‹ Le travail obligatoire dans les Colonies africainesChapitre 12 sur 45 · LES CULTURES OBLIGATOIRES · texte numérisé non relu

LES CULTURES OBLIGATOIRES

ment dans leur ressort « des travaux de rapport, des cultures vivrières ou des plantations de produits d'exportation ». L'administrateur territorial, à qui incombe de déterminer l'étendue et l’importance des travaux à entreprendre, tient compte, pour établir son programme, des ressources du territoire, du nombre des indigènes mâles, adultes et valides, du développement des voies de communication. Après approbation du commissaire de district, il effectue la répartition des travaux entre les chefferies, sous-chefferies et villages. La même politique se retrouve dans le territoire sous mandat belge du Ruanda-Urundi : tout indigène adulte et marié est obligé de planter dix arbres d’essence du pays et cinq arbres d'essence étrangère, et de cultiver un champ de 10 ares de manioc (28) ; tout chef de province ou notable important est tenu d’entretenir un hectare d’arbres de son choix et un demi hectare de plantations de rapport (caféïers, arachides, etc). De plus, un autre réglement du 24 mars 1926 décide que tout indigène établi et marié, habitant dans une certaine zone comprise le long des voies de communications, doit cultiver de 3 à 5 ares de plantes vivrières. Dans tous les cas, les produits récoltés restent la propriété des indigènes. Une telle abondance de mesures relatives aux cultures obligatoires dans le territoire du Ruanda-Urundi trouve sans doute son explication dans cette phrase de M. Ryckmans, ancien résident de lUrundi : « Tant que le Ruanda-Urundi ne sera pas exportateur et gros exportateur de vivres dans les bonnes années, On y mourra de faim après une mauvaise récolte » (29).

Se rattachant à cette même politique, signalons l’audacieuse tentative couronnée du reste de succès faite par

(28) Réglements n° 41 du 12 janvier 1925 et n° 49 du 31

décembre 1925.

(29) E. pe WILDEMAN - Enquête sur l'extension intensive ct rationnelle des cultures indigènes dans les colonies tropicales. (Institut Colonial international - Compte rendu de la 20° session. Bruxelles 1929 : Annexe 2, p. CXLVIT).

l'administration du Togo, territoire sous mandat français : elle a consisté à créer de toutes pièces des villages indigènes dans certaines régions inhabitées, mais reconnues convenir parfaitement aux cultures vivrières et d'exportation qu'on voulait entreprendre (30). Deux villages furent ainsi créés en 1925 dans les cercles de Sokodé et Atakpamé, formés chacun de 50 indigènes et de leurs familles, installés à proximité des voies carrossables, à des endroits favorables. Outils agricoles et semences sont fournis gratuitement ; de (plus, durant un an, les nouveaux venus sont exonérés de l'impôt et des prestations. En 1926 et 1927, six nouveaux villages furent créés ; en 1928, on commençait l'installation de 14 autres. Les cultures entreprises par certains villages rapportèrent des profits tels à leurs habitants que des milliers d’indigènes demandèrent à faire partie des nouveaux transplantés.

Par contre, si nous parcourons les législations des principales possessions anglaises d'Afrique, qu'il s'agisse de l'Afrique Occidentale ou de l'Afrique Orientale Anglaise, partout, nous trouvons une autre conception des cultures obligatoires : toutes les dispositions relatives à l’imposition de certaines cultures se rattachent à des mesures exceptionnelles, prises en cas de nécessité urgente d'ordre public pour enrayer une famine déclarée ou imminente. Les indigènes physiquement aptes sont tenus dans ces circonstances d'entreprendre la culture, en plantes

(30) Consulter les Rapports annuels du gouvernement françails au Conseil de la Société des Nations sur l'administration sous mandat du territoire du Togo; en particulier année 1927, chapitre VI, page 38.

C'est la même méthode que mit en œuvre autrefois à Madagascar, le Commandant Lyautey, dans les territoires qu'il commandait. Pour faire surgir la vie, au long des routes qu'il construisait, il avait eu l’idée de constituer un peuplement artificiel, en fixant de loin en loin des unités de tirailleurs malgaches, qu'on faisait rejoindre de leurs familles; et il ne restait plus qu'à leur construire un village et à leur fournir outils et semences (Voir LYAUTEY - Lettre du Tonkin et de Madcgascür - 1921, p. 545).

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