‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 96 sur 119 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la méthode dans leG diverses disciplines

Il serait nécessaire, au terme de ce livre sur le travail intellectuel, d'en appliquer les conclusions aux diverses carrières dans lesquelles les étudiants entreront et qui sont comme les régiments de la grande armée de savants qui investit peu à peu la réalité. ^ïais ce serait un livre nouveau, considérable à écrire et un livre subversif, car nos méthodes actuelles, quand on les examine à la lumière des lois de l'attention et de la mémoire, semblent faites en faveur dep esprits médiocres et contre les esprits vigoureux.

l'étude des mathématiques

Le fondement de toute discipline intellectuelle devrait être l'étude des mathématiques. Le manque de connaissances mathématiques élémentaires devrait être éliminatoire dans tous les examens. Elles ont cet avantage qu'il n'est pas nécessaire d'en savoir beaucoup pour en garder l'influence bienfaisante. Seules, en effet, elles fournissent à l'esprit un type de preuve absolue. Seules elles donnent le sentiment de la différznce qu'il y a entre une affirmation prouvée et une

affirmation qui ne l'est pas. C'est la seule science où il

L'ÊtUDE DES MATHÉMATIQUES t2^

n y ait pas d'à peu près, la seule qui fasse naître la besoin de l'exactitude.

Ces raisonnements qui vont par degrés successifs habituent l'esprit à la prudence des constructeurs de nos cathédrales qui, avant d'ajouter une pierre devaient être sûrs de l'aplomb et de la solidité de celles qui avaient été déjà posées.

Quelle beauté dans le monument que forment les raisoimements solidement jointoyés ! Quelle impression de force et d'équilibre harmonieux !

Mais aussi quelle continuité de patience s'impose à l'esprit qui va calmement et sûrement de preuves en preuves ! Et quelle admirable^^^ducation de l'attention, absorbée par des notions qui n'intéressent en rien ni les sens ni les passions !

Les gens incultes ne peuvent saisir l'ensemble d'une démonstration. Ils sont impuissants à réaliser l'effort qui retient dans la lumière de l'attention les termes successifs du raisonnement et qui les perçoit comme un tout, dans un acte unique. Leur énergie mentale est prise d'anémie avant d'atteindre la conclusion. Ils ne peuvent suivre un enchaînement de déductions : ils comprennent la première, fléchissent à la seconde et ne peuvent aborder une troisième, une quatrième, ni, à plus forte raison, en faire la synthèse.

L'éducation de l'attention par les mathématiques est donc d'une importance de tout premier ordre parce qu'elles obligent l'esprit à cet effort . de synthèse qui fond plusieurs actes d'attention partiels en un acte cohésif simultané.

Lorsque l'instrument déductif est bien ajusté, il peut conduire à de grandes erreurs, si l'on part de principes faux. Beaucoup tirent des conséquences bien déduites de prémisses absurdes. C'est une forme dangereuse de folie qu'on appelle paranoïa (esprit à côté). Les philosophes allemands oa sont atteints car ils ont

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