‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 42 sur 119 · PENSEZ AU COMMENT · texte numérisé non relu

PENSEZ AU COMMENT

Nous pourrions répéter ici ce que nous disions de la méthode en général.(On peut, dans le travail intellec- ,^uel, comme dans toute action, réaliser une économie importante en réfléchissant sur la façon de faire son travail. On évite ainsi le « gaspillage journalier de l'efTort humain par maladresse, mauvaise direction ou incapacité. On se rend compte facilement des gaspiilagcs de matériel, on apprécie plus difficilement celui qui résulte de l'incapacité ou de la maladresse des hommes ». On ne sait rien sans l'apprendre, pas même marcher de façon à ne pas gaspUIer les forces (1). Nous devons être ménagers de Tesprit. On peut obtenir 8 de bien des façons : en additionnant 5 + 3 ou 4 + 41, etc. de même il y a plusieurs façons de faire un travail et il est bon d'v avoir réfléclii. 11 ne faut ''^- ,n .<,,.,... sa tâche en impulsif, quitte à voir quan«i

(\) Mosso, L''s exercices physiques et le développement intel- 'iecluel. F. Akaii, cdit., 1904, p. îiO.

LÉMARKEZ AVEC VIGUEUR û-i

[ilcin, qu'on s'est engagé dans une mauvaise voie» ( Jrran d j 'abof cl e ITiI c h apit r e , je ne m'y engage jamaia sans en avoir drit.sso un plan. Souvent, quand j'avance, j'en aperçois les défauts qui m'obligent à tout recommencer, mais cela est inévitable, car, seule la mise à l'épreuve révèle les imperfections de Tordre préconçu. 11 faut donc savoir ce que Ton veut faire et rassemblep sous la main les notes, les cahiers, les coupures, les livres qui seront utiles, de sorte que tout l'élan de l'effort soit utilisé à écrire, sans qu on fournisse au diable qui sommeille des occasions de faire perdre du temps, occasions qui se présentent en foule s'il faut aller chercher ce qui manque.

DEMARREZ AVEC VIGUEUR

Une fois qu'on a tout prévu, il reste à attaquer le travail. Il faut démarrer avec franchise et vigueur et se jeter au cœur même du sujet. « Il faut faire une entrée ; confiante et hardie dans le travail », aborder d'un j effort résolu les difficultés, avec la foi du nageur qui j sait qu'il sera porté par les flots qui menacent de |^ l'engloutir.

Combien de fois m'est-il arrivé de resterdes semaines entières comme oppressé par la multitude des idées à pied d'œuvre, qui refusaient de s'ordonner! Pour mon Cours de Morale, ayant tout à coup aperçu l'inanité de mon plan provisoire, je demeurai longtemps dans l'obscurité et la confusion, mais instruit par des expériences antérieures, je conservais la calme certitude que la clarté se ferait. Elle se fit, en effet, tout d'un coup, par une brusque synthèse.

Jamais un effort résolu, parfaitement loyal, sans truquage, sans impatience, n'a abouti à un échec. Comme le disait notre admirable Poussin « avec le temps et la paille mûriront les nèfles ». La maturité pour

U SAVOIR TRÂVAILLliR

lui, c'était ia accouverte de ce qu'il y avait de significatif dans son sujet (1). Mais il faut se donner de tout son corps et de toute son âme à ce que l'on fait. Suivons la méthode de Jeanne d'Arc (2) : « Je disais à mes gens * Entrez hardiment parmi les Anglais ! Et j'y entrais moimême ». Qu'il s'agisse de résoudre un problème, de saisir le sens d'une phrase latine difficile, entrez hardiment.

Par la fenêtre close, il paraît pleuvoir plus fort qu'il ne pleut quand résolument on se met en route. Le paresseux se fait une idée exagérée des difficultés : il en. est de lui comme du peureux qui voyage la nuit : chaque buisson semble un brigand embusqué ; pour celui qui n'a pas peur, le buisson n'est qu'un buisson : de même pour le travailleur courageux, les difficultés s'évanouissent. Le calme robuste leur en impose.

Même si au départ, on ne l'a pas, la confiance, qui est une récompense, vient, à la condition que dans le fond obscur de la conscience nous ne soyons pas des « défaitistes », que nous ne laissions pas se" faire comme une hypocrite apologie du découragement : il faut y aller de toute sa volonté. Marchez, et la foi viendra.

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