Le treizième fils de Jean-Pierre
Heureux qui n'a jamais secoué ses saudales Sur l'escalier d’autrui,loin des terres natales, Et demeurant fidèle au Dieu de ses foyers, N'a jamais déserté l’ombre de ses noyers ; :
Il ne sait pas combien c’est uue lourde peine De regarder sans cesse À la plage lointaine, Sans pouvoir un seul jour dans son brûlant souci, Se dire, en s’asseyant : Reposons nous ici !
J . P. Veyna?, la Coupe de l'exil)
Ce fut une grande allégresse dans la maison de Jean-Pierre, le pauvre menuisier, lorsque, le lundi de la Pentecôte, il y a soixante ans, sa femme Rosalie mit au monde son treizième enfant, un gros garçon, bien fait et de bonne mine, que ses douze frères aînés vinrent, l’un après l’autre, contempler endormi dans le berceau de bois blanc où chacun d'eux avait passé la première année de sa vie.
Au lendemain de soh mariage, le vaillant Jean-Pierre avait choisi. |
dans sa boutique deux belles planches de hêtre, épaisses et sans nœuds. Il y tailla les diverses pièces de l’humble couchette qu’il destinait aux enfants que lui enverrait la grâce du Seigneur. Ce fut un ouvrage parfait, sans moulures ni ornements futiles, mais solide et de formeélégante. La mère de Rosalie lui vint porter la rôtie au vin, et tout de suite il fut décidé, que l’enfant serait baptisé le jour même, avant que les cloches de l'antique église sonnassent, au déclin du jour, en l'honneur de la fête. Et comme ce nouveau chrétien venait le treizieme, et qu'il faut honorer les pères d’une famille aussi nombreuse, comme le roi déclarrait noble de fait tout citoyen donnant à l'Etat douze défenseurs, à la société douze hommes utiles, le syndic, noble et respectable François du Mont de la Fraidière, chevalier, fut chargé au nom de la ville, de tenir le petit sur les fonts sacrés ; afin d’honorer Notre-Seigneur en la personne d’un de ses pauvres, il choisit pour commère une vieille mendiante, la Gathon, qui vivait d’aumônes et passait pour une sainte. , Le cortège, à l'heure de vêpres, se rendit à la paroisse. Un compagnon charpentier, fort enrubanné, marchait le premier, jouant du violon comme un enragé qu'il était, car il n'avait, de sa vie, su tenir un ar-. chet : il frôlait les cordes comme il eût raboté une poutrelle, vigoureu-
sement. .
Le parrain suivait, couvert de son manteau syndical de velours violet. coiffé du chapeau emplumé à la Henri IV, et donnant le bras à sa commère, proprette sous sa bure et cornette de toile bise, confuse et fière à la fois de l'honneur qu'on lui faisait.
Celui des fils de Jean-Pierre qui venait de clore sa septième année, portait le flambeau allumé—un grand cierge de cire garni de blanches tresses de soie, — et la grand’mère soutenait sur ses bras le nouveau-né,
‘habillé d’une robe de mousseline blanche, coupée dans la robe de noce :
de s1 bru, et qui servait pour la treizième fois depuis quinze ans, Mèregrand avait donné le chrémeau, fait de ses derniers bouts de dentelle, et se pavanait glorieusement sous le châle turc rapporté d'Egypte par défunt son mari, un héros dès Pyramides, fauché par un boulet russe à la Moskowa.
Puis venaient tous les parents de Jean-Pierre, oncles et tantes. cousins et cousines jusqu'au dix-septième degré, et les voisins, et les amis, et Jean-Pierre le dernier, le cœur bien content et la figure épanouie. :
L'enfant ne pleura point, croyez-le, quand M. le curé versa l’eau sainte sur son petit frant rose ; non plus quand il eut un grain de sel sur la langue. Il reçut les noms de Jean, pour la ville, de Félix, pour le parrain, et de Marie, pour la marraine.
Quand M. le curé ent quitté lesurplis et l’étole, ii vint embrasser amicalement Jean-Pierre, et laissant filer en avant le cortège qui s'en retournait en pompe, le pasteur et son paroissien revinrent ensemble, bras dessus, bras dessous, à la maison.
—Et comment feras-tu, Jean-Pierre ? voici que tu as une lignée nombreuse à élever dans la crainte de Dieu...
—Dieu, qui me les envoie, m'enverra de quoi les nourmr: j'ai confiance, monsieur le curé.
—Et tu as raison, Jean-Pierre. Va, aie bon courage ! Tu te prépares une vieillesse comblée de joie et d'honneur.
. Sachez que le dîner de baptême fut très beau. On mangea de totes sortes de bonnes choses, on but à proportion ; chacun chanta sa chanson au dessert, et comme il y avait pour le moins cinquante convives, vous jugez bien que la fête dura du coucher du soleil jusqu’à l'aube. Il est permis de s'amuser, de rire et de chanter, et les vrais chrétiens sont amis de la franche gatté. La poudre tonna comme à la naissance des princes, mais au lieu du canon, ce fut le vieux pistolet du grenadier de Tlempereur qui fut cent fois déchargé.
‘. Le lendemain, du reste, Jean-Pierre se remit au travail comme si de rien n'était, et joua de la varlope et du rabot sans perdre une minute.
Il aurait bien voulu que ses treize fils eussent quelques petites sœurs, mais il demandait trop, le bonhumme ! et Le petit Felix demeura le cadet bien-aimé de la maisonnée. Il grandit à vue d'œil et. fut bientôt d'a: plomb sur ses jambes mignonnes. À trois ans c'était un joli chérubin, aux cheveux bouclés, d’un blond clair, aux yeux bleus, à la bouche rieuse. Il faisait gentiment le signe de la croix, et disait : JESUS ! en joignant ses mains potelées. À
n soir, sa mère, robuste et fraiche montagnarde, toujours accorte et souriant à tout venant, jugea que Félix devait apprendre à prier Dieu.
Elle le pri tendre qui éloquente ‘“ Mon D ‘“ Mon D sainte craii “ Mon D nissez les a ‘“ Petit .
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née, riait au; se sentait pé Panouissait.
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Elle le prit donc sur ses genoux, et lui fit répéter, après elle, de sa voix tendre qui dut réjouir le cœur des Anges et faire sourire la Vierge, cette
éloquente oraison : ‘
“ Mon Dieu je vous aime et je vous adore de tout mon cœur. |
“« Mon Dieu, conservez mon papa et maman pour m'élever dans votre sainte crainte. Faites que mes frères et moi soyons bien sages.
“ Mon Dieu, mettez en paradis tous mes parents qui sont morts, “bénissez les autres qui sont vivants.
‘ Petit Jesus, qui êtes si beau, faites que mon cœur vous serve de berceau.
“ Petit Jésus, qui êtes si aimable, faites que mon cœur vous serve d’étable. ”
Et Félix battit des mains joyeux d’avoir ainsi parlé, lui, toute petite créature, à Celui qui est si grand et qui règne dans les cieux !
Ce que le Créateur a fait de plus beau, de plus charmant, de plus aimable, de plus merveilleux, de plus suave,. c’est l'enfant... L'enfant qui a l'éclat des fleurs les plus brillantes, et la seule beauté dont on puisse dire qu’elle est complète, parce qu’elle est le reflet de l’admirable inno cence, de ia parfaite pureté ! ÿ
Lorsque Jean-Pierre, après une longue journée de travail, rentrait à son logis ; lorsqu'il approchait de l’âtre, fatigué, le corps meurtri, ilne fallait, pour le distraire de son accablement et des préoccupations du lendemain, qu'un sourire de son Félix. Il soulevait le petit, le prenait surses genoux, l’embrassait, le caressait, le taquinait même, excitant. son rire, divine musique.….Il se faisait conter les espiègleries de la journée, riait aux larmes du langage incohérent, des mines malicieuses..….Il se sentait pénétré d’un attendrissement profond, et toute son âme S'épanouissait. 4
L'enfance de Félix fut heureuse : il vécut simplement, a7ant bon appétit, et faisant de furieuses brèches aux montagnes de p ::mes de terre que sa mère apprêtait, aux colossales miches de pain de seigle
u’elle boulangeaït. L'eau du bourneau lui semblait exquise autant que
e vin le plus parfumé ! Il avait des habits de gros drap paur l'hiver, un sarrau de toile pour l'été, et ses cheveux ébouriflés le protégeaient aussi bien contre le soleil que contre la neige.
Il ignora toujours la misère et les douloureux exemples qui forment le gamin de Paris. Il se battait comme un endiablé, se laissait battre quand il n’était pas le plus fort. Etourdi, passionné, acharné au jeu, il préférait les billes aux livres, et le jeudi à tous les autres jours de la semaine, parce que, ce jour-là, on n'allait pas à l’école.
Quand il désobéissait, le père Jean-Pierre trouvait une latte dans un
oin do l’etelier et fouettait dur, se souvenant de cette parole de la Bible, ‘ Celui qui épargne la verge à son fils, déteste son fils. ”
Bref; Le petit Félix fut un enfant comme tous les autres, ni meilleur, M pire, élevé rudement, accoutumé et la sobriété, élevé dans le respect el l'amour de Dieu, et surtout mis en garde contre ce terrible vice du hiasonge, qui est souvent pour l’enfant l'apprentissage d'abord, le dé- Euisement eusuite de tous les autres vices.
Fe ne #*# À ; FeNx aimait la vieille église, à l'ombre de laquelle s'élevait le toit pa
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“ernel. Leg a avec sa façade creusée de niches en ogive, où des saints
| i iles ; les contreforts de i llement, restaient immobiles : avec super À asie des milliers d’hirondelles ; avec sa pre ange duo conservée par respect de la tradition qu'habitait maint couple de ji ppt itraux colorés eclairaient it souvent, dans ce temple, que les vitra é
d’ x US mvstériotue, où brûlait la lampe du sanctuaire, se pu ol bout deses chaînettes dé cuivre, et dont la clarté jetait de pâles
ar ms sur les boiseries sculptées, noircies par les siècles. hais Il se plaisait à construire, avec les débris de planches, avecles busilles ” les bovates—on nomme aïnsi, là-bas, les copeaux, et les pommes de à —de rustiques autels, que dominaient une madone en plâtre, D Érnnieut des chandeliers de plomb, des vases pour lesquels une rose
i étai uet gigantesque. ‘ is de mai élit un bonne ls fêtes que ramène chaque année, religieusement célébrées en famille, et qui par leurs usages pittoresques, éveilaient en l'intéressant, sa jeune imagination. j rs Voici Noël, avec ses vieux ri du Mr at Lt Fos tops 1 ic e laterre ; avec la grosse bûche q €
o DE Unies qui grillent sous la cendre... Noël, escorté de tant de des poétiques, de tant de contes amusants, de tant d'histoires at-
-tendries.
ontagnes, pendant les neuf jours qui précèdent
wait L'on P Emo jai Rte office très court, composé de prophéties an- , ur. ha vo a scie rs a lhtanbée de la nuit, la foule envahit l église rs AE jets une chandelle, une cire jaune entourée d’un papier de <pte is lanterne. Peu à peu des lumières s’allument çà et à, pi- Le EL bre d'étincelles. Les gros piliers s'éclairent de reflets étran- DT fée dérares de l’autel resplendissent ; les ténèbres s’effacent ; les,
Ÿ 4 is l’ éclate da. ds jus urs meneaux sculptés. Puis l'orgue éclate, AS" s miroitent entre leurs A
s Dora majestueux. Un chœur de voix graves s’élèvent tout en haut,
} te, adoremus.
i es : Regem venturum Dominum, venile, a Loi me he "+ répétant cette phrase notée sur un air rs Mt Ps Et les petits enfants crient à tue-tête, car plus ils crient,
pensent-ils, plus tôt la prière arrive aux pieds du Seigneur !
! è : une maison artistement bâtie par Jean-Pierre, me ss S rs A ri : un chef d'œuvre ! avec son toit à deux pans. sqens sh d'une couche épaisse de coton, pour simuler la neige. Tombe file di neige en Palestine ? Qu'importe à la foi naïve ? Dans l’étable, vie a et at Joseph, agenouillés devant l'Enfant sur sa botte de ” lle derrière, le bœuf et l’âne, plus petits que Jésus et les bergers du le dorent...… Des sapins—des sapins ! des buissons de honk, de la . et dei roses, bizarre agencement de choses disparates ! Prue fants émerveillés défilaient devant ce paysage alpestre, ou- 43 ab rands yeux, se montraient du doigt les arbres frisottés, les ds és, neige, le bœuf et l'âne aux doux regards, la mère, vêtue
de satin, penchée sur le misérable berceau, le charpentier en toge de à eu d'or, et ils se disaient :
Voilà comment Jésus est né ! ”
O Noël !
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O Noël ! beau jour de Noël, puisses-tu n'éclairer que des heureux !
Les Ris venaient après le jour de l'an qui apportait la provision nécessaire de charettes, de polichinelles et de bonbons. Les Rois Melchior, Graspar et Baltazar.…...Ce jour on tirait la fève ; la mère de Felix édi: fiait un énorme gâteau, avec beaucoup de farine et peu de sucre—et qui était si bon !—La première part pour les pauvres; la seconde pour le cadet..…...et le roi de la fève avait neuf jours durant le droit de recevoir le premier baiser, le matin, du père et de la mère. Celle-ci, toujours, était reine, et plus, heureuse assurément que les reines de ce monde, qui gardent sous le diadème d’or une couronne d'épines, et qui, trop souvent, ne savent conserver que la moins lourde qui est la plus cruelle à porter.
Après les Rois, carnaval et carême. Que de ‘is, au dimanche dés bugnes,—ainsi nommé parce qu'on fait en toute maison, ce jour-là, des bugnes, qui sont d’appétissants beignets dorés —l’espiègle Félix eut
l'audace de jouer aux beaux messieurs et aux belles dames le vilain
tour de leur attacher par derrière avec une épingle des papiers découpés en forme de scie ! On appelle cela rosse vieille ou scie vieille, et rien n’est plus désobligeant pour les graves personnages que de s'en aller ainsi par Îles
rues, harnachés de lambeaux de papier, avec la bruyante escorte de po:
lissons vociférant et glapissant le cri fatidique de la mi- carême. Efin Pâques MEAUX .........
Félix arrivait à l’école avec ses frères et ses compagnons, chacun por* tant son rameau. C'était la gloire des mères d’embellir et d'’orner cette branche verte que les enfants avaient grand’ peine à soutenir... On suspendait au laurier bien feuillu des chapelets de châtaignes, des pom-
mes reinettes plus brillantes que les fruits du jardin des Hespérides, des .
riontes de carême—excellente pâtisserie sèche, voire des œufs peints avec art. Et des rubans et des rosettes, des nœuds, des pompons, des floches de laine.
Ils partaient pour la grand’messe en deux files interminables, et le Frères escortaient ce petit monde, veillant à ce que les rameaux ne perdissent pas, d’une façon prématurée, leurs séduisantes décorations à ce que des discussions ne s’engageassent pas sur le /ien et le mien Quelle guerre c’eût été! Piller le rameau du voisin et garder le sien intact !.. [l y en avait aussi, les malheureux, qui n'avaient peut-être pas soupé la veille, et ne possédaient qu’un petit morceau de buis dérobé à l’angle d’un parterre. |
Le Jeudi Saint les cloches partaient, croyait Félix, et ne revenaient de Rome que le Samedi saint, pendant le Gloria. Comme il était à la messe il ne put jamais vérifier le fait. Mais il menait grand tapage, aux ténèbres, avec sa crécelle qu'il appelait tout simplement réle et qui faisait du bruit, allez!.…..le bois n’y ayant pas été épargné.
À Pâques,on portait : !'Scole sa petite corbeille plein d'œufs, des jaunes des verts, des rouges, des violets, des bleus ; on en mangeait à s’étoufler, pour se venger de l’abstinence du Vendredi saint, ce qui n'empéchait nullement, au coup de midi, de faire une entaille considérable su pâté sortant du four.
venait, à l’auroredu printemps, Pâques fleuries, lesRa:
Le renouveau smenait bientôt le mois de mai, le mois des fleurs, .les chapelles à la Vierge, toutes verdoyantes et embaumées : les trônes de m ousse et de lierre , moins fragiles et moins durables pourtant que les trônes d'or. Félix aimait à gravir la montagne pour y couper de jeunes sapins, à pénétrer sous les sombres arceaux des forêts, pour y ramasser au pied des aïbres, sur les roches, la mousse vette, et dans les clairières les narcisses au cœur de miel, les odorants muguets destinés à parer l’oratoire.
ais ce qu'il admirait le plus, peut-être, n'était-ce pas la Fête Dieu ? Les rues étroites sont tapissées de teuillages qui sentent bon ; les: mai-
M sons sont tendues de draps blanc semés de houquets ; sur la place,
devant l'hôpital, à l'entrée du pont, trois magnifiques reposoirs, décorés à profusion de candélabres, de vases, de tentures, d'or et de pourpre, attendent la visite du bon Dieu.
Les cloches sonnent à toute volée, unissant leurs voix sonores, argentines ou graves, sourdes ou vibrantes, en un concert majsstueux..…… s
La procession sort de l’église, rouge bannière en tête. Les évoles, le vconfréries ; les pénitentes avec leurs voiles, semblables aux revenantS entrevus dans les rêves ; les pénitents, avec leurs cagoules, et des cierges monstrueux portés à deux mains ; les étendards muticolores voltigeant sous la brise ; les enfants, habillés en ange, couronnés de roses, et parsemant de fleurs le chemin où va asser l’Eucharistie ; lés thuriféraires baiançant les encencoirs de bronze d’ov s’échappels fumée de la myrrhe et du benjoin ; puis les chantres, dont les chapes cuirassées d'orfrois étincelants ne font pas un pli... Le dais, soutenu parles quatre principaux personnages de la ville, et sous les pentes cramoisies rochées d'or, à travers un nuage diaphane le prêtre enveloppé des plis massifs d’une écharpe et portant l’ostensoir dont les
pierreries chatoient dans l'ombre...
Et ces chants sublimes, hymnes dé triomphe, clameur imposante de la multitude des fidèles qui s'élèvent vers les cieux, avec les pétales
5h : rouges des œillets et l'âcre parfum de l’encens!…
Félix fut ange, une fois. Il lui semblait, chaque fois que sa main lançait vers l’ostensoir, après l'avoir portée à ces lèvres, une poignée de fleurs, que ce n'était point le visage du vieux curé qu'il voyait si beau, au milieu de ces pompes, mais la figure même de Dieu.
L'automne ramenait les fêtes tristes : la Toussaint, le jour des Morts inséparablement liés. Félix tremblait lorsque, à vêpres, le premier de novembre, les officiants échangeaient leurs ornements blancs, contra les chapes noires, galonnées de blanc, qui se drapaient sur leurs épaules comme le voile mortuaire sur un cerceuil. Et, sans qu'il y com-
prit rien, la splendide mélopée du dies iræ, ce’ poème, lugubrement
grandiose, l’attendrissait, le pénétrait d’une émotion amère.
On allait au cimetière, puis sur la tombe des morts. Félix ignorait encore ce que la mort a d’effrayant et de terrible. Il s’agenouillait, près du tertre dépouillé par l'âpre bise de novembre, devant la croix modes-
te qui dominait le lieu du repos, et il demandait à Dieu, l’innocent qui savait à peine vivre, la grâce de bien mourir, comme avant lui ses aïeux réfugiés dans le sein de l’éternelle miséricorde.
On rentra contait alor frappé au cl la peine, lai Li Sur p
ressant, de ner, ma foi
Et le petit crait les rois comme son | répondit qu ne comprit
Mais les ] joyeux piqu
—J'aurai
Et l’autre
—Je four:
Et le trois mettait en c jeux variés, heureux qui
Dès sa six res. Il y apr tres ; leur h.
mais Cher E chantait de
Ils étaient prenait les « prière, le re] ce qu’on doi ne s’en plais ble de prime il était d’un:
Vint lemc communion.
—]] faut, tien dépend sang de Not:
dition.
Félix se le
Il était pis travailla con peccadilles, | Jean-Pierre, une foi aussi
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venants et des icolores inés de aristie ; 0 ls fus cuirasà par les Les CTranvelopont les
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On rentrait à la maison, les yeux rouges, les joues pâles, Le 4 mère contait alors pour la centième fois, l'odyssée du brave | son époux, frappé au champ d'honneur ; l'agonie de sa mère, la bisaieule, morte à la peine, laissant dix orphelins, et le glorieux supplice de son père,
uillotiné pendant la Révolution, ‘en compagnie, disait-eile en se re- Liban, de nos uobles et de nos prêtres que l’on pouvait bien assassiner, ma foi ! puisqu'on avait tué le roi et 1 reine de France ”.
Et le petit Félix osa demander un jour pourquoi la Révolution massacrait les rois, les reines, les nobles, les prêtres, et même les ouvriérs, comme son bon papa, le charron. Un imbécile, qui entendit la question, répondit qu'il le fallait bien pour le progrès de l'humanité, à quoi Félix ne comprit rien, heureusement.
Mais les petits enfants avaient aussi leur fête Saint-Nicclas. Quels
joyeux pique-niques !
—J'aurai un poulet rôti, disait l’un.
Et l’autre :
—Je fournis la crème.
Et le troisième ; des gâteaux ; celui-ci, des fruits ; celui-là, du vin. On . mettait en commun toutes ces richesses pour un vaste goûter, suivi de. jeux variés, de rondes, de tout ce qui peut divertir honnêtement les
eureux qui n’ont point encore de passé, et ne redoutent pas l'avenir: |
Dès sa sixième année, Jean-Pierre avait mené Félix à l'école des Frè: res. Il y apprit assez promptement à lire et à écrire. Il aimait ses mattres ; leur habit modeste, rabat blanc sur robe noire, l’effrayait un peu ; mais Cher Frère Foulques avait un si doux sourire ! Cher Frère Eudes! chantait de si beaux cantiques !..…
Ils étaient trois pour élever deux cents gamins, besogne pénible ‘qui prenait les deux tiers de la journée ; l’autre tiers se partageait entre la : prière, le repas et le sommeil. Ils gagnaient à eux trois, en douze mois, ce qu'on donne à un demoiseau de seize ans pour auner du calicot. Ils ne s’en plaignaient pas, et si le frère cuisinier ne couvrait pas leur table de primeurs, ils les régalait d’un air de flûte, instrument sur lequel … il était d’une force restée proverbiale. Who
Vint le moment d'aller au catéchisme, et de préparer sa. première communion. C’est l’âge où l’on devient raisonnable. Jean-Pierre ne tint pas de longs discours à son treizième fils :
.— 1] faut, lui dit-il, que tu le saches bien : la vie entière d'un chrétien dépend de la façon dont il a reçu pour la première fois le coprs et le ra. de Notre-Seigneur. Tu as dans les mains ton bonheur ou ta per-:
ition.
Félix se le tint pour dit.
H était pieux, il devint fervent : il était sage, il devint austère: il travailla comme un homme ; il s'assouplit, se jugea, se repentit de ses peccadilles, et le curé, qui le serrait de près, déclara en confidence à J ean-Pierre, qu’il voudrait bien un cœur ausi pur, un esprit aussi droit, une foi aussi sincère à toutes ses ouailles.
Si bien que Félix fut admis à faire sa première communion. FU
Or un de ses camarades, nommèë Raphaël, qu’il aimait infiniment, Yint à tomber malade sur ces entrefaites, et Félix, en le voyant se ‘tor-: dre dans son lit sous les étreintes de la douleur, apprit alors qu'on ebt