Le travail musculaire et l'énergie qu'il représente
Ceci est une œuvre de physiologie pure. Le sujet qu'elle embrasse appartient tout entier à rëtude du mécanisme intime de la contraction musculaire. J'en préviens tout d'abord le lecteur qui, sur la foi du titre, pourrait être tenté de chercher, dans cet essai, des applications pratiques relatives à l'exploitation des moteurs animés.
La question qui s'y trouve traitée n'intéresse pourtant pas que les physiologistes. Elle a une égale importance pour tous ceux, savants ou praticiens, qui ont intérêt à la solution du problème des transformations et de l'utilisation de l'énergie dans les êtres organisés.
La contribution que j'apporte à l'étude de cette question comprend : 1° une conception théorique du mode d'emploi de l'énergie dans la contraction musculaire; 2" les faits que la vérification expéri-
VI AVAiNT-PROPOS.
mentale de cette coiiceplioii théorique m'a permis d'acquérir.
Ceux-ci une fois trouvés, j'aurais pu m'y attacher presque exclusivement. En effet, ces faits seront très certainement [)lus ou moins rectifiés dans l'avenir, grâce au perfectionnement des méthodes expérimentales; mais, dans leur ensemble, ils constituent dès maintenant une acquisition ferme. Je n'en pourrais dire autant de l'idée instigatrice des expériences qui me les ont révélés. Peut-être les résultats de ces expériences s'adapteront-ils un jour plus exactement à une autre théorie.
J'ai tenu cependant à donner, dans mon exposition, la première et la plus importante place à la conception qui a inspiré mes recherches : après avoir recueilli les impressions suscitées par les quelques communications préalables que j'ai faites soit à l'Académie des sciences de Paris, soit au Congrès international des sciences médicales, tenu à Berlin (1), je me suis convaincu que ce serait la meilleure manière de faire comprendre la portée et la signification de ces recherches.
Deux hypothèses peuvent être distinguées dans cette conception.
(1) Comptes rendus de V Académie des sciences, 7, 15 et 21 juillet 1890. — Archives de physiologie, n° 1, 1891.