‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 70 sur 119 · INFLUENCE DE LA PREPARATION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA PREPARATION

L'attention procédant comme la lumière d'un phare à éclipses, par éclats intermittents, si nous fixons par exemple Tattention sur un paysage inconnu, nous n'en voyons guère plus la première fois que ce que nous en montre un éclair dans une nuit obscure. Peu à peu, si nous avons regardé méthodiquement, quelques ensembles apparaissent, comme sur la plaque sensible plongée dans le bain révélateur. Puis à chaque éclair, la perception s'enrichit et se précise.

Mais si déjà nous avions étudié un dessin ou une photographie du paysage, dès le premier éclair de l'attention la perception eut été aidée, elle eut été plus riche.

[Des expériences classiques montrent que le temps nécessaire pour réaliser la perception d'un objet, d'une phrase, d'une image éclairée pendant une seconde, est considérablement moindre lorsque le sujet de l'expérience, au lieu d'ignorer complètement quel sera le

fi) U apprentissage de l'art d'écrire.

160 L'ATTEÎN'TIOIf

problème posé, attend telle ou telle apparition audevant de laquelle il peut en quelque sorte aller par un élan de son imaginationA

C'est pourquoi, afin de ménager la substance précieuse de l'attention et de lui faciliter la perception des choses, il est utile de préparer soigneusement l'objet qu'or étudie ou que l'on va traiter. Par exemple, avant d'aborder le présent chapitre, j'ai revu la totalité de mes notes, de mes expériences personnelles sur l'attention, puis me demandant ce qu'il était utile de retenir de cette masse considérable d'observations, j'ai attendu que l'essentiel à dire à un étudiant se fut décanté et organisé dans mon esprit. Reprenant alors mon travail, j'ai « attaqué » mon sujet avec toute la force de mon esprit qui allait au-devant de la vérité, avec une préimagination déjà esquissée de la question, et pour ainsi dire avec une clarté diffuse analogue à celle de l'aube qui précède l'aurore. C'est ce que j'entends quant^ je conseille de ne conduire l'attention à l'attaque que lorsque celle-ci a été bien préparée.

Il est une autre considération importante. Quand on fait des efforts intenses d'attention, cette « prière de l'âme à la vérité » peut n'être pas exaucée, ou pour reprendre notre image, si l'attaque ne réussit pas, c'est souvent faute d'une ou deux minutes de persévérance. Nous avons rappelé l'exemple de Metz. Si la ville s'était rendue un jour plus tard, si la deuxième armée était arrivée un jour plus tard devant la forêt d'Orléans, les Allemands auraient dû lever le siège de Paris. A Port-Arthur, si la flotte russe eût tenu cinq minutes de plus, la flotte japonaise qui avait épuisé ses munitions, se retirait.

Il en va de même dans la conquête de la vérité. J'ai souvent remarqué que des succès importants me récompensaient lorsque malgré la fatigue de prolonger l'effort, je tenais bon quelques minutç^s encore. Si j'avais cédé,

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