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TRANSFORMATION DE L’ACIDE BENZOÏQUE EN ACIDE HIPPURIQUE

C’est une chose très curieuse que celte transformation de l’acide benzoïque en acide hippurique dans l’économie vivante. Je dois dire cependant qu’elle n’est pas toujours complète, surtout quand la dose de l’acide ingéré est trop élevée, et dans certains cas pathologiques que je ne saurais déterminer. C’est ce qui résulte d’expériences que j’ai exécutées à l’Hôtel-Dieu. Quoi qu’il en soit, je crois utile de reproduire ici une note de M. Relier, que M. Liebig a déjà consignée dans les documents de son ouvrage.

« Dans l’ancienne édition du traité de M. Berzelius (édition allem., t. IV, p. S76), M. Wôhler a déjà émis l’opinion que l’acide benzoïque se transformait probablement par la digestion en acide hippurique. Cette supposition était fondée sur une expérience que ce chimiste avait faite antérieurement sur l’évacuation de l’acide benzoïque par les urines. Il trouva, dans l’urine d’un chien qui avait mangé avec sa nourriture une demi-drachme d’acide benzoïque, un acide cristallisant en aiguilles prismatiques et qui possédait les propriétés générales de l’acide benzoïque, de sorte qu’il le prit pour tel (Tiedemann’s Zeitschrift für PhysioL, t. I, p. 142). Ces cristaux étaient évidemment de l’acide hippurique, car, comme dit l’auteur, ils avaient l’aspect du salpêtre et laissaient du charbon par la sublimation. Mais à celte époque

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on ne connaissait pas encore cet acide ; car on sait que, jusqu’en 1829, où !M. Liebig le découvrit, il avait été généralement confondu avec l’acide benzoïque.

» Le fait récemment annoncé par le docteur Ure [Prov. med. and surg. Journ., 1841 , Pharmaceut. Centralblatt, n“ 46), que l’urine d’un malade ayant pris de l’acide benzoïque avait contenu de l’acide hippurique, dirigea de nouveau l’attention des physiologistes sur cette réaction remarquable, et occasionna de ma part quelquas recherches, entreprises sur l’invitation de 31. le professeur Wôhler. On verra que sa supposition s’est entièrement confirmée.

» J’avalai le soir, avant de me coucher, délayés dans du sirop de sucre, 2 grammes (environ 32 grains) d’acide benzoïque pur. J’eus des sueurs pendant la nuit, et elles paraissaient bien provenir de cet acide, puisque autrement une forte transpiration ne s’établit chez moi que difficilement. Je n’en remarquai pas d’autre effet, même en prenant les Jours suivants la même dose trois fois par jour, et sans que les Sueurs revinssent une seule fois.

» L’urine rendue le matin avait une réaction extraordinairement acide, même après avoir été évaporée et abandonnée pendant douze heures. Elle déposa les sels)terreux qui forment le sédiment ordinaire des urines. Mais lorsque je l’eus mélangée avec de l’acide hydrochlorique et abandonnée au repos, il s’y forma un grand nombre de longs cristaux prismatiques, colorés en brun, et qui n’avaient déjà plus l’aspect de l’acide benzoïque. Une autre portion, concentrée à consistance de sirop, se transforma par l’addition de l’acide hydrochlorique en une masse de lamelles cristallines. J’exprimai

NOTES ET DOCUMENTS

celle-ci, et api’ès l’avoir dissoute dans l’eau bouillante, je la traitai par le charbon et la fis cristalliser une seconde fois. Je l’obtins ainsi en prismes incolores d’un pouce de long.

» Ces cristaux étaient de Vacide hippurique pur. Ils fondaient par réchauffement, se cliarbonnaient à une température plus élevée, en dégageant l’odeur des amandes amères et en donnant un sublimé d’acide benzoïque. Afin de dissiper à cet égard toute espèce de doute, j’en déterminai le carbone. me donnèrent 60,4 pour 100 de carbone; or, d’après la formule CigHigNaOsjHaO, l’acide hippurique cristallisé renferme 60,67 pour 100 de carbone, tandis que l’acide benzoïque en contient 69,10 pour 100.

j> Pendant tout le temps que je continuais l’ingeslion de l’acide benzoïque, je pouvais extraire de l’urine de grandes quantités d’acide hippurique. Comme l’acide benzoïque ne paraît point troubler la santé, il serait aisé de se procurer ce corps en quantité notable. On pourrait pour cela avoir quelqu’un qui continuât celte fabrication pendant quelques semaines.

» Il était important d’examiner, dans Turine contenant l’acide hippurique, la présence de ses deux principes essentiels, c’est-à-dire de l’urée et de l’acide urique. Je les y trouvai tous deux dans les mêmes proportions que dans l’urine normale.

» Lorsque l’urine concentrée par l’évaporation eut déposé tout l’acide hippurique par l’addition de l’acide hydrochlorij’y ajoutai de l’acide nitrique, de sorte qu’elle précipita une grande quantité de nitrate d’urée. Déjà auparavant elle avait déix)sé un sédiment pulvérulent qui présentait avec l’a-

eide nitrique la réaction si connue de l’acide urique. Ce fait est contraire à l’observation du docteur lire ; et il serait prématuré, ce me semble, de recommander l’usage de l’acide benzoïque contre les concrétions urinaires et arthritiques. M. Ure paraît supposer que l’acide urique est employé pour la transformation de l’acide benzoïque en acide hippurique. Gomme il a fait des expériences sur l’urine d’un arthritique, on est autorisé à admettre que celle-ci n’eût pas contenu d’acide urique même sans l’usage interne de l’acide benzoïque.

» Du reste, comme l’acide hippurique ne se sépare de l’urine que par l’addition d’un autre acide, il est évident qu’il s’y trouve en combinaison avec une base. »

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