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CHAPITRE III

Les cultures obligatoires

A la séance d'ouverture de la 20° session de l’'Institut Colonial International réunie à Bruxelles en 1929, M. Jaspar alors premier ministre et ministre des colonies de Belgique présentant les questions à l’ordre du jour, déclarait à propos de l’extension des cultures indigènes : « Cette question passionne à juste titre le monde colonial. Tous sont d'accord pour reconnaître la nécessité d'étendre les cultures indigènes surtout dans les régions tropicales où les natifs à peine sortis de la barbarie, indolents et imprévoyants, ne défrichent et ne cultivent que ce qu'il leur faut pour se nourrir au jour le jour et où la moindre irrégularité des pluies, une invasion de parasites, le passage d’un troupeau de fauves, suffit à provoquer la disette, voire des famines meurtrières (26) ».

De tout temps, en effet, cette question a préoccupé les colonisateurs au même titre que celle de l'hygiène et de l'assistance médicale. « Avant tout, écrit M. G. Hardy, la plupart des populations coloniales sont sous-alimentées. Leur nourriture presque exclusivement végétarienne est insuffisante en quantité et fort irrégulière : à de brèves et rares périodes de bombance succèdent de longues périodes de disette, voire de vraies famines dont nous avons peine à imaginer l'horreur (27) ». L'intérêt immédiat et vital de l’indigène est en jeu; on ne peut attendre les effets à long terme de l'éducation agricole commencée à l’école sous forme d'enseignement pratique, poursuivie

(26) Institut Colonial International - Compte rendu de la 20° session, Bruxelles 1929, page 32.

(27) G. Harpy - Nos grands problèmes coloniaux, page 14.

par la création de fermes-écoles, de stations d’essais, par la propagande de moniteurs agricoles indigènes, facilitée aussi par l'exemple des colons européens. Aussi, les colonisateurs recoururent-ils au système des cultures obligatoires. Sans doute, pratiqué avec brutalité, sans aucun ménagement, dans un esprit de lucre, le système aboutit à de redoutables abus; et l’on évoque au siècle dernier les mauvais souvenirs laissés par le système tristement célèbre de Van den Boesch aux Indes Néerlandaises.- Mais, employé avec ‘prudence et mesure, il se révèle comme ayant d’heureux résultats, tant en ce qui concerne la lutte contre la sous-alimentation que le développement du goût du travail régulier chez l’indigène.

Tels sont, en effet, les buts que nous voyons poursuivre, tour à tour ou cumulativement, lorsque nous parcourons les législations coloniales qui admettent les cultures obligatoires. Ces diverses législations peuvent se rattacher d’une façon générale à deux conceptions : dans l’une, l'obligation faite aux indigènes de se livrer à certaines cultures n’est qu’une mesure exceptionnelle justifiée par la disette ou l’imminence d’une famine ; par suite, il ne peut s’agir que de cultures obligatoires vivrières. Dans l’autre, les cultures obligalioires prennent figure d’institution permanente : elles n’ont plus seulement pour but de prévenir la famine ou d’y remédier, mais elles sont considérées comme devant enraciner peu à peu chez les indigènes le goût du travail régulier, comme devant aussi servir la diffusion de l’enseignement agricole et contribuer au relèvement du niveau de vie de la population, souvent si misérable, par l’accroissementdu pouvoir d'achat de l’indigène.

Parmi les adeptes de cette deuxième conception, se rangent la France et le Portugal, quoique leurs législations respectives ne soient pas très explicites, et surtout la Belgique dont le décret du 2 mai 1910 (modifié en 1946 et 1917) sur les chefferies et sous-chefferies indigènes, ne permet aucun doute à cet égard: il mentionne, en effet, que les autorités indigènes sont tenues de faire annuelle-

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