LECTURES DE FORMATION PROFESSIONNELLE
Nos lectures doivent être dominées par une règle générale : demeurons ménagers de notre vigueur nerveuse, de l'énergie limitée de l'attention afin de pouvoir concentrer des forces fraîches sur les positions essentielles à conquérir. Une lecture dont le profit n'est pas évident est nuisible parce qu'elle gaspille notre force, parce qu'elle augmente le temps de la sédentarité, des mauvaises attitudes respiratoires, de la fatigue cumulative des yeux...
Capitale à la guerre, la concentration des forces doit
régir aussi la guerre de conquêtes et d'annexions qu'est la lecture. Il n^y a dans ehac[ue^^ro^iniie^^deconna^ sances que quelquesjm;es2i pi^ Ce sont
ces positfons stratégiques qu'il faut investir courageusement et avec une ténacité patiente. Un étudiant en philosophie aurait une culture philosophique très forte s'il possédait quelques-uns des dialogues importants de Platon, V Ethique à Nicomaque, les pages essentielles de la Métaphysique d'Aristote de Ravaisson, les Méditations de Dô^cartes, les deux derniers livres de ÏEthi^ que de Spinoza, la Recherche de la vérité de Male- Ijranche, les Nouveaux Essais de Leibniz et, parmi les modernes, la Philosophie de Hamilton et la Logique de Stuart-]\Iill, V Analyse spéciale de la Psychologie de Spencer.
Mais comme il importe de ne pas diviser l'énergie, la bonne méthode consiste à s'en tenir tout d'abord à un auteur, de le suivre docilement afm d'avoir une trame d'idées solide. C'est ainsi que j*ai abordé la philosophie par \?L Philosophie de Hamilton de Stuart-MiU et par sa Logique ; j'ai possédé k fond ces deux ouvrages, si bien que peu à peu, après avoir fait mes premiers pas appuyé sur le maître, nourri de sa doctrine, j'ai pu apercevoir les limites de sa pensée, et la faiblesse de sa métaphysique. Mais c'est parce que Mill m'a enrichi par son travail et qu'il m'a servi longtemps de guide que mon esprit a pu dépasser son point de vue. Si les Méditations de Descartes, si Malebranche et Leibniz ont été ensuite pour moi des sources vives de pensée, c'est à la forte préparation due à la possession parfaite de la pensée de Mill que je le dois.
On ne peut devenir un maître qu'après avoir été un élève docile, et l'infirmité de la pensée humaine est telle, que rien ne presse que nous quittions la tutelle d'un grand esprit. Si vous le lisez comme il faut lire, en ]o of.mprcnant, c'ost-;\-dire en confrontant votre