiqués en milieu ouvrier révèlent un nombre élevé de gros cœurs, d’aortes dilatées, et cela chez autant de femmes que d'hommes ayant dépassé la quarantaine, et, parmi celles-ci, nullement habituées à des travaux pénibles ou à la pratique de sports, comme dans le sexe masculin. La constatation principale est que l’ouvrière peut être considérée à cet âge comme « une épuisée phy-
MES ve
sique ». De nombreuses salariées viennent fréquemment consulter pour quelque ennui gynécologique devenu maintenant chronique. Il faut citer l'énorme pourcentage de métrites, rencontrées à des degrés divers, chez les ouvrières de plus de trente-cinq ans. Le développement des pratiques anticonceptionnelles trouve avantageusement écho sur un esprit déjà en proie à beaucoup de soucis, et cela se traduit par un nombre important d’avortements, plus dans le milieu ouvrier que dans le milieu employé. C’est d’ailleurs l’opinion générale de tous les médecins d’usine ou de contrôle. Les travaux effectués dans des conditions atmosphériques défectueuses et demandant un certain effort ont favorisé le développement de nombreux rhumatismes.
En général, on est frappé par le peu de valeur que l’ouvrière accorde au facteur santé. Malgré la disparition de produits nocifs du fait de la guerre, il convient de noter la part importante du personnel féminin dans les industries faisant l’usage de solvants.
Une réglementation existe bien, mais les progrès de la chimie industrielle doivent attirer l’attention du médecin et de l’ingénieur sur la nocivité méconnue de certains de ces produits et appeler le législateur à les inclure dans le cadre des tableaux des maladies professionnelles indemnisables. En ce qui concerne les produits anciennement connus et de fait réglementés, on doit souligner avec plaisir l’absence quasi complète de leurs manifestations pathologiques.
Les examens médicaux pratiqués parmi le personnel employé dans les usines et ateliers de la métallurgie, des fonderies, des fabriques de chaux et de ciments, n’ont pas révélé un pourcentage très élevé de maladies. Ainsi l'atmosphère saturée des poussières des usines de ciment n’a pas de répercussions au point de vue pulmonaire, et aucun cas de pneumoconiose n’a été dépisté Chez d’anciennes ouvrières. De plus, l'incompréhension de certains patrons, méconnaissant toute idée de modernisation, facilite le travail routinier et insalubre.
I nous a été permis, à travers la lecture de nombreuses observations de notre statistique, d’avoir l'attention attirée par Ja nocivité de certains métiers sur l'organisme féminin. Nous devons
RE
dire qu'avec touté la réserve que l’on doit accorder à la valeur d’une statistique, nous avons eu soin de rejeter tout facteur étiologique, dû soit à la pathologie (par exemple spécificité ou affection similaire), soit encore au facteur provoqué, en tenant compte de l’aveu spontané de la malade ou du résultat du dépistage effectué par le Service social. La stabilité moyenne de nos chiffres nous permet d’écarter toute influence importante, provenant des conséquences de la guerre et d’en apprécier la valeur approximative, car, du fait de leur appartenance sociale, la majorité de ces accouchées ont été hospitalisées dans des maternités publiques. De plus, le questionnaire ne pouvait être en rapport avec l'essor trop récent de la médecine du travail.
L'employée. — L’employée n’a pas le même genre de vie, les mêmes goûts, les mêmes aspirations. Elle mangera moins bien, mais sacritiera, en général, davantage à son habillement et son logement : telle l’importance de l’aspect extérieur chez la vendeuse, En général, l'employeur accorde de la bienveillance à la femme enceinte. Il faut dire, à côté de cela, que la demande de mutation de poste pour une femme non enceinte entraîne bien souvent des difficultés du fait de l’animosité venant des compagnes plus anciennes et de l'esprit de la collectivité.
À un autre point de vue, il en est un peu de même pour la porteuse ignorée de bacille de Koch ou de celle qui se prétend stabilisée. Grande difficulté à l’éloigner du circuit de travail. On peut estimer à 200 environ, le nombre de femmes salariées, porteuses de germes méconnues, qui ont été dépistées en un an à Bordeaux par les organismes officiels.
Etudions maintenant plus en détail certains postes de travail.