Dans l’industrie du bois
Différentes manifestations pathologiques ayant été constatées chez les vernisseuses dans l’industrie du bois, examinons plus en détail la nature des produits manipulés; vue l’affinité chimique de ces derniers avec ceux utilisés dans d’autres industries, nous rapprocherons dans cette étude le poste de vernisseuse en chaussures.
Lors du contreplacage du bois, l’utilisation de colles, notamment de caurite ou mélocolle, ou bien encore de chromates, provoque fréquemment des dermites, à type d’éczéma vésiculeux par exemple, Le responsable en seraït la présence, dans le produit, d’aldéhyde formique, qui aurait une action toxique sur la peau (64). La manipulation de bois exotiques, tels que l’'acajou, a provoqué des dermites par sensibilisation, qui cessent avec l'arrêt de la profession. Les contremaîtres nous ont ainsi confirmé le départ de certaines ouvrières, du fait de la cessation imposée de leur travail.
On trouve, dans l’industrie du bois, des vernisseuses dites « au tampon » ou au pistolet. Ce dernier procédé est également une profession féminine, car il ne demande pas de qualification spéciale, ce qui n’enlève rien à ses dangers du fait de la diffusion et de la vaporisation du produit employé. Pour le tampon, un tampon d’étoffe permet, avec la main, de vernir le bois. Pour cela, on se sert d’un vernis à lalcoo! ou cellulosique, utilisant soit une résine naturelle ou gomme laque, soit une résine synthétique ou nitro-cellulose, viscose ajoutée à une huile ainsi qu'à un solvant ou diluant, tels que l’acétone, l’éther, le benzol. Pour le vernis cellulosique, Palcoo! méthylique ou éthylique, l'alcool éther-acétone ou l’acétate d’éthyle et d’amyle.
Dans lindustrie de la chaussure, on trouve également des vernisseuses qui manipulent ce que l’on appelle le pigment cellulosique, qui comporte le benzol, peu à peu remplacé par l'alcool
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à 95°, dénaturé, de la cellulose, de l’acétone, de la caséine, et
à nouveau on emploie de l’acétone et du trichloréthylène pour le
collage proprement dit de la chaussure.
Dans cette profession, la femme arrive à obtenir un certain brillant final, un « fini » auquel l'homme ne peut arriver. Faut-il y voir sa légèreté de touche, une main plus régulière, jointes à un certain coup d'œil particulier ?
Pour la vernisseuse de l’industrie du bois comme pour celle de la chaussure, nous remarquons cette tendance commune au vertige, à la céphalée, avec picotements laryngés incitant à la boisson. Le vernissage au pistolet implique le port d’un masque avec un système suffisant de ventilation, réalisé au moyen de puissants aspirateurs du fait de cette atmosphère sursaturée. D'ailleurs, en général, le travail se fait en équipe, par roulement avec changement au bout de quatre heures de temps. La direction a l'habitude d’octroyer du lait aux occupants de ces postes.
À la lecture des produits précédemment cités, nous ne nous étonnons point du caractère insalubre et dangereux pour le personnel féminin. L'alcool, l’éther, le benzol, sont surtout responsables de ces troubles fonctionnels ressentis, c’est-à-dire vertiges, tendance à l’ébriété, céphalées, accidents nerveux. Des cas de dermites eczématitormes, à type papulo-vésiculeux, sont également rencontrés chez les vernisseuses en chaussures.
Lors d'examens effectués dans l’industrie du bois, chez les vernisseurs des deux sexes, sur une période de deux ans, on a constaté une formule sanguine avec 54 à 40 % de polynucléaires neutrophiles et une quarantaine de lymphocytes, accompagnée de monocytose avec un degré d’anémie variant de 1 à 3.600.000.
Sur une centaine de vernisseuses d'industries différentes, ayant accouché, nous notons un nombre de 22 % d'enfants de poids inférieur à la normale, 34 % égaux ou supérieurs à la normale et 46 % d'enfants prématurés, d’avortements ou de menaces d’avortements, Ce dernier pourcentage nous incite à incriminer la nocivité de la majorité de ces solvants oxygénés, du fait de la densité élevée de leurs vapeurs à la température ambiante
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ordinaire ou à leur pénétration et fixation directe intérieures. Il est incontestable qu'en plus de l’âge et du sexe, la grossesse favorise un état particulier de sensibilisation qui facilite le passage dans le sang du toxique, sans en ignorer le retentissement fâcheux sur le produit de conception.
Ne nous attardant point sur la toxicité évidente de produits tels que le benzol, en citant son action sur la moelle osseuse, ou le trichioréthylène, variable quant à sa stabilité, nous nous permettrons seulement d'attirer l’attention sur l'emploi de plus en plus étendu de solvants, tels que l’acétone,: dont toute l’action toxique n’est pas encore complètement établie et pour laquelle nous conseillerons, avec Jaulin; « de prendre les mêmes précautions qui sont prises vis-à-vis des autres solvants réputés plus toxiques » (103).