‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 76 sur 119 · LE ROLE CAPITAL DU MOT · texte numérisé non relu

LE ROLE CAPITAL DU MOT

«mpêche de considérer qu'il n'y a pas de mémoire, mais seulement des mémoires, mieux encore, qu'il n'y a que des souvenirs. Chaque souvenir a pour ainsi dire son individualité et probablement il est lié à des éléments nerveux spéciaux. De sorte qu'un souvenir a d'autant plus de chances d'être à notre disposition qu'il est moins isolé et qu'il a plus de relations avec d'autres souvenirs. C'est ainsi que le souvenir des mots est merveilleusement docile, car il est solidement fixé dans quatre mémoires différentes. En effet j'entends le mot prononcé (souvenir auditif) ; je le vois écrit (souvenir visuel) ; je l'écris (souvenir graphique) ; je le prononce \ (souvenir d'articulation). Y

^Xles souvenirs sont distincts, puisque la maladie peut en paralyser un sans toucher aux trois autres. :De plus, plusieurs de ces souvenirs ont l'avantage considérable de contenir des éléments musculaires que nous pouvons réévoquer très facilement : je puis prononcer le mot, je puis l'écrire mentalement et^le lire mentalement par le mouvement de mes yeux. Ces systèmes de mouvements musculaires correspondants aux mots sont tellement usuels, tellement familiers, qu'ils sont devenus parfaits et d'une telle sensibilité que nous ne nous servons plus, poiir penser, que d'esquisses de mouvements à peine ébauchés. Par exemple, il est démontré par les aphasies que vous ne comprenez un orateur qu'en répétant au fur et à mesure son discours. De même, lecteur, vous ne comprenez ce que j'ai écrit qu'en le prononçant. Mais cette reproduction musculaire est si ténue, si menue, si délicate que nous ne nous en apercevons pas et qu'il faut des instruments pour la révéler.

C'est à cette présence d'éléments musculaires dociles à notre volonté que le mot doit d'être l'instrument par excellence de notre libération. En effet nous pouvons quand il nous plaît jeter cet état fort dans la trame de ftos associations d'idées, et la rompre.

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Aussi, les profonds psychologues que sont les directeurs de conscience catholiques, conseillent-ils, lorsque l'esprit est agité de pensées vagues, inutiles ou mauvaises, le secours d'une lecture, d'une oraison vocale, de la récitation de quelque psaume. L'irruption, au milieu d'associations d'idées instables de ces états- forts que sont les mots, amène l'esprit à se nourrir peu à peu du sens qu'ils évoquent — et voilà la pensée orientée malgré elle dans la bonne voie.

Par la même raison, le mot nous fournit un moyen presque infaillible de réévoquer nos souvenirs et de les stabiliser.' De les réévoquer, car, par ses éléments musculaires, ûous le tenons à notre discrétion et, par lui, les souvenirs qu'il connote. De les stabiliser, car, enfoncé dans la mémoire par ses quatre racines, il résiste à l'oubli et quand nous le tenons, lui, nous tenons du même coup la chaîne dont il est le premier anneau.

Pendant longtemps, l'enseignement élémentaire, étranger aux découvertes de la psychologie, a négligé d'utiliser cette solidité donnée au souvenir du mot par ses quatre racines. C'est en me fondant sur l'utilisation intelligente de la solidarité et de l'entr'aide des quatre mémoires du mot que j'ai proposé la suppression de l'exercice absurde de la dictée et une réforme radicale dans renseignement de l'orthographe.

L'enseignement de l'orthographe doit être préventif : en introduisant un mot nouveau dans l'esprit, il faut, du premier coup, le fixer correctement dans les quatre mémoires. On imagine ensuite des procédés intelligents pour que l'enfant réévoque le nombre de fois qu'il est nécessaire les quatre images visuelle, auditive, graphique, d'articulation. Cette méthode apprend aux enfants l'orthographe sans peine et ils ne l'oubhent plus.

V/E SOU l'ïS

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