UNK SEULE CHOSE A LA FOIS
le mord, le regarde, écoute le son qu'il rend et il ne passe à une autre perception que lorsque l'objet est complètement élucidé.
J'ai cité ailleurs en exemple Napoléon P"* : « Jamais \ homme ne fut plus entier à ce qu'il faisait et ne distribua mieux son temps entre les choses qu'il avait à faire. Jamais esprit ne fut plus inflexible à refuser l'occupation, la pensée qui ne venait ni au jour ni à Fheure, plus ardent à la chercher, plus agile à la poursuivre quand le moment de s'en occuper était venu (1) ». « Pendant qu'il est occupé d'un objet, le reste n'existe pas pour lui, c'est une espèce de chasse dont rien ne le détourne (2) ».
A mes débuts dans l'administration, quand arrivaient de gros courriers, je jetais d'abord un coup d'œil sur l'ensemble, je passais d'une affaire à l'autre, sans en résoudre aucune. Je m'aperçus qu'avec ce système je perdais beaucoup de temps et que je m'énervais. Je retrouvai le calme et j'économisai du temps le jour où je décidai d'ouvrir pli après pli et de prendre mes décisions au fur et à mesure, ne passant à l'affaire suivante ; que lorsque la première était soit résolue, soit notée \ pour une enquête.
C'était revenir à la saine méthode du grand Descar- \ tes : ft diviser chacune des difficultés que j'examinais i en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait < requis pour les mieux résoudre ». C'est ainsi qu'Ho-^ race, guerrier habile, a soin de ne pas attaquer les \ trQis Curiace à la fois : il les bat séparément.
(Cette règle de ne faire qu'une chose à la fois, de s'y donner de toute son âme est d'importance capitale dans le travail intellectuel/ Nous sommes par nature des impulsifs, des instables, des éparpillés : la vie tr6»
(i) Rœderer, Ilï, 180 (1802).
(2) DE Pradt, Ilist. de V Ambassade, préface, p. x et 5.
pidante des villes tentaculaires augmente notre agitation ; nous voulons tout faire à la fois et nous allons trop vite. Cependant les grandes œuvres onLété édifiées i par la patience calme qui est comme la définition de la [puissance. — « Mais, avec cette lenteur, on n'avance ■ pas !» —
A quoi sert d'avancer quand il est certain que l'ennemi, l'oubli, regagnei^a le terrain conquis ? Il faut qu'à chaque pas en avant, la position soit assurée, fortifiée, organisée, mise en état de résister victorieusement.
D'ailleurs, il est faux qu'en ne faisant qu'une chose à la fois et en la faisant à fond, on n'avance pas. C'est au contraire la seule façon de progresser : nous disions que dans les Alpes on ne peut arriver à une cime élevée qu'en prenant un pas lent et régulier ; qui veut aller vite s'essouffle et reste en chemin.
^ BIEN FAIRE TOUT CE Qu'ON FAIT
i Travaillons donc avec calme et faisons pour le mieux chaque détail l'un après l'autre. Le temps est toujours solvable pour qui travaille. Si chaque jour on ensemence une portion du champ, à la fin de l'année la moisson sera belle. « S'il y a des personnes qui, si elles étudient ne profitent pas, qu'elles ne se découragent point, ne s'arrêtent point.. Ce que d'autres feraient en une fois, elles le feront en dix ; ce que d'autres feraient en cent, elles le feront en mille. Celui qui suivra véritablement cette règle de persévérance quelque ignorant qu'il soit, deviendra nécessairement éclairé ^1) ».
,' La vie des grands hommes nous enseigne que tous ont réussi leur œuvre par la persévérance et par la volonté de concentrer l'attention toute entière succes-
(1) CONFUCIUS. TCHOUNO-YOUNO, § 20.
FANTOMKS DE FATIGUE 89
sîvement sur chaque point et de ne rien laisser d'inachevé. Faraday à qui on demandait le secret de sa grande production le résumait en trois mots : « travailler, achever, publier ». De môme les saints se sont entraînés à Théroïsme en accomplissant avec un égal grand amour les menus actes dont la vie est comme tissée.
f Chacune des tâches de détail qui constituent un ensemble, achevons-la avec une conscience scrupuleuse, avec soin, avec âme, avec ferveur, avec courage, et nous serons étonnés nous-mêmes des progrès rapides que nous réaliserons et de Ténergie que nous gagnerons à ces petits succès continuels de la volonté. Ne supportons jamais* un travail mal fait : ce n'esf pas du travail, c'est zéro.