LE VIATIQUE
‘ On peut définir la charité, un mouvement de l’Ame qui se à jouir de Dieu pour l'amour de lui-même, et de soi et du prochain pour l’amour de Dieu, ?’
(SainT AuGUSTIN) Liv, dela doct. chrét,)
‘ Lu charité est patiente, douce et bienfaisante ; olle n’est ni curieus se, ni vaine, ni insolente ; élle ne s’enfle point d'orgueil, ?’
(I Cor,, XII, 4.)
‘ Elle n’a point d’ambition; elle n’est point intéressée : rien /ne saurait la piquer ni l’aigrir ; elle né soupçonne point le mal, ?”
(Ibid, 5.) Ah ! pauvres insonsés, misérables [cervelles, Qui de tant de façons avées tout k [expliqué, Pour aller jusqu'aux cieux il (vous fallait des ailes, Vous aviez le désir, la foi vous (a manqué!
[Aurerp De Mussr?, Aux Inerédules,]
L'homme saisit à deux mains le lourd heurtoir de fer et le laissa -
retomber de toute sa force sur le gros clou, à tête large, qui lui servait d'enclume. Un bruit éclatant retentit, roula dans les corridors, fut longuement répercuté par l'écho, s’affaiblit, s’éteingnit enfin. Une lumière apparut presque aussitôt derrière les vitres verdâtres d’une fenêtre du premier étage, tandis qu’au rez-de-chaussée s’ouvrait l’étroit ventail d’une lucarne défendue par une grille.
“Qui va là ? demanda une voix cassée, rauque, animée par la colère. Qui donc ose frapper ainsi, à cette heure ?
—Ce n’est pas à vous que j'en veux, demoiselle Symphorose, répondit avec calme le paysan qui usait de si brutales façons pour éveiller les gens.
—Est-ce donc vous, Antoine Balliol ?
Au même instant la fenêtre du premier étage s’ouvrit, etla vénérable figure, couronnée de cheveux blancs, du curé de Montbernard, se montra, éclairée par la pâle clarté d’une lampe.
Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il à son tour d’un ton étonné.
Mais Symphorose avait déjà fait tourner la clef dans la serrure, et le visiteur, ayant franchi le seuil du presbytère, futintroduit dans la cuisine, où régnait une douce chaleur. Le curé, s'étant revêtu de sa douillette par-dessus sa soutane, se hâta de descendre.
Antoine Balliol était un paysan jeune et robuste, vigoureux, alerte.Il portait l’habit et le pantalon en ratine blanche, brodés aux coutures de laine rouge et verte ; des sabots de bon bois de hêtre le chaussaient ; un bonnet de laine brune couvrait ses cheveux blonds, coupés ras. Il s’appuyait sur un long bâton.
‘ Comme te voilà transi, Antoine ! dit l'abbé Félix d’un ton affectueux,
en montrant au paysan une chaise à côté du poêle ; assieds-toi et bois le
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verre d'eau-de-vie que Symphorose va te servir ; puis tu me diras ce qui t'amène si tard.…....ou plutôt si matin, car je me suis couché à mi- "nuit, et je dormais depuis... À
S'il y a du bon sens de se mettre au lit à des houres pareilles : s’écria la servante du ton de la plus violente indignation..…...Ah ! vos livres, os livres /.....Que ne puis-je en bourrer le poële de ma cuisine ! le bois est si cher !
“ Qui donc travaillerait, si ceux à qui Jésus a ordonné d'enseigner les nations restaient oisifs ! Parle, mon brave Antoine,
Monsieur le curé, je suis venu des AyEues ici tout d’une trotte. C’est loin ! Je suis parti un peu après la tombée de la nuit, mais il y a tant de neige !
* Est-ce qu'il y a un malade aux Aygues!
—Hélas! il n’y est peut-être plus à cette heure, monsieur le curé !.. Vers midi il fut pris d’un mal subit......Son visage devint rouge, puis violet...ses yeux se fermèrent...Il n’a pas repris connaissance. La femme et les enfants m'ont envoyé vers vous.…Faut-il que le malheureux meure sans confession ?
Vite... mes bottes, mon manteau... Symphorose.. mon chapeau … pressez-vous !,.. Oh ! mon Dieu, faites que j'arrive à temps.
“ Monsieur le curé ne partira pas, déclara nettement Symphorose, qui néanmoins s'empressa de réunir les objets demandés, coiffa son maître d’un vieux chapeau réservé pour ces sortes d'occasions, lui jeta un épais manteau de drap sur les épaules, et se dépêcha d’enduire de graisse les bottes de gros cuir... Non, non, monsieur le curé, y pensez vous, par cette froidure ? Il y a deux pieds de neige au moins...
‘ Quatre pieds, interrompit Balliol, et pas de chemin tracé.
‘# Vous voyez ! Et le ruisseau Noir.
“ [1 coule à pleins bords et roule d'énormes pierres, ajouta le paysan. “ Tu ne m'as pas dit le nom du moribond, demanda le prêtre tout à coup.
# C’est Démétrius Blanc répondit Antoine, qui fixa un regard timide sur la figure bouleversée du vieillard.
# Démétrius Blanc ! Oh ! mon Dieu ! Démétrius Blanc !
La servante éleva vers les cieux ses deux bras, l’un enfoncé jusqu'au coude dans une botte, l’autre armé d’une brosse :
Eh bien ! voilà qui #st bon, doux Jésus !. Oh ! par exemple ! s’exclama-t-elle, coup sur coup. Démétrius Blanc ! Justement le seul mauvais sujet de la paroisse : le prêteur à usure, celui qui n’a pas mis les pieds à l'église depuis qu'il est revenu de France, il y a beau temps! Irez-vous, monsieur le curé? Celui qui ne salue jamais la croix, qui sifle quand la procession passe, qui garde son chapeau devant le saint Sacrement ! Un ivrogne... un larronneur de biens. N'y allez pas, mot sieur le curé.
Sur quoi la bonne fille alla chercher des bas de laine et de gros gants en poil de lapin qu’elle tendit à son maître pendant qu’il se chaussait
‘ Un homme, dit-elle en grondant, qui vous a insulté plus bas qu terre et qui vous aurait battu, sans Antoine, ici présent.
Le vieux curé se leva, ayant terminé ses préparatifs.
“ Allons ! Antoine, dit-il, il faut que tu m’accompagnes, mon garçol
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