SYSTÈME MUSCULAIRE
dère que le sang est échauffé par la respiration principalement, qu’il est lui-même le messager de la chaleur animale, ne pourrait-on pas trouver en lui la raison de ces faits ? Par un exercice actif, le pouls et la respiration sont l’un et l’autre accélérés ; on doit penser qu’alors une plus grande quantité d’oxygène est consumée, et une plus grande quantité de chaleur produite ; la circulation du sang se fait avec plus de rapidité, et il se répand en plus grande abondance dans les extrémités ; l’excès de chaleur s’y trouve alors ainsi entra:îné et dépensé, ce qui en prévient l’accumulation dans les organes intérieurs et profondément situés, et nous donne un nouvel et remarquable exemple du mécanisme ingénieux de notre organisation (VI).
De l’ln0uence de l-exercice sur les principaux appareils et les fonctions les plus importantes.
Nous allons maintenant rechercher quelle est l’influence du travail corporel, ou de l’exercice sur les principaux appareils de l’organisme et sur les fonctions les plus importantes de l’économie.
Pour le système musculaire^ il sera inutile d’insister; vous savez tous que l’exercice développe les muscles, et que les masses charnues sont, dans un membre, toutes choses égales, d’autant plus volumi-
neuses, que ce membre subit un exercice plus régulier (VII). L’inégalité de force des parties droite et gauche du corps, l’inégalité des membres chez les ouvriers qui travaillent avec certains membres à l’exclusion des autres, voilà des exemples qui vous sont familiers.
L’influence du travail sur Y appareil digestif n’est pas moins évidente. L’appétit est d’autant plus énergique et plus régulier, qu’on est soumis à un exercice plus uniforme et plus actif. Gela se comprend sans peine : le travail, c’est de la dépense; or, pour que l’harmonie subsiste, il faut de toute nécessité que la réparation soit proportionnelle à la dépense, d’où accroissement inévitable de l’appétit quand le corps travaille davantage.
Ce n’est pas le seul effet heureux du travail sur l’appareil digestif; les excrétions, dont la régularité est si nécessaire à la santé, sont le plus souvent beaucoup mieux réglées chez l’homme qui travaille que chez celui qui s’adonne au repos du corps.
Sous tous-ces rapports, il y a donc un incontestable avantage pour celui qui utilise ses forces.
Si les fonctions de l’appareil digestif sont animées sous l’influence du travail, toutes celles qui sont sous leur dépendance doivent en ressentir les heureux effets ; c’est aussi ce que l’observation confirme. Par un travail régulier et une réparation convenable, il
DE LA RÉPARATION PAR LES ALIMENTS. 11 se développe une harmonieuse activité de toutes les fonctions de la vie organique, d’où naît un bien-être général incontestable.
Sous l’inüuence de l’exercice corporel général, sans parler ici de l’exercice spécifique, les organes des sens conservent beaucoup mieux que dans l’inaction les principaux caractères de la perfection.
Sous cette heureuse influence, l’intelligence, quand elle est cultivée comme nous le dirons plus loin, de^ meure plus lucide et plus active.
Be la réparation du travail corporel.
Je viens de parler à plusieurs reprises de la réparation que nécessite la dépense des forces mises en action par un travail corporel; c’est un sujet sur lequel je dois maintenant revenir, en montrant quels doivent être les aliments de l’ouvrier qui travaille énergiquement, en insistant sur l’utilité du repos, du sommeil et de la diversité des occupations.
L’aliment de la force, celui dont la quantité doit être augmentée, quand on se livre régulièrement à un travail énergique, c’est la viande, et surtout les portions musculaires des animaux adultes.
Des exemples très nets, que j’ai soin de mettre en lumière dans mon cours d’hygiène, le démontrent ; je vais rappeler les principaux.
On a cherché, il y a environ une quarantaine d’années, à établir à Charenton une fonderie de fer sur le modèle des ateliers anglais les plus perfectionnés de cette époque.
On a d’ahord employé dans cette usine des ouvriers anglais, à l’exclusion de nos nationaux qui, plus tard y ont été admis. On n’a pas tardé à s’apercevoir que la question d’adresse étant mise à part, les ouvriers anglais réalisaient dans leur travail une dépense de force dont nos nationaux ne pouvaient approcher. Était-ce une question de race ou de constitution? Pas le moins du monde; c’^était simplement une question de régime. Les ouvriers anglais consommaient, selon leur habitude, de larges portions de bœuf rôti ; les ouvriers français, beaucoup de pain et une ration insuffisante de viande bouillie. On fît peu à peu adopter aux travailleurs français le régime de leurs compagnons d’Angleterre, et alors ils exécutèrent, sans plus d’efforts qu’eux, les plus rudes travaux.
Les mêmes observations se renouvelèrent lors de la construction du chemin de fer de Paris à Rouen, qui fut d’abord confiée à des ouvriers anglais, puis à des travailleurs des deux nations. Avec sa maigre part de viande, l’ouvrier français était inférieur à l’anglais, dont le roastbeef forme la base de l’alimentation ; il devint son égal quand la viande rôtie
DE LA RÉPARATION PAR LES ALIMENTS, intervint pour une part égale dans son régime.
J’ai étudié ailleurs, et avec détail, la diététique du boxeur soumis à l’entraîneraent, j’y reviendrai plus loin. Pour cet homme qui doit produire une dépense de force excessive, la masse de viande grillée qui intervient dans l’alimentation est très considérable.
Sans insister davantage sur ces exemples que vous ne pouvez vérifier, qu’il me suffise de vous rappeler que l’habitant des campagnes, qui consomme de la viande en si faible quantité dans les conditions ordinaires de sa vie, en fait un usage beaucoup plus large pendant le temps de ses plus durs travaux. Sans cette réparation, il ne pourrait suffire aux labeurs souvent excessifs des moissons ou de la vendange.
Tous ces exemples établissent que Télément le plus approprié pour la dépense de la force est le muscle; c’est, en effet, cet organe qui est mis en jeu parle travail; moins l’organisation a d’efforts à faire pour la réparation, plus cette dernière est facile et complète.
Il est bien certain aussi que l’ouvrier qui se livre à un rude labeur dépense aussi beaucoup plus de chaleur que le citadin oisif. Il est donc indispensable que la réparation des aliments de la calorification soit aussi plus large. Il y est amplement pourvu par les corps
gras qui accompagnent la fibre musculaire, et par le pain ou les pommes de terre qui sont consommés avec la viande en quantité plus grande par un homme ayant un appétit énergique.
Ici, comme en bien d’autres questions, il y a deux termes qui doivent être dans un rapport constant, si l’on veut rester dans les conditions normales de la santé et du bien-être. La réparation doit être proportionnelle au travail produit.
J’ajouterai une remarque qui a une grande importance : plus la dépense est considérable, sans cependant qu’il y ait effort pénible, plus il y a chance d’éloigner les maladies et la vieillesse prématurée. Les organes des hommes et des animaux diffèrent en cela des outils; loin de s’user par le travail, parlai ils se perfectionnent et se fortifient (VIII).
Bu repos et du sommeil.
Le travail corporel exige un autre mode de réparation que celui du régime alimentaire, c’est le repos et le sommeil.
Le repos du corps peut être obtenu de bien des façons; la plus heureuse est sans contredit la diversité du travail, diversité qui est nécessaire à tous les points de vue, et d’abord pour rie laisser se détériorer dans l’inaction aucune des merveilleuses