‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 14 sur 104 · I. Dictionnaire Ci Architecture^ I · texte numérisé non relu

I. Dictionnaire Ci Architecture^ I

robscurantisine, ces sujets d'un souverain étranger, comme disent quelc|uefois nos esprits forts, les uns trouvaient le moyen de faire progresser l'architecture nationale, les autres se permettaient d'ajouter à leurs états de services la défense du territoire, à leurs vertus professionnelles le mérite du patriotisme. Quels empiétements !

Sortons maintenant du cloître pour pénétrer dans l'hôpital : nous n'y resterons pas, il faut l'espérer. La charité de nos pères est si attentive à rechercher et à soulager les misères de tout genre, qu'elle couvre le sol de vastes refuges pour les malades, pour les infirmes, pour les lépreux, pour les indigents. On en rencontre non seulement dans les villes, mais dans les plus petits villages. Un des principaux promoteurs de ce généreux mouvement, qui se dessina surtout sous le règne de saint Louis, fut encore ce prince en personne. L'hôtel-DiEU de Paris lui doit son agrandissement ; ceux de Pontoise et de Vernon furent achevés avec son concours en 1259; celui de Compiègne avant 1260, et bien d'autres encore sous son gouvernement. Il fonda pour les aveugles un hospice spécial, situé à la porte de la capitale, dans le bourg Saint-Honoré, et transféré ailleurs depuis. C'est la fameuse maison qu'on a appelée les Quinze-Vingts, parce qu'elle était faite pour trois cents habitants (quinze fois vingt). Les premiers aveugles qui vinrent la peupler ne furent pas, comme le raconte une légende trop accréditée, des chevaliers auxquels les Sarrasins avaient crevé les yeux en Palestine, mais de pauvres gens pris parmi les classes les plus déshéritées ; tel était, du reste, le but du fondateur, attesté, entre autres, par le sceau primitif de l'établissement, qui représente plusieurs malheureux entrant sous son toit hospitalier. Les Quinze-Vingts étaient en quelque sorte une cité modèle, où chaque individu, chaque ménage, vivait dans un logis particulier, prenant seulement part à des

Le Ireizième siècle.

exercices communs et à la gestion des affaires de la maison. Les aveugles se réunissaient, à certains jours, en chapitre,

pour délibérer et voter ; les femmes elles-mêmes prenaient part au scrutin : nul besoin d'y voir clair pour être électeur.

Par tous les moyens on cherchait à rendre à ces infortunés la double illusion de la vie de famille et de la vie publique.

La sollicitude intelligente qui présidait au soin des malades dirigeait aussi la construction des hôpitaux. On aimait réellement les membres souffrants de Jésus-Christ ; on voyait en eux le Sauveur lui-même ; témoin toute une famille de légendes où un pauvre malade, soigné et guéri par de nobles mains, disparaît tout à coup en laissant à sa place une odeur embaumée , signifiant clairement que sous ces dehors misérables se cachait une personne divine (i). Aussi les demeures qu'on leur élevait s appelaient-elles les maisons-DiEU , ou, comme nous disons maintenant, les hôtels-DiEU. Ce caractère de piété pratique a également frappé Viollet-le-Duc : « Dans le peu d'hôpitaux du moyen âge qui sont restés, dit-il, nous trouvons un esprit de charité bien entendu et délicat. Ces bâtiments sont d'un aspect monumental sans être riches ; les malades ont de l'espace, de l'air et de la lumière ; ils sont souvent séparés les uns des autres ; leur individualité est respectée (2). »

On peut juger de leurs proportions et de leur structure par les restes de l'hôpital d'Ourscamps, simple village du département de l'Oise. Cet édifice est une immense bâtisse de forme oblongue, soutenue par des contreforts et surmontée d'une toiture aiguë. Il est partagé en deux étages, dont le second est très élevé. Le jour y pénètre par deux rangs de fenêtres superposés, les unes en plein cintre et les autres en tiers-point (3). Tout respire ici l'ampleur et l'entente de l'hygiène ; et pourtant ce n'était que l'hospice d'une petite bourgade. Un autre spécimen remarquable subsiste à Tonnerre, dont l'hôpital, qui remontait au onzième siècle, fut rebâti avec magnificence, en

1. V. notamment les Anecdota historiques d Etienne de Bourbon, p. 13?.

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