‹ Le treizième fils de Jean-PierreChapitre 2 sur 38 · NES · texte numérisé non relu

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| ue en ce monde pour souffrir.

I1 vint s'asseoir bien souvent au chevet de son ami: il pleurait en regardant ce visage hâve, ces yeux éteints, cette bouche décolorée.

n matin, quand ii eut fait sa prière, maman Rosalie l’appela : d’une voix émue, elle lui annonça que Raphaël avait rendu le dernier soupir ist la nuit, et comme Félix versait d'abondantes larmes, elle lui

it :

—Console-toi. Il a reçu le saint Viatique avant d’expirer : il est maintenant dans le ciel ; il ne souffrira plus.

—Oui, répondit Félix au milieu de ses sanglots, oui mais sa mère ;

Ce fût au tour de maman Rosalie de pleurer.

Félix éprouvait le premier chagrin de sa vie : la trace en resta en lui pendant de bien longues années ; il ne perdit jamais le souvenir de ce cher petit communiant, qui partageait toutes ses joies, et qui, de tous ses amis, fut le seul qui ne le trahit jamais.

* Félix fut un de ceux qui portèrent an cimetière la bière couverte d’un voile virginal, parée des fleurs blanches de l’aubépine, et sur la-

quelle on avait mis les honneurs du pauvre enfant : son brassard à franges de soie, et son paroissien relié en moire.

. Ce fut un déchirement affreux quand l’étroit cercueil descendit dans la fosse béante : les pelletées de terre rebondissant sur le bois retentirent au cœur de Félix, qui s'évanouit entre les bras de Frère Foulques.

Adieu ! blond Raphaël, trésor de ta mère, espoir de sa vieillesse ; l’impitoyable faux tranche tes jours à peine commencés ; repose en paix sous la terre humide où tant d’autres, mon Dieu ! depuis ce temps

- . Ê * * Q +1: LA 2 La veille de la Pentecôte, après le frugal repas du soir, Félix fléchit le genou devanñt son père et sa mère, les pria de lui pardonner ses

fautes, de lui accorder leur bénédiction, et demanda au ciel qu'il fit, le

lendemain, une bonne première communion. Ce fut une scène bien douce, et cependant déchirante. Jean-Pierre, l'honnête homme, essuyait ses yeux rougis, et maman Rosalie prenait son grand garçon dans ses bras, couvrait son visage de baisers et de carresses.

—Nous y serons tous, avait dit le père.

Et tous y furent... les parents, les aînés, tous, excepté ceux qui servaient le roi sous les drapeaux, et ceux qui, dispersés, gaguaient leur vie à la sueur de leur front.

L'église, parée, étincelait de lumiéres. Dans la nef, d'un côté, les fillettes emveloppées de voiles immaculés, symbole de ieur admirable pureté ; de l’autre, les petits garçons, tête nue, avec leurs brassards de moire, et leurs mains sous des gants de coton. L’autel, chargé d’une montagne de fleurs dont la clarté de mille cierges avivait les couleurs éclatantes, brillait d’une incomparable magnificence.

Oh ! combien Félix était heureux. Son cœur, dilaté par d'ineffables aps n’était rempli que de Dieu. Ses lèvres ne pouvaient proférer que

e seul nom de Jésus. Sa pensée, son âme, tout son être s'envolait vers le ciel ; il ne touchait plus à la terre ; son ange gardien le soutenait du bout de ses ailes et l’emportait vers les régions du paradis, où l’éternelle Trinité trône dans sa gloire !

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. Il eût donné, ce jour là, bien volontiers, Félix, la dernière goutte du [sang de ses veines. Dans l‘exubérance de sa jeunesse, ardente et rol'buste,dans le calme sans bornes de sa conscience immaculée, dans le bonheur qui faisait tressauter son cœur, il eût donné en riant son dernier souffle de vie. Il appelait la mort à grands cris, cette mort qui le devait faire libre,donner à son âme l'essor hors du triste monde terrestre et le jeter, absorbé dans l’infinie félicité, aux pieds de ce Maître qu'il entrevoyait au-delà du firmament vers lequel il se sentait emporté: pur des élans d'amour. | . Quand il sortit de l’église, il lui parut que l’azur était plus bleu,plus transparant et plus limpide, que les arbres étaient plus verts, les fleurs, . plus parfumées. L’admiration de l’œuvre divine s’éveilla en lui, et pour la première fois il eut la perception des splendeurs de Ia nature et il s’écria :

|: —Mon Dieu ! que vous êtes grand, et que vous êtes bon !

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