‹ Le travail. Son influence sur la santéChapitre 22 sur 41 · INFLUENCE DU TRAVAIL SUR LE SORT DES NATIONS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU TRAVAIL SUR LE SORT DES NATIONS

parmi lesquelles les Baléares, les Açores, les Canaries, les Philippines, Madère, Cuba, Porto-Rico, Saint-Domingue. Elle a tiré de l’Amérique plus d’or qu’il n’en faudrait pour régénérer l’Europe.

Mais voyons le fond des choses. Une paresse morne et superbe stérilise ce beau pays. Elle renonce au travail, considéré comme œuvre servile. Son idéal est la vie oisive du seigneur et du prêtre ; l’industrie est méprisée, l’agriculture anéantie par la double mainmorte du clergé et de la grandesse. Le pauvre mendie fièrement; le riche vit à la mode arabe, d’un trésor qui croupit dans un coffre ou dans un silo. Au rude labeur de la charrue, les paysans préfèrent la fainéantise pastorale. Le Chevrier ne déroge pas en gardant son troupeau : immobile, drapé dans sa loque, il est Yhidalgo de la Sierra, le gentilhomme de la solitude. C’est pourquoi la vaine pâture envahit et dessèche la campagne. On se croirait en Chaldée, aux temps des patriarches. (P. de Saint-Victor.)

Examinons les fruits que cette paresse nationale a produits.

Trois cents villages en ruine dans les deux Castilles; raille dans le royaume de Cordoue. A l’agriculture des Maures, si admirable par ses irrigations, succède une désolante sécheresse, qui pèse encore sur cette belle contrée.

Un proverbe dit ; a. L’alouette ne traverse les Castilles qu’en portant son grain. » Les couvents, multipliés par milliers, étendent sur le royaume la stérilité mystique de la ïhébaide; les moines deviennent littéralement les Pères du désert. L’Espagne périt faute d’Espagnols. Dès 1619, les cortès jettent ce cri d’alarme. « On ne se marie plus, ou,

» marié, on n’engendre plus. Personne pour culj tiver les terres... Il n’y aura seulement pas de ï pilotes pour fuir ailleurs. Encore un siècle, et l’üs- » pagne s’éteint. »

Voilà ce que la paresse avait fait d’un des plus beaux pays du monde ; de celui qui avait eu à sa disposition presque tout l’or du globle.

Heureusement notre siècle verra la contre-partie de ce désolant tableau.

Si mon honorable prédécesseur à ces conférences, M. de Lesseps, a fait l’éloge du peuple anglais, éloge auquel, au point de vue qui m’occupe, celui de l’influence du travail sur la grandeur des nations, je m’associe de tout cœur, permettez-moi aussi de donner un public témoignage de sympathie à nos frères de race latine d’Espagne et d’Italie, qui, marchant avec la France, appuyés sur la base immuable de la liberté et du travail, sont à la veille de réaliser les plus admirables-progrès et de reprendre dans le monde la grande place qui leur est destinée.

Page 1