‹ Le treizième fils de Jean-PierreChapitre 18 sur 38 · PORT] ES · texte numérisé non relu

PORT] ES

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éloilée, une madone de plâtre, mains ouvertes pour laisser ple bénédictions, annoncent que c’est ici la demeure d’un chrétien.

iers de Saint Martin et d'églantiers chargés, au printemps, d’une moisson de roses, à l’automne, de grappes de corail.

La cure est tout près de l’église, jouxte le cimetière, peuplé de croix noires jaillissant parmi les herbes grasses. De son jardin,clos de treilles le pasteur voit les tertres funéraires, embaumées de folles fleurs poussées sur les corps de ceux qui furent, et les saules qui penchent, au bord du sentier, leurs branches flexibles, verdâtres, doucement balancées en longues franges par la brise de la montagne.

heur.

Lorsqu'il y vint, avec l’archiprêtre et les curés voisins, pour y être installé, il ressentit au cœur cette joie et cette paix de la certitude qui rendent la vie si facile et si heureuse. Il prit possession, comme si c’eût

Lété pour toujours, du matître-autel, du confessionnal et de la chaire.

Il devenait le maître, et surtout le Père. Il jouissait par avance de tout le bien qu'il ferait. Il souriait à ses ouailles, à son troupeau, car il

aimait cette parabole simple et touchante où le Maître des maîtresse

compare à l’humble pasteur allant à la recherche de la brebis égarée. Mais il ne la trouvait pas égarée lui, Félix, cette brebis, car toutes

étaient réunies autour de lui. Toutes ! Les anciens ; des vieux de qua:

tre vingts ans, chenus, rarbés, appuyés sur leurs bâtons de houx,ayant

gardé l’habit de l’autre siècle et le bonnet rouge incliné sur l'oreille ; .

des jeunes, escortés de leur famille, une tribu, un clan, tout ainsi qu'en Ecosse. Des ménages de dix-huit ou vingt aus, les filles, accortes autant que modestes, n'ayant au bas du jupon qu’un seul galon de laine bleue; les garçons, robustes, le visage ouvert et gai, hâlé, mais sans rides et l'œil franc, le sourire amène, avec la blouse ou la veste de futaine, et le chapeau aux larges ailes gris, garni de fleurs.

Et puis les petits Ecoliers à figure mutine ; fillettes aux joues pourprées, à

aux grands yeux bleus, se cachant à demi derrière le tablier des grand”uères ; enfantelets mignons, aux lèvres roses, aux boucles blondes. :’*

Tous étaient venus au-devant du curé, prince de la paroisse, et roi dans la montagne.

Félix eut pour tous un doux sourire et une bonne parole ; il répondit … sans emphase à la harangue du syndic, il comprit, d’un regard, qu'il aurait maille à partir avec le maître d'école ; il fut digne et poli avec le châtelain, qui lui offrait un bouquet des plus belles fleurs de son jardin:

et quand enfin il s'avança, conduit par le vieil archiprêtre, qui hâtait la: cérémonie ce fut une acclamation générale de ces braves gens, fiers d'a voir pour pasteur un prêtre ie

d'honneur.

Le village est un amas de chauinines disséminées ça et là, au hasard | le long d’un chemin semé de caïlloux, entre des haies de fusains,de pois ”

* ar C’est dans cet oasis alpestre que l'abbé Félix goûta enfin le vrai bon-

a poitrine duquel brillait la croix à

Ses hôtes partis, lui augurant bonne chance et longue vie,l’abbé Félix revint à petits pas vers son logis, laissant errer son regard sur 18" pay.

rrent ré. 'éc des prés semés de fleurettes.au village-enfoui dans la verdure. : “04 nt ED a dentelures faites par les sapins sur les crêtes, 1

desséchées, les cabanes éparses au bord du chemin, les petites chapelles blanches, étoilant le vaste plateau.

où Dieu l’appelait pour faire un peu de bien. | Au détour du sentier, au-delà d’une combe où frissonnaient des trem: D ” bles, des yeuses enguirlandées de lierre, bois vierge où des armées d'oi-

selets se livraient bataille, où des myriades d'insectes peuplaient les mousses soyeuses, les lichens et le gazon odorant, il vit le manoir du châtelain, hardiment campé. sur un massif de granit, avec son donjon crénelé jadis, son pignon pointu, sa tourelle en poivrière.

Le baron qui vivait là n'avait plus de baronnie, et toute sa noblesse gisait dans quelques liasses de parchemins, conservés avec un pieur respect au fond d’un antique coffre de fer. Cependant l’aigle héraldique ailes éployées, serres ouvertes, planait encore, taillée dans la pierre blanche, sur l'ogive du portail. Mais les ronces avaient envahi la douve, des madriers à peine équarris remplaçaient le pont-gvis, ct la herse ne glissait plus dans ses profondes rainures.

Toute la vie sociale tenait dans ces trois maisons : l’église, d’où l'on ne peut chasser Dieu ; le château qui s’émiette, en même temps que le blason s’efface et que le lignage diminue ; le presbytère, où le prêtre, plus noble que le seigneur, et pauvre comme le paysan, représeate ce qui ne meurt pas.

Félix, ayant parcouru sa paroisse, voulut visiter son domaine. Pauvre logis que celui d’un curé de campagne, et surtout d’un jeune curé, qui n le meuble avec ses économies, c’est-à-dire avec rien : moins que le . ménage de l’Auvergnat qui, du moins, possédait cinq sous bien à lui. La cure est basse, crépie de chaux. Une treille en longe la façade: pampres verts enroulés sur des perches brunes. Le toit est papelonné … d'argent à moitié effritées, et des poutrelles placées en travers servent À … soutenir, en hiver, l'énorme poids de la neige accumulée en abondance. La porte est ouverte en toute saison, car c’est ici la maison de tout le monde, et quiconque y veut entrer, entre librement, de l'aurore à ls nuit.

A En bas, le bûcher, où s’entassent les vieilles souches que dévorera le D feu du prochain hiver : grobes de noyer, : billots de chêne, rondins de . hêtres, fascines qui ornaient le reposoir de la Fête-Dieu dernière, alors qe feuillage luisant et parfumé habillait leurs rameaux, aujourd'hui L desséchés.

L . La cuisine, aux murailles enfumées, aux solives noircies. La crémail- Ière pend au-dessus de l’âtre, garni des landiers tordus que messire Jacques Vaubin fit forger, l'an 1416 de l’Incarnation de Notre-Seigneur, et ue vingt recteurs se sont légués d'âge en âge. Sur le manteau de la

me, aux cimes orgueilleuses, et a TES 19 110 cheminée, LE a i échi; Ba café resnc quier tracé par les champs sur. lec.. pentes larges, la falaise de calcaire escarpée surplombant le ravin,les roches luisantes parmi les broussailles L

Et il songeait que sa vie, désormais, s’écoulerait dans cette solitude

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lentérnin à quand M.” moribond, Le buffe des fourch:

de tout cet nête ville « casserolles humilié.

Nulle bd faut une D progressis Le réfec gris à ray aite drapé vases de fl chaises de le tressée, blanc ne t Etoile !

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cheminée, des chandeliers dé cuivre sont rangés en bataille; ‘le moulin à café ressemble à un fortin, la poivrière, ‘à tourjon. A l'autre angle, le lantérnin à vitres de corne que le petit clerc balance à bout de bras, uand M. le curé s’en va, au milieu de la nuit, porter le Viatiqué a un. moribond, là-haut, tout là‘haut, sur les sommets. és

Le buffet est vide. Quelques assiettes d’étain, des écuelles de faïence, des fourchettes de fer et des cuillers de bois. On ne payerait pas,au prix de tout cette vaisselle, une soucoupe de sèvres de pacotills que l’honnête ville de Limoges fabrique pour l'exportation. Puis les marmites,les casserolles juste ce qu’il en faut pour que la ménagère ne soit point humilié. | Nulle bourgeoise qui ne ferait la moue, en voyant cette pénurie : il faut une bien autre batterie pour cuire l'œuf à la coque du bourgeois “? progressiste, libérâtre et content de son sort ! .;

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a noblesse Le réfectoire : deux ou trois pauvres images enluminées sur le papier h un pleut Esris à rayures vertes. Un rideau de mousseline, d'une blancheur par: 4 éraldique, fite drapé devant la fenêtre. Un grand christ de bois noir, entre deux : s la pierre Æ vases de fleurs, à la place apparente. Une selle carrée, solide, et des i la douve chaises de bon bois. Puis le fauteuil, monument vénérable, fait en paila herse ne le tressée, mais orre de coussins dont le vieux drap vert moucheté de

blanc ne tendit que douze années durant le billard du café de la Belle Etoile !

M. le curé s’y délasse, en lisant son journal. Quand Monseigneur fait Jsa tournée pastorale, il trône sur ce siège, alors décoré d’une housse d'étoffe rouge.

C'est tout. En haut, la chambre du curé. Des rayons chargés de livres, de heaucoup de livres ; un bureau encombrée de papiers. Un prie-Dieu, sous un crucifix, entouré de reliquaires. Dans un coin le lit, À courtepointe à ramages, avec l’oreller bien blanc, et, au chevet, une Madeleine

d'où l'on ps que le le prêtre, rése ate ce

1e. Pauvre D“ peinte à l'huile” dans un cadre de bois dédoré.

curé, qui Pas de tapis: une peau.de chamoïis devant la couchette. Pas de ins que le rideaux aux fenêtres grillées. Le seul ornement, c’est un grand médailen à lui. lon ovale, enfermant sous un cristal bombé, un ruban de soie bianche 4!

a facade: D noué sur un morceau de velout violet où sont brodés ces mots: Tues papelonné EE sacerdos in æternum, avec la date de l’ardinution | servent à Puis. le loag du corridor, les chambres réservées à l'hospitalité: celle bondance D qu’on donne aux mslades a un lit de fer ; les autres ont des paillasses, de tout le posées eur des tréteaux. La paille de maïs est toujours fratches maïs la urore à a propreté est le seul luxe de ces humbles cellules, où l'on dort si paisi-

blement.

svorera le Tel est le palais d’un curé dans la montagne. Un palais-dpnt la pro- }S nmdins de preté est le seul lxe, mais dont l’envie ne franchit jamais le seuil. On À ère, alors vit là, très bien, avec neuf cents francs de rente. ae. jourd’'hui Le jardin s'étend derrière la cure. Deux allées le coupent en quatr

parts, laissant au centre une corbeille où poussent, quand le vent et le.

a crémail D sol] le permettent, quelques géraniums étiolés, des chrysanthèmes et ssire Jac- D des verveines.

gneur, et Le reste est planté de légumes ; salades épanouies en roses d’un vert au do ls D tendre ; choux en boules d’airain, artichauts en gerbes d’acanthe, bois

enroulés autour d’échalas, planches de carottes, au feuillage en dentelle.

.: Des poitiers nains aux angles dés carrés, des bordures de buis. Le! long de la muraille, le persil, le cerfeuil, la pimprenelle. Au fond, deux ‘ruches, et la cage aux lapins, et dans un argle, un fouillis de plantes grimpantes chargeant une tonnelle, où parfois le maître de céans vient lire son bréviaire, en respirant la senteur exquise du jasmin, en admi: rant les clochettes d'argent du liseron et les thyrses violets de la glycine Félix, quand il eut vu toutes ces choses, se réjouit d’être si riche. Le logis lui plaisait, et aussi le jardin, tout embaumé et tout fleuri. Il ent même peur d'être trop heureux dans ce peradis, mais il offrit sa joie a bon Dieu, et promit de se résigner si jamais il le fallait quitter.

« Les catholiques doivent se garder de devenir des illuminés. Et ils se préser. veront de ce fléau en accordant à la science la première place dans leur intelli. gence, la première après la foi...,

‘ Au milieu des montagnes, en de pauvres pays, j'ai vu des presbytères sans jardins et sans fleurs, et néanmoins tout riants à cause de la bonté de leurs hôtes qui suffisait vraiment à remplacer toutes les floraisons..., Oh ! les charmantes conversations que nous avons prolongées sous des charmilles de vigne vierge« de lierre ! Etcomme nos âmes s'y élevaient sans peine aux sujets les plus élevés... ‘ Nous possédons la théologie, les sciences, la poésie, l’art et l'écoiomis soci-

-le ; nous avons le devoir, oui, le strict devoir de nous mettre au éouïant de c« quintuple mouvement, et de nous demander tous les jours si, dans chacun deers cinq domaines, l’éternelle Vérité catholique a fait de nouveaux progrès.

[LEON GAUTIER, Lettre d'un Catholique]

* Comme un bonheur ne vient jamais seul, Félix eut, par surcroit, celri de trouver une bonne servante.

Une vieille fille de quarante aus, au visage doux, mais d’une énergi que laideur. Petite, mince, mièvre, pâle, les joues criblées de taches de rousseur, avec de rares cheveux jaunes, relevés sous son berretin de soie brochée. Sa taille fluette disparaissait sous les plis abondants de cotte de drap, et le fichu brodé de fleurs en laine, cachait ses épaule pointues.

Accorte avec cela, preste gaie, sachant rire, laborieuse, économe. Un peu familière ; toutes ces bonnes filles de là-bas, sont ainsi. Importune

. pour être trop serviable, ayant grand souci du moindre rhume, et gror = dant sou maître à tous propos : parce qu'il se couchait tard et qu'il se levait tôt, ei qu'il mangeait trop vite, et qu’il ne ménageait pas sa peine, et qu'il donnaït ‘tout ça sien” et qu’il abandonnait volontiers le mar gre casuel, qui, régulièremeat perçu l’aurait enrichi d'au moins dou écus chaque année.

À part ces mercuriales, et quelque penchant à l’intempérance de lan: … gue cette montagnarde était parfaite. Sobre, vivant de peu, sachant élaborer de merveilleux plats de farine de maïs appelée polenta, boulan: geant e:le-même le pain de la cure : pain passé, beaucoup de seigle tt

| craignaient sa main nerveuse, prompte aux taloches. Pour achever, ce trésor répondait au nom de Symphorose.

peu de froment. On parlait de son ratafia de merise dans sept paroisses d’alentour. Le sacristain l'avait en haute estime : les enfants de chœtt

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commères, et leur confia sous le sceau du secret, qu'elle raffolait de cet animal souple, malicieux, rusé, fantasque, plein de caprice et de grâce aussi, haïssable pour tous ses délauts, et que chérit tonte demoiselle majeure. Le lendemain, elle eut trois chats : Raboton, blanc et noïr ; Menoune, d’un gris superbe ; Ma Grosse, fauve comme une lionne. Félix ne prit pas ombrage de cette invasion féline. La promenade

solitaire l'ennuyait. Il obtint de Symphorose la permission d’avoir un .

chien : un affreux chien de berger, tout noir, avec des yeux de feu, des poils ébouriffés, une mine féroce, qui fut appelé Dragon.

L'existence du curé de campagne n'a rien qui puisse faire envie aux

aimables bourgeois qui se gaudissent de la fainéantise invétérée du prétre, et qui se pavänant dans leurs habitudes bourgeoises, censurent gravement ce prêtre qu'ils ne connaissent point.

Vivre d’un bout à l’autre de l'année, dans la montagne, au milieu de

pays simples et pauvres, avec une servante parfois acariâtre et quin-

teuse ignorante le plus souvent ; des chats et un chien pour toute soci- *

été; n'avoir de récréation que l'étude, et de plaisir que la rare visite d'un confrère ; se priver de tout superflu, souvent rogner le nécessaire ; équilibrer par des prodiges de parcimonie un budjet misérable, ce n’est pas assurément, pour goûter les charmes de la vie.

Avec MILLE francs par an, il faut nourrir deux personnes, payer le …

salaire de la servante, se vêtir, exercer l'hospitalité, faire l’aumône, pré-

voir le médecin et la pharmacie, parer aux multiples dépenses du détai!,

—et ne se point endetter.

L'intelligence réclame sa part, quelques livres, un journal, les instruments de travail de l’homme studieux. La vie matérielle est pénible, la vie de l’esprit, est bornée par cette pénurie d'argent qni cause d’insupportables souffrances aux délicats et aux sensitifs. ‘

Les moines, du moins, n’ont aucune de ces inquiétudes misérables ;

le pain du corps est assuré, la bibliothèque du monastère est irépuisa. | ble, et la causerie sur les arceaux du clottre rafratchit l’âme, lasse de n.

solitude.

Mais le ministère pastoral impose d'autres privations. Quelques mots 2 échangés avec le paysan qui laboure sa terre, ou l'enfant qui sort de }

l’école, ou la ménagère qui vient demander un conseil. Une fois par semaine, le diner chez le curé voisin, où l’on retrouve la soupe et le

bouilli de Symphorose ; de temps à autre la conférence, qui ruine pour.

deux semaines l'hôte empressé et trop cordial. C’est tout.

Le curé se lève à l’aube. En été, il va sonner la messe lui-même, le

sacristain est aux champs. Il prépare l'autel ; il célèbre le divin sacrifice. Puis il revient chez lui. C’est l'heure de ces audiences. |

Chaque matin amène de nouvelles recrues. N'’est-il pas le jagè de

paix, l’avocat, le médecin, le conseiller de ses paroissiens ? Il arrange. des procès, il reconcilie des familles, il donne son avis sur telle afluire, il s’occupe d’un mariage, il distribue des remèdes, il morigène l’étourdi

Symphorose, au second jour de son installation, fit visite à plusienrs k

Le maire, ou l'adjoint, le consulte s géomètre lui emprunte des livres.

Il en a pour une heure ou deux à s’entretenir avec toutes ces gens; quelques uns s'en vont satisfaits ; d'autres maugréent, ordinairement, ceux à qui l'on a rendu service.

On sonne le catéchisme. En hiver, c’est une couple d'heures à passer dans uné Eglise froide, où les quatres vents se donnent rendez-vous. Des marmots glacés, engourdis, rangés sur les bancs. La plupart ne savent pas lire. Plusieurs n’ont pu obtenir de mère grand les six sous

ue coûte le petit livre, et le curé, bon gré mal gré, trouve les six sous dus sa poche. Il est quasi plus facile de faire un cours au Collège de France. Des mémoires incultes. des cerveaux obtus, l'indifférence du savoir, voilà les écoliers. Le maître doit se faire petit pour être compris.

Midi, l’Angélus. La marmaille prend sa volée : on joue au palet dans le cimetière ; on joue à cuite à marmolue[ce qui veut dire à cache cache] dans les sentiers bordés de troëne, Le curé a grand appetit. Ma Grosse, Raboton et Menoune rôdent autour de la table, Dragon, assis posément, l'œil fixe, l'oreille dressée, attend le premier os. La nappe bise, la faience, le vèrre, égayent la salle sombre. Un rayon de soleil met une auréole autour du crucifix.

Le repas est frugal : Symphorose va et vient, empressée, d’un air important, glorieuse d'avoir tiré parti des restes de la veille : son farçon de pommes de terre est succulent : il y en aura encore pour le soir ; le rôti est un peu brûlé : c’est que la Modeste est venue quéi:r de l'huile de mille pertuis pour son garçon qui c'est entaillé la jambe avec une serpe.

L'après diner est réglé, tont ainsi que la matinée. Le breviaire, à lire en marchant, tandis qu’on va voir les malades, ou les vieux qui ne peur

un cas de conscience à soumettre à l’évêque ; la préparation du prône ‘de &imanche ; une question de théologie qu’on veut approfondir ; le sermon qu'on prêchera aux vêpres de la fête prochaine.

elle est l’histoire du monde ; elle explique le passé, elle prédit l'avenir » L'archiprêtre a envoyé la livraison de la Revue. Il y a là un article

savant, très soigné ;, mais l’auteur est-il bien sûr des citations qu'il emprunte à Origène, à Eusèbe de Césarèe, aux anciens synaæaires ? Il

répondra.

” volumes à compulser, cent pages à écrire : c’est quatre mois de travail. Mais on a la joie du d voir accompli.

. Un tour de jardin maintenant. Il y a lieu de manœuvrer le râtean la bêche et la pioche. L’herbe envahit les allées ; le buis veut être tail lé

ur les intérêts de la commune ; le ce rosier 1

went plus venir à l’église. L'étude : une controverse pour la conférence.

Puis on lit quelque bon livre. L'histoire de l'Eglise a des attraits;

‘convient de comparer, et,—ma foi !—si l’érudit s'est trompé, on li

… TI s’agit d’une dissertation sur le petit nombre des martyrs. Cent

phorose es deux plan

Mais s0 accourut t cloches vo joyeux de

Le curé

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Et la se u'a pas été est-ce pou qu'un mo

La nuit tantôt, ave la soupe.

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Eh bien laborieuse parfois ses laissaient Ileût v jetait ses n oujours, e tidienne, 1 lorgeant le flant des | sonné !….

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et cette plate-bande sarclée, Symhorose est d'une ni, Fret fatale à l'endroit des pois ramés, et voici sue plants de groseilliers qu’il s'agit d'arracher à l'instant.

Mais soudain messire Dragon aboie, Symphorose appelle, le clerc accourut tout effaré. On apporte un nouveau-né pour le baptême, et les cloches vont entrer en danse. Le parrain et la marraine, enrubannés joyeux de faire un chrétien, ont grand’hâte. La nuit est proche. ndez-vous. M Le curé accourt. Il baptise le petit. Il ira voir demain la mère: lupart ne —Symphorose, un peu de sucre pour la Josephte, un verre de vin à y six sousMs0h compèere. SE 1 s six cou Et la servante d’obéir, non sans mutmure, car la cueillette du vin 4 Jollège de n'a pas été fructueuse et le tonneau sonne creux. Le sucre est cher: " Férence du Mest-ce pour le‘prodiguer aux autres, que Monsieur le curé n’en mét e compris qu'un morceau dans sa tasse de café, le dimanche ? a

‘A La nuit est venue. Le curé travaille à lu clarté de la lampe. A peine. 7‘ palet dans };ntôt, avait-il entamé sa besogne. Il l’interrompit encore pour manger che cache]E}, soupe. Une collation rapide : du fromage et des noix. Mais il aura Ma Grosse, Eine goutte de ratafia de Symphorose, qui récompense à sa façon le petit

osément, Bcadeau offert à la mère du nouveau-né.

, la faïence, L'office, la méditation, la prière. Tout le village dort, le curé a main-

ne auréoleBsnant le droit de se reposer. Il est fatigué. A Hier, il fit la chaîne tout le temps que la chaumière d’Hilaire mit: à

, d’un airbrûler, éfla nuit d'avant on l’éveillait en toute hâte pour porter le Via:

son farçon Mique à Bruno, l’octogénaire, au hameau de Placopet, tout près des gla-

le soir; lefiers.. ï .

de l'huikD "7 #*#

avec une Il semble que le ministère pastoral, tel qu’il est dépeint dans cette esquisse modeste, doit suffire à occuper tous les instants de la vie,et que si parfois quelque lassitude puisse accabler le pauvre curé de la mon“ lagne, jamais du mo':s l'ennui, ce rongeur qui dévore les oisifs des villes, n'ait prise sur lui.

Eh bien. cette existence si remplie, Félix ne la trouvait pus assez laborieuse encore. Il en occupait chaque minute, maïs il s8 reprochaït parfois ses innocentes récréations, ses promenades solitairés qui’le laissaient livré à ses pensées.

Ileût voulu soulager sa famille, si nombreuse, que parfois la gêne y jetait ses mélancolies noires encore que le vieux grand-père travaïllât oujours, et vit tous les braves ouvriers, ses fils, assidus à la tâche quotidienne, les uns maniant comme lui la varlope et le rabot, les autres lorgeant le fer sur l’enclume, leurs femmes tressant des corbeilles, où lant des le chanvre. Mais ily avait tant d'enfants dans la mai: sonné !…

Parmi les neveux du curé Félix, qui venaient de temps à autre à onbernard, un peu timidement, car Symphorose faisait froide mine quand on surprenait sa cuisine sans provisions, il y avait deux frères umeaux, deux jolis enfants de douze ans, turbulents à rendre fou le lus patient pédagogue, mais sages et bons, au sourire malicieux, aux jeux blens pleiu de candeur. Ha

On les nommait Dodon et Zeph, traduction un peu libre de Claude:et. oseph, Prénoms que les hauts seigneurs du crus de là:bas, avocats où

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” notaires, abandonnent au vulg pour se parer des Edmond et des Casimir qui ont trainé dans tous les romans.

Zeph et Dodon ne se quittaient jamais. Nés le même jour, nourris ‘au même sein, ils se ressemblaient au point que leur père même les confondait parfois l’un avec l’autre On eût dit qu'ils n'avaient à eur qu'une seule âme, ayant les mêmes vertus, les mêmes qualités et les mêmes défauts. Ce n'étaient ep des anges, mais c'étaient de bons petits cœurs, aimant Dieu et l'honorant.

1: —Le portrait de mon Félix ! disait l'aieule avec orgueil. Et quand le curé descendait à la ville et qu’il prenait les enfants sur les genoux, heureux un moment de sa quasi-paternité, la vieille Rosalie

| - regardait ce visage austère, d'une beauté sereine, encadré entre ces deux » figures fraîches et roses, rayonnantes de cheveux d'or. Et alors elle

* soupirait.

le soupira s1 fort que Félix, l'ayant devinée, et comprenant qu'elle n'osait avouer la cause de ses gros soupirs, reprit tout songeur * le chemin de Montbernard, où il trouva Symphorose, d'assez--bonne ‘humeur, certaine couvée de poules patiemment surveillée ayant réussi “à merveille.

—$erait-il bien difficile, demanda le curé à la servante, d’arranger deux getits lits dans la chambre qui est auprès de la mionne ? 53 ! oh! fit Symphorose, d'un air qu'elle voulut faire revêche monsieur le curé vous méditez un coup.

Tout autre aurait battu en retraite. Félix se mit à rire : Oui, dit-il, je prends mes neveux Zeph et Dodon à la cure Sympho rose.

— Miséricorde ! s’écria-t-elle, et qu'en voulez-vous faire ? —$S'il plaît à Dieu, des lévites pour la maison du Seigneur. Je les

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» 2 instruirai. Plus tard, ils seront des hommes, et qui sait, j'aurai deur

* bons soldats à donner au par, ou deux prêtres à l'Eglise. J'entends ! fit la montagnarde. Maïs de quoi les nourrirez-vous ! C’est à peine si vous mangez votre content, et les pauvres nous pret: nent le plus clair de notre bien. Il n’y a rien à la cave et pas grand éhose au grenier. Tout enchérit. Ne me fit-opas, l'autre jour, payer; quatorze sous la livre de beurre ? Vous avez moins de linge dans votre armoire qu'un granger de la vallée, et si je u’envoyais les enfants de . chœur ramasser du bois dans la forêt...

. Félix interrompit net ces doléances.

—C'est bon, dit-il Symphorose ! Voyez à ce que les lits soient prêts demain soir. Nous mangerons un peu plus de soupe et un peu moin de rôti. Le pain noir est plus savoureux que le pain blanc et nous bo! rons de la piquette, Fo : Symphorose essuya ses yeux, assurant que la poussière l’aveuglait

* et le curé , ayant souri sans ajouter un mot, s’en alla chercher dans #

avait autrefois si souvent maudits.

Le lendemain, Zeph et Dodon embraissaient bonne maman Rosalit toute fière d'avoir étécomprisé sans avoir parlé ; ils faisaient, après s01 per la prière du soir avec leur oncle et Symphose, et s’endormaient bief tôt dans un rêve doré.

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