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LES ÉNERGIES DIFFÉRENT BEAUCOUP

Il faut donc que l'étudiant se rende compte lucidement de la quantité et de la qualité de son énergie mentale, afin d'y adapter les modes de son travail.

Au premier rang sont les volontés puissantes dont l'énergie abondante se renouvelle très vite et paraît intarissable : telle l'énergie intellectuelle de Napoléon P*", d'Alexandre Dumas père, etc.

Jl y a des énergies fortes mais qui, fatiguées, sont lentes à se reconstituer,^ telle l'énergie intellectuelle d'un Pascal.

Il y a des énergies moyennes vite réparées et des énergies moyennes lentes à se ravoir;

(Enfin au dernier rang sont les énergies vite épuisées et lentes à se refaire.

Cette classification, qui peut aider chacun à étudier sa propre énergie, n'a qu'une valeur générale, car la plupart des énergies subissent de grandes fluctuations : les moments de j)leine vigueur, de lucidité intellectuelle et de profonde pénétration sont rares, comparés aux moments d'énergie moyenne ou même faible. Dans une même journée les variations peuvent être considérables : elles le sont dans la même heure.

La sagesse consiste à ne jamais laisser perdre un seul de ces moments sacrés où l'intelligence coule dans son heureuse plénitude.

Elle consiste aussi à mériter ces moments, à les préparer en utilisant avec habileté les innombrables minutes d'énergie moyenne de façon à ce que tout ce qui j)eut être nécessaire à Tesprit au moment de ses fulgurations soit à sa disposition : qu'il ne soit distrait, m arrêté, ni contrarié par rien et qu'on ne soit pas obligé de courir chercher du bois parce que la belle flamme vacille faute d'aliment.

Il faut, que l'étudiant se voie tel qu'il est : *^m^\ aea'jTûv ; qu'il ne s'en fasse pas accroire ; qu'il ne surfasse pas ses forces, qu'il ne les déprécie pas non plus. Il doit les estimer cà leur juste valeur afin de n'exiger ^ de lui-même que ce qu'il peut réellement donner. Mais qu'il se demande à lui-même tout l'elfort qu'il est capabhi de faire.

rKNSEZ D'AVANCE A CE QUE VOUS FEHÏ^2ï

A-t-il une énergie abondante et vite renouvelée ? H pourra, sans se fatiguer, donner une demi-heure d'un eiOPort intense, suivi d'un court repos, recommencer un effort égal au premier, ou un peu plus court, suivi d'une détente plus longue : ainsi pendant deux ou trois heures.

Mais celui dont l'énergie est lente à se reconstituer diminuera le temps des efforts et augmentera celui des repos. A chacun de s'étudier attentivement, comme il étudierait un camarade, objectivement et de noter ses observations comme on le fait quand, dans une ferme, on évalue le rendement d'un cheval ou d'un ouvrier. Etre intelligent, c'est se voir tel qu'on est, c'est s accepter ; c'est prendre son parti de la quantité et de la qualité d'énergie que la nature nous a départie et de l'utiliser avec clairvoyance. Rien ne sert de se violenter : le fonds de notre tempérament nous est donné : à nous de le faire fructifier.

\^Par une sage direction, on peut obtenir beaucoup, même si l'énergie est médiocre, parce que l'un des éléments essentiels du succès, le temps, est identique chez tous et que cest Ihabile administration de cette puissance commune qui permet les plus beaux dévelop^

pements humains. \

PEiNSEZ d'avance A CE QUE VOUS FEREZ

Si l'énergie est mesurée, raison de plus pour ne jamais la gaspiller. 11 faut donc éviter les fatigues inutiles. Or, ce sont les décisions à prendre, les résolutions, l'initiative, qui suppose un choix, qui semblent consommer le plus de force. On sait que les malades de la volonté se troublent et hésitent quand ils doivent faire le choix le plus simple entre deux possibles. Si vous tracez sur le sol une ligne de l'extrémité de laquelle deux autres lignes divergent, le malade arrivé au point

OÙ il doit choisir de se diriger à droite ou à gauche, s'arrête, incapable de Teffort de volonté nécessaire. Souvent je remarque le trouble de personnes qui, entrant dans un cabinet de réception, ont à choisir entre deux ou trois fauteuils. A des degrés différents, nous sommes un peu malades de la volonté comme les domestiques et les manœuvres qui vont de l'avant quand la tâche leur est clairement indiquée, mais à qui la nécessité de choisir entre plusieurs alternatives cause un véritable malaise. Les moines et les soldats ont une vie rude, mais elle est sans responsabilité et sans initiative et c'est une grande douceur pour les volontés débiles que de n'avoir aucune décision à prendre. Gomme dans toute énergie il y a des bas et des hauts, c'est être prévoyant que de ne pas imposer à la volonté, au moment où elle aura à prendre son élan, ce malaise, ce trouble que cause un choix entre des alternatives.

J'ai souvent observé les élèves au moment de leur entrée en étude : ils perdent un temps considérable à se décider pour tel ou tel travail. Ils abordent ensuite celui qu'ils ont choisi avec une énergie déjà entamée par la fatigue de la décision prise. Aussi, je me suis toujours fait une règle de réfléchir d'avance à mon travail, et quand j'assieds mon corps devant ma table, je ne lui laisse pas le temps de regimber parce que je sais exactement par quoi je vais commencer : la mise en train est instantanée : autrement elle est lente, lâche, manquée.

Cela est facile à comprendre i/nous savons par des expériences très précises qu'imaginer un mouvement n'est possible que grâce à l'excitation naissante des nerfs qui seront impliqués dans l'exécution de ce mouvement. Une excitation plus intense amène le mouvement lui-même. Penser à l'accomplissement d'un acte, ^c'est en quelque sorte faire une esquisse de cet acte.

l\»î:NSE2 D'A^VANCÉ A CE QQE VOUS FEREZ 8i

c'est se retenir de le faire. C'est donc commence?' de le (aire.

Voilà pourquoi la volonté se déclenche facilement quand Tacte à accomplir est simple et net et pourquoi elle est difficile à mettre en mouvement quand il y a confusion dans les projets. Gela est si vrai que l'acte s'accomplit de lui-même quand nous imaginons îTavance, dans le détail, les mouvements précis à accomplir. J'ai remarqué souvent que le matin, si je veux me lever de très bonne heure, il ne me sert de rien d'évoquer des raisons abstraites de devoir, d'honneur ; ces raisons abstraites n'agissent pas sur mes muscles. Au contraire, si je fixe mon attention sur les mouvements que je dois accomplir pour me lever, si, en pensée, je saisis telle pièce de mon vêtement, puis telle autre ; si j'imagine mes mouvements automatiques dans leur ordre iiabituel, et si je concentre ma force mentale sur leur détail, ils passent naturellement à l'acte et je me trouve debout en train de me vêtir, ayant, sans m'en apercevoir, franchi le Rubicon qui sépare les velléités du fait.

De même, j'ai constaté cent fois que si j'aborde un | travail sans imaginer dans le détail ce que je ferai, la ! mise en train est difficile. Au contraire, si je pense que i j'étudierai ce matin telle page de Sénèque, que je dois prendre mon dictionnaire et ma grammaire et que je lirai d'abord mon texte d'un élan, que je l'attaquerai ensuite phrase par phrase, mon travail est allégé. En me mettant à ma table de travail, je savais que je ; traiterais de l'infériorité oii se trouve celui qui n'a j pas fixé" sa tâche et aussitôt, de toute mon énergie^, \ sans perdre une minute, j'ai abordé mon sujet. En': I évoquant d'avance les détails de l'acte à accomplir, \ \ on évite une fatigue au moment du travail, celle de j choisir entre plusieurs actes possibles. \

^ La fatigue du choix est si r«elle que les commençants

Payot. — Travail, 6

%2 BAVOIR TRAVAILLER

j perdent un temps considérable en préparatifs : ils s*y attardent, vérifient leur encrier, leur porte-plume, bref, jils reculent le moment de la décision. Il est imprudent i d'ajouter au désagrément de la mise en train un surcroit 1 d'eifort.

IlJ:l£tjdi?IL!19Xli£r:ilU0j.p.ua^,^^ ^c^l*^ quand

il est préimaginé, ne soit gêné par rEesîtationmTiérente

au choix. Pour cela, il suffit de penser le soir au travail

du lendemain : c'est accorder son instrument avant le

concert. Mais ne nous contentons pus d'à peu p'-'^'-sj;^

imaginons avec précision les détails les plus iiiliines dg

la mise entrain. Faisons de même avant denli-'prendrg

une tâche quelle qu'elle soit : nous Taborderons alors

avec aisance et décision.

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