‹ Le treizième fils de Jean-PierreChapitre 19 sur 38 · ET M · texte numérisé non relu

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Désormais l'abbé Félix se leva une heure plus tôt, et se coucha une heure plus tard. L'après-midi appartenait aux leçons ; la veillée, aux” travaux de l'intelligence. Il voulait être savant, pour faire des savatits. - I] ne se contentait pas du peu de science qui éloigne de Dieu, il aspi-rait au beaucoup de science qui rapproche de Dieu.

I1 cherchait à faire pénétrer dans ses élèves cet amour du savoir qui le possédait.

Le prêtre, pensait-il, est dans la société un conseiller, un guide, un … maîtreet un apôtre. Ce qu'on respecte, aujourd'hui, c'ést le savoir, 11 faut que le prêtre sache, qu'il ne soit point inférieur aux hommes qu'il »

a mission de diriger, qu'il se mette à la tête du mouvement intellec- » tuel de l’époque et ne resté jamais en arrière, car l'Eglise n'a rien, à 18 redouter de la lumière, et toujours elle a gardé les grandes tradictions de la science. L:

Obscurantiste, le prêtre ne l’est pas et ne peut pas l'être : il s’écarterait alors de la voie qui lui est tracée. Encore que lé ministère pénible qu'il exerce absorbe la plus grande partie de son temps il doit travailler sans relâche, et beaucoup apprendre, afin d'enseigner beaucoup. S'il lui est nterdit, par les labours de la vie pastorale, de se consacrer entièrement ”

à l'étude, comme ces admirables Bénédictins, qui sont les savants de | l'Eglise même que les Dominjcains,en sont les prédicateurs, les Chartreux les aumôniers, es Jésuites Îles professeurs, ila du moins assez de loisir # pour suivre le progrès de l'esprit dans sa marche, en étudier les moyens 4 et le but final, aider à son essor ou l'arrêter dans sa course, selon que la présomption humaine le fait trop rapide et trop irrfléchie. ou que son fs effort tend au contraire à rendre la société meilleure, plus sage, plus Mi soumise aux lois d’en haut. Le : V0)

Et comme il nourrissait le secret espoir de voir un jour les deux 1 frères entrer dans la sainte milice, qui demande tant de recrues, parce !

ue tant de soldats succombent à la peine, il avait l’ardente amhition de faire de ces enfants dec hommes d'’élites qui pourraient un jour rendre à l'Eglise de grands services. At

Ïl n’épargnait rien pour atteindre son but Aucune fatigue ne le rebutait, aucune besogne ne le lassait. l’'emmenaait ses élèves avec lui partout; 4h l'église où ils se pénétraient des beautés de la liturgie et de ses symboles, D où ils se apprenaient à aimer la maison de Dieu, la prière et la méditation, Mi chez les pauvres, où la charité leur apparaissait, avec ses sacrifices, 4 avec ses grâces. L'exemplue leur montrait là que donner, être doux aux humbles, aimable aux souffrants, est l'essence même de la vertu.

Auprès des malades ils voyaient de quelle efficacité sont les consolations d'une religion qui a prévu toutes les infortunes. ; 1

S'ils allafent se montagne, ils admiraient l’œuvre de Dieu “sous } tous ses aspects, si multipliés et si divers. La nature s'ouvrait à leurs ! yeux comme un livre immense, dont ils tournaient les pages avec une |

sujets d'entretiens charmants, que leur mémoire gardait comme autant de leçons.

Le soir, les étoiles traçaient au ciel ces efflorescences diamantées qui sont les broderies de l’azur, et Félix les entratnait avec lui, pour ainsi

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dire dans l’espace, leur dévoilant les merveilleux calcul des Pt

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à Copernic, des Galilée, des Kopler, de tous ces hommes qui, à force

| vivre dans le ciel avait presque oublié la terre.

Les vieilles ruines, les jons écroulés dans leur linceul de lierre L les chapelles romanes ou gothiques étaient le texte de causeries familières où, de l'architecture des anciens âges, on passuit aux délicates ques- D tions de l’art, aux souvenirs poétiques, aux légendes, et c'est ainsi qu'ils spprenaient l’histoire féodale, souvent unie à l’histoire des Saints. n Félix retrouvait avec ces enfants les émotions profondes et pures de » sa jeunesse. Il goûtait un plaisir exquis à embellir ces intelligences » vierges, à former ces cœurs innocents et purs, et la cyndeur de ces âmes » reposait son âme des luttes intérieures, comme la vue d’un oasis embau- ‘ a repose et réjouit le voyageur qui a trop longtemps erré dans le ‘ désert.

Il ressentait des joies infinies à surprendre ces premières curiosités, . à satisfaire ces premières aspirations vers un idéal que, sans doute, on » n'approche jamais, auquel pourtant on rêve toujours. À Enfin lil avait'ce que Paie privé des bonheurs austères du foyer » cherche avec tant d'avidité dans cette société où il est seul ; des amis, » des disciples. Des amis tendrement aimés, qui sont l’éspérance de | l'avenir ; des disciples dignes du mattre, laborieux, enthousiastes, riches d'illusions généreuses. Il les chérissait poux tout le bien qu'il leur faisait het ne song ait point à l'ingratitude, cette indépendance du cœur, qui est le vice humain par excellence, et que les animaux ont, sur nous, » l'avantage d'ignorer.

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