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Chapitre Troisième

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Les constructions MONASTIQUES et ROYALES.

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Édifices mixtes, ayant encore un caractère religieux ; les monastères ; les hôpitaux. — Le Mont Saint-Michel ; Cluny et ses prieurés ; Saint- Germain des Prés, etc. — Hospices fondés par saint Louis ; les Quinze- Vingts. — Hôpitaux d'Ourscamps, de Tonnerre, de Beaune. — Caractère pratique des établissements de ce genre au moyen âge. — Édifices civils ; les palais. — Palais des comtes de Troyes et de Poitiers. — Palais du roi, à Paris; scènes de la cour de saint Louis. — La Sainte- Chapelle, dépendance de cette demeure royale ; circonstances qui déterminèrent sa construction. — Translation de la sainte couronne d'épines. — Caractères particuliers de l'édifice et des autres Saintes- Chapelles. — Transformations subies par le Palais de Paris.

^plEN que nous en ayons fini avec 1 église propre-

r ment dite, nous ne dirons pas encore adieu à t l'architecture religieuse. En effet , nous allons ^ retrouver son empreinte profondément gravée 2^^^^^^^^ sur des édifices de toute catégorie, et jusque sur les bâtiments civils. De même que la société laïque est, au moyen âge, le reflet fidèle du monde ecclésiastique, les palais, les châteaux, les hôtels-de-ville, les halles, les simples maisons reproduiront sous une autre forme, mais toujours avec la même pensée et les mêmes caractères, le style de l'église. Ils varieront avec elle dans les procédés de construction. Ils passeront comme elle du roman au gothique primitif, de celui-ci au gothique lancéolé, puis au gothique rayonnant, au gothique flamboyant , au style de la Renaissance , et toutes les parties de ces édifices , les appareils , les murs, les portes.

les fenêtres, les supports, suivront la marche que nous avons observée chez elle pour leurs analogues. Seulement, ils n'auront pas besoin d'étais extérieurs aussi puissants, parce qu'ils ne renfermeront jamais de salles aussi vastes que les nefs des églises. Par conséquent, l'arc-boutant en sera d'ordinaire absent : il sera remplacé, au besoin, par de simples contreforts. Mais tous les autres caractères généraux du gothique et de ses quatre variétés, notamment le cintre brisé, l'arc lancéolé, le remplage, la croisée d'ogives, etc., se retrouveront ici exactement semblables, toutes proportions gardées.

Mais, avant de passer aux constructions purement civiles, nous devons accorder un instant d'attention à deux catégories d'édifices qui rentrent encore dans le genre religieux, et qui cependant forment une espèce de transition entre la maison de Dieu et la résidence des hommes, ou qui participent à la fois de l'une et de l'autre : je veux parler des cloîtres et des hôpitaux, des hôpitaux, qui étaient autrefois des établissements essentiellement ecclésiastiques.

Le monastère est tout un monde à l'époque féodale, et encore plus à l'époque barbare. La civilisation morale et matérielle, la littérature, les arts, l'industrie, l'agriculture, sont réfugiés derrière ses hautes murailles, et, en temps de guerre, les populations sans défense y trouvent elles-mêmes un abri. De là le faux air de place-forte et l'apparence menaçante donnés intentionnellement à de vieilles abbayes : au-dedans, c'étaient des asiles de paix ; au dehors, c'était Xt/ort armé dont parle l'Ecriture. Aucune, peut-être, ne présente ce caractère à un aussi haut degré que la célèbre abbaye du Mont Saint-Michel, en Normandie, dont le nom a si souvent retenti, il y a quelques années, dans nos débats parlementaires, à l'occasion de la digue qui la relie depuis peu à la terre ferme, et que les uns voulaient démolir, les autres déplacer, mais que les flots de la

mer se chargeront probablement et de déplacer et de démolir. C'est le plus admirable type du genre que Ion possède en France, et en même temps le mieux conservé. Son donjon, sa salle des chevaliers , son réfectoire aux élégantes croisées d'ogives, les portiques de son cloître aux arcades d'un goût si pur, entremêlées de feuillages sculptés, sont des merveilles que l'on ne peut oublier quand on les a vues une fois ; et la merveille est justement le nom qui désigne l'ensemble de ce monument unique, placé entre la terre et l'eau, entre le ciel et l'Océan, comme pour isoler plus complètement du monde ses pieux habitants. Jamais manoir plus grandiose, jamais forteresse plus redoutable n'a joué un rôle dans nos guerres nationales ; et cela est si vrai, qu'après la guerre de Cent Ans, le Mont Saint-Michel fut la seule place de la contrée qui put se vanter de n'avoir pas été occupée par les Anglais. Depuis l'an 1203 qu'il a été réédifié sur son rocher solitaire, il n'a jamais cessé d'être un but de pèlerinage, et pour les chrétiens et pour les artistes. Les pèlerins avaient pour ce géant de pierre une telle admiration, qu'ils en faisaient le héros de mille légendes. Une d'elles, devenue populaire, nous montre un paysan surpris par la marée montante avant d'arriver à Saint-Michel du Péril, comme on appelait jadis le monastère. Se voyant exposé à périr, il invoque le secours du bienheureux archange, en lui promettant sa vache s'il échappe au naufrage ; mais, à peine exaucé, et sa terreur dissipée, il s'écrie de loin : « Saint Michel ! saint ]\[icJiel ! ni la vache ni le veel! » (Tu n'auras ni la vache ni le veau.) Ai-je besoin d'ajouter que cette aventure était mise par les mauvaises langues sur le compte d'un paysan normand (1) ?

Au temps de la reconstruction de ce monument fameux ,

I. V. 1^5 Anecdotes his/oriques nxé^s d'Etienne de Bourbon, p. 20. Les Italiens oni: un proverbe analogue : Passato il pericolo, gabbatoil santo.

vers le commencement du treizième siècle , on voit se dessiner tout un mouvement artistique pour la réfection des cloîtres, coïncidant précisément avec celui qui fit rebâtir nos plus belles cathédrales. A la tcte de ce mouvement remarquable se place l'école de Cluny. La grande abbaye de ce nom, en Bourgogne, avait formé toute une série de corporations d'ouvriers, maçons, charpentiers, menuisiers, sculpteurs, etc., qui imprimèrent h l'art monastique une impulsion très féconde. Le prieur de Cluny fit refaire , entre autres , le couvent de Saint-Martin des Champs à Paris, dont il survit encore de très beaux restes, compris aujourd'hui dans l'enceinte du Conservatoire des Arts et Métiers. Quant au cloître de l'abbaye-mère, qui subsista jusqu'aux temps modernes, il remontait à l'administration de l'abbé Ponce (1109-1122), qui avait remplacé les bâtiments élevés par saint Odilon au commencement du onzième siècle. L'abbé de Sainte-Geneviève, l'abbé de Saint-Germain des Prés, renouvelèrent également leur monastère au treizième. Saint Louis personnellement fit bâtir le cloître de Maubuisson, celui de Royaumont, dont les ruines attestent encore la splendeur effacée, et beaucoup d'autres. Il n'est pas jusqu'aux dortoirs, aux réfectoires, aux cuisines des établissements religieux qui n'aient revêtu alors un cachet d'élégance artistique. Le réfectoire de Saint-Martin des Champs, d'un style admirable, a l'air d'une vaste église à deux nefs. La cuisine de Fontevrault, en Anjou, a pu être prise pour une chapelle funéraire, tant elle est belle. Toute cette abbaye, du reste, est un monument des plus précieux pour l'histoire de l'art, surtout les galeries claustrales, où sont rangés les tombeaux des anciens rois d'Angleterre de la maison des Plantagenets.

Ce genre de luxe fut poussé si loin, que certains prédicateurs reprochaient aux moines, avec des paroles amères, la beauté de leurs constructions. Mais l'appréciation d'un moderne fort peu

suspect, qui n'est autre que Viollet-le-Duc, peut suffire à les venger de cet excès de sévérité. « On comprend, dit cet homme

FiG. 37. — Ancienne abbaye de Saint-Germain des Prés, prise du côté de l'Orient.

A. Entrée principale de l'abbaye. — B. Eglise. — C. Chapelle de la Vierge. — D. Cloître. — E. Dortoir. — F. porte papale. — G. Réfectoire. — H. Fossés de l'Abbaye. — I. Pilori. — K. Hôtellerie. — L, Barrière sur les fossés. — M. Terrain vague. — N. Chemin conduisant au Pré-aux-clercs. — O. Chemin le long du fossé, aboutissant au Pré-aux-clercs. — Q. Chemin menant à la Seine. -- R. Clos de l'abbaye.

du métier, comment de vastes établissements richement dotés, tels que Cluny, Jumièges, Saint- Denis, Vézelay, Citeaux,

Clairvaux, apportaient dans leurs bâtiments un soin et u

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FjG. ^8. — RÉFECTCIRE DU PRIEURÉ DE SaINT-MaRTIN DES Cll.AMl'S,

(aujourd'hui le Cunservatoire des Arts et Métiers.)

recherche extraordinaires ; mais lorsque l'on voit que ce soin,

ce respect, dirons-nous, pour l'institut monastique s'étendent jusque dans les constructions les plus médiocres, presque dans les bâtiments ruraux les plus restreints, on se sent pris d'admiration pour cette organisation bénédictine qui couvrait le sol de l'Europe occidentale d'établissements à la fois utiles et bien conçus, où l'art véritable, l'art qui sait ne faire que ce qu'il faut, n'était jamais oublié... Les Bénédictins ne traitaient pas les questions d'utilité avec le pédantisme moderne ; mais , en fertilisant le sol, en établissant des usines, en desséchant les marais, en appelant les populations des campagnes au travail, en instruisant la jeunesse, ils habituaient les yeux aux belles et bonnes choses. Leurs constructions étaient durables et bien appropriées aux besoins, et gracieuses cependant ; et, loin de leur donner un aspect repoussant ou de les surcharger d'ornements faux, de décorations menteuses, ils faisaient en sorte que leurs écoles, leurs couvents, leurs églises, laissassent des souvenirs d'art qui devaient fructifier dans l'esprit des populations (i). »

Les édifices des nouveaux ordres religieux, ceux des Dominicains notamment , étaient plus simples : ils avaient des dehors plus austères, comme le voulait la pauvreté volontaire de leur institut. On ne peut cependant contester aux Frères Prêcheurs l'honneur d'avoir contribué au développement des arts, comme ils contribuèrent à la culture et à la propagation des lettres et des sciences. Ils y travaillèrent tout particulièrement par leurs commandes intelligentes, par les œuvres de leurs artistes distingués , émules ou précurseurs des Fra Angelico et des Bartolomeo, par leur système d'églises à deux nefs, par la beauté de leurs campaniles, enfin par l'ornementation variée qu'ils prodiguaient dans leurs chapelles, sinon dans leurs cloîtres. Ainsi, parmi tous ces moines, ces suppôts de

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