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I. Iliit. liit. de la France, XX IV, 603 et suiv

remarquable ciui termina le règne de Charles VII , le rétablissement de la police et de la sécurité, la formation des armées

permanentes, permirent aux héritiers des rudes barons féodaux de descendre dans la plaine. Leurs aïeux avaient posé leur nid sur les hauteurs, comme les aigles ; pour eux, se rapprochant

du reste des humains, par l'effet naturel des progrès de la civilisation , ils préférèrent les vallées ou le penchant des coteaux, qu'ils peuplèrent de maisons de plaisance ou de manoirs. La fierté de la noblesse s'humanisait ; mais aussi son antique prestige, sa supériorité militaire, s'abaissaient avec sa demeure. Peu après, la Renaissance vint renouveler l'aspect du château. Elle en modifia profondément le plan et la décoration, laissant à peine subsister quelques éléments du type du moyen âge, réduits et allégés, notamment ces tourelles élégantes, mais inutiles désormais , qui rendent si pittoresques les célèbres monuments de Chenonceaux, de Chaumont-sur- Loire , de Chambord , et la nombreuse famille de leurs congénères. Chenonceaux, dont les fondements furent jetés en 1515 par Thomas Bohier, seigneur du lieu, et qui fut achevé un peu plus tard par Diane de Poitiers ; Chambord, commencé en 1526 par un architecte d'Amboise, Pierre Neveu dit Trinqueau, sur l'ordre de François P^' ; Chaumont , refait par l'amiral Charles d'Amboise dans les dernières années du quinzième siècle, sont le dernier mot de l'art français en ce qui concerne le château princier. Cet art céda bientôt la place à l'art italien, et les derniers vestiges de la résidence féodale, les tourelles notamment, ne tardèrent pas à être supprimés.

Alors la demeure des princes et des grands seigneurs prit la forme moderne et exotique que les châteaux de Fontainebleau, du Louvre, de Versailles, nous montrent parvenue à son entier développement. Le Louvre, ancienne maison de plaisance de nos rois, fut rebâti dans le goût italien sur les plans de Pierre Lescot, sous François P'', Henri II et leurs successeurs. Les Tuileries, entreprises par Philibert Delorme, en 1564, sur les indications de Catherine de Médicis , consacrèrent encore mieux l'abandon de l'ancien style national. A l'influence de l'architecture religieuse s'était substituée celle de l'architecture

antique, à l'art français l'art étranger, grandiose mais lourd, importé par les Italiens. Toutes les modes arrivaient d'Italie, surtout à partir de Catherine de Médicis, qui amena chez nous une foule de gens de son pays; on n'admirait plus que le genre adopté au delà des monts, et l'on répudiait comme un goût barbare le style de la vieille France. C'était, sans doute, une bonne chose de se mettre à peindre et à sculpter comme les célèbres écoles de Rome ou de Florence ; mais il eût fallu joindre à ces talents précieux le perfectionnement de cette architecture dans laquelle les Français étaient depuis longtemps passés maîtres, et non rejeter des procédés que l'Italie elle-même nous avait enviés. Car , chose bizarre , tandis qu'on voit ce pays donner le ton au nôtre à l'époque de la Renaissance, au treizième siècle, au contraire, on le voit imiter nos constructions féodales , par une préférence que nos édifices religieux n'obtinrent jamais chez lui. Brunetto Latini constate à ce propos la supériorité de nos pères sur les siens, dans l'art de disposer et de décorer agréablement leurs demeures, et en même temps les jardins qui les entouraient : « En maisons « convient-il porveoir se li temps et li lieus est en guerre ou en « pais, se c'est dedans ville ou lonc de gens. Car les Ytaliens, « qui sovent guerroyent entre aus, se délitent en faire hautes « tours et maisons de pierres ; et, se c'est hors de ville, il font « fosseis, et palis, et murs, et tourneles, et ponts, et portes « coleices, et sont garnis de mangoniaux et de saettes , et de « toutes choses qui appartiennent à guerre, por défendre, » et por getter , et por la vie des hommes ens et hors « maintenir. Mais li Franchois font maisons grans et pla- « niers, et paintes, et chambres lées, por avor joie et délit, « sans noise et sans guerre. Et por ce sèvent mielz faire « praelles et vergiers et pomiers entour lour habitacle que « autre gent, car c'est chose qui valt moult à délit don-

Le treizième siècle. * g

« ner (i). » Saint Louis avait, en effet, comme nous l'avons vu, un verger attenant à son palais de Paris, et l'enceinte fortifiée qui enfermait la haute et la basse cour des barons féodaux n'était point assez étroite pour leur interdire ce genre d'agrément, qui devait prendre après la période des grandes

FiG. 48. — Château de Rouen.

Enceinte fortifiée.

guerres une importance nouvelle , en attendant que le fameux Le Nôtre en fît une des plus brillantes spécialités de l'art français.

Avant de quitter le château, il convient peut-être de dire un mot de la fortification des villes, qui offre une grande analogie

I Le livre du Tt-ésor, édit. Chabaille, p. 179.

PiP 49. Château ue Clisson.

Manoir.

avec celle des résidences seigneuriales. Jusqu'au douzième siècle, ou au moins jusqu'à la fin du onzième, le bois, les palissades, les troncs d'arbres, les remparts de terre étaient les principaux éléments de la défense pour les cités comme pour les castclla. Les anciennes murailles romaines avaient été renversées en beaucoup de lieux, pour fournir des matériaux à l'agrandissement des villes ou à la construction des églises ; aussi, quand les Normands se présentèrent, les habitants , pris à l'improviste, durent-ils recourir à ces moyens de résistance non moins expéditifs que rudimentaires. Mais, dès les dernières années du règne de Philippe \^\ on revint à l'emploi de la pierre dans les remparts. Ces ouvrages furent exécutés par des constructeurs spéciaux, appelés eiigeigneurs ou ingénieurs (du mot engin , fort usité chez nos vieux auteurs dans le sens de machine). C'était une profession distincte, qui ne se confondit que plus tard avec celle d'architecte. Jusqu'au quatorzième siècle, les ingénieurs bâtissaient des donjons et ne bâtissaient pas d'églises ; mais cela ne les empêchait pas de subir, comme nous l'avons vu, l'influence de l'architecture ecclésiastique. Le rempart se transforma donc en même temps que le château et l'église. Il fut construit en grand appareil ; il devint oblique à sa base, au lieu d'être entièrement vertical comme autrefois , ce qui constituait un progrès notable au point de vue de la résistance, et le talus formant cette ligne oblique s'éleva jusqu'à la hauteur que pouvait atteindre le bélier, la plus puissante machine de guerre des assaillants. Puis, le parapet disposé sur le sommet du mur fit saillie à l'extérieur ; il fut crénelé, garni de niassecoulis ou uiâchccoiilis, c'est-à-dire d'ouvertures horizontales destinées à faire couler des masses, telle que de l'eau ou de la poix bouillantes, pour repousser les agresseurs, et il reposa sur des consoles de pierre placées de distance en distance , appelées des corbeaux.

Au treizième siècle, ces corbeaux furent réunis entre eux par de petits arcs à cintre brisé, tout à fait dans la forme des arcades ou des fenêtres de l'église, et décorés de différents ornements dans le goût de l'époque , trèfles, quatre-feuilles, etc..

De place en place, la ligne des remparts était interrompue par des tours, comme dans les fortifications du château. Ces tours, rondes ou demi-rondes, se terminaient en bas par un talus, comme le mur lui-même, et comprenaient à chaque

Fi:;. 50. — Porte de la ville d'Aigues-Mortes. Côté exlérieur.

étage une salle unique de même forme, voûtée à l'aide de huit, dix ou même douze arcs d'ogive. Un petit escalier tournant, appelé vis , et pratiqué dans l'épaisseur de la construction, mettait la tour en communication avec la ville. Des fenêtres, des archères , des meurtrières , des bretèches , étaient aussi ménagées ça et là pour les besoins de la défense. Au quatorzième siècle, ces ouvertures devinrent généralement carrées et divi-

sées en quatre compartiments par deux traverses placées en croix : de là le nom de croisée , étendu peu à peu à la fenêtre elle-même, ce qui devait occasionner de si étranges confusions. Tous ces détails s'appliquent également aux tours des châteaux. Mais la partie principale de la fortification des places, celle qui prit de bonne heure une importance caractéristique ^ c'est la porte de la ville. Cette porte finit par devenir un véritable édifice , se composant d'un corps de bâtiments central , flanqué de deux énormes tours plus élevées que lui , rondes sur leur face seulement, et s'enfonçant profondément dans la place par leur partie postérieure. Telle était autrefois la porte Saint- Martin, à Paris, qui n'est plus depuis Louis XIV qu'un arc de triomphe , mais dont quelques vues anciennes nous rendent la physionomie imposante et guerrière. Telles sont encore la porte Guillaume , à Chartres , parfaitement conservée, et celle d'Aigues-Mortes, bâtie un peu après 1246. En outre, la porte de ville, au lieu d'être à double baie comme à l'époque romaine, est à baie unique, en forme de cintre brisé, et accompagnée quelquefois d'une petite poterne. En avant, un pont-levis la protège; derrière ce pont-levis se trouve la herse , et au fond , du côté de la ville , une grille de fer. On sent que les ingénieurs avaient fait de cette construction l'élément capital de la défense. C'était l'endroit le plus vulnérable ; ce devait être le plus surveillé et le plus protégé. La porte de ville était devenue pour cette raison une espèce de centre, un lieu de réunion. Il s'y tenait des assemblées publiques ; il s'y passait des événements importants, et plus d'une tragédie s'est nouée ou dénouée sous ses murailles épaisses. Il y a tout un cycle de légendes qu'un de nos érudits a appelées les << légendes de la porte », et qui forment dans nos vieilles épopées nationales une série d'épisodes touchants ou terribles. Telle est la superbe scène où, dans

Aliscamps, Guillaume, duc d'Aquitaine, vaincu et fugitif, essaie de se faire reconnaître par Guibourc, son épouse, enfermée dans les murs d'Orange. Il arrive de la funèbre bataille, seul survivant , couvert de traits , caché tout entier par son armure et son heaume hermétiquement clos ; il frappe à la lourde porte derrière laquelle est pour lui le salut.

<( Le comte Guillaume s'est durement hâté.

« — Ami, dit-il au portier, ouvrez-moi la porte ;

« Je suis Guillaume ; c'est à tort que vous ne me croyez pas.

<< — Attendez un moment, — dit le portier.

<< Aussitôt il descend de la Tournelle,

« Vient à Guibourc, et s'écrie à voix haute :

'i — Gentille comtesse, dit-il, hâlez-vous :

« Lh, dehors, est un chevalier armé ;

« Il est tout couvert d'armes païennes ;

« Sa fierté est étrangement grande.

« Il ressemble à un homme qui sort de la bataille,

« Car ses bras sont tout ensanglantés.

« Il est d'une taille énorme, armé sur son cheval.

< Il dit, enfin, qu'il est Guillaume au Court-Nez. « Venez-y, dame, par Dieu ; vous le verrez. —

i. Guibourc l'entend ; tout son sang est troublé.

« Elle descend du palais seigneurial

« Et vient aux créneaux, au-dessus des fossés.

« — Que demandez-vous, vassal.'' — dit-elle à Guillaume. —

>i Le comte répond : — Dame, ouvrez la porte

« Bien vite, et faites abattre le pont-levis,

« Car je suis poursuivi par Baudus et Desramé

« Et par vingt mille Turcs aux heaumes verts.

« S'ils m'atteignent, je suis mort.

« Pour Dieu, gentille comtesse, hâtez vous.

« — Point n'entrerez, vassal, dit Guibourc.

(1 Je suis toute seule ici ; pas un homme avec moi,

« Si ce n'est ce portier et un prêtre,

« Et mes petits enfants qui n'ont pas dix ans passés.

« Je suis avec nos dames, qui ont le cœur navré

« A cause de leurs maris, ne sachant ce qu'ils sont devenus.

< Ils sont partis avec Guillaume au Court-Nez, « En Aliscamps, contre païens mécréants.

« Non, l'on n'ouvrira ici ni porte ni guichet

« Jusqu'au retour de Guillaume,

« Le gentil comte qui est de moi aimé.

« Ah ! qu'il le préserve, le Dieu mort sur la Croix 1 —

« Guillaume l'entend , il s'incline vers la terre.

« De pitié il pleure, le marquis au Court-Nez ;

« Les larmes lui coulent fil à fil sur les joues.

« Il se relève, il rappelle Guibourc.

« — Je suis Guillaume, ditil ; vous avez grand tort,

« Et je m'émerveille que vous ne m'ayez pas reconnu.

« Je suis Guillaume ; ce serait mal de ne pas me croire.

« — Païen, répondit Guibourc, vous mentez ;

« Mais, par saint Pierre, votre chef sera désarmé

« Avant que je ne vous ouvre la porte. —

« Le comte Guillaume a grand'hâte d'entrer,

« Et ce n'est pas merveille, car il doit avoir peur.

« Derrière lui, il entend le chemin retentir

« Sous les pas de cette gent qui le hait.

« — . Franche comtesse, dit Guillaume le baron,

« Trop longuement me faites demeurer.

« Voyez : de païens toutes ces terres sont couvertes.

^ Ah ! dit Guibourc, vous ne ressemblez pas à Guillaume ;

« Jamais je ne l'ai vu avoir peur des païens.

€ Mais, par saint Pierre, que je dois moult aimer,

.. Je ne ferai ouvrir ni porte ni guichet

« Jusqu'à ce que je voie votre chef désarmé,

«. Votre nez, votre bouche et vos yeux,

« Car plusieurs gens se ressemblent au parler,

« Ici je suis seule, et j'ai raison de craindre. —

<( Le comte l'entend, laisse tomber sa ventaille

« Et relève son heaume chargé de pierreries.

« — Dame, dit-il, vous pouvez regarder à présent :

« Je suis Guillaume ; laissez-moi entrer. —

<:< Comme Guibourc est en train de le reconnaître,

i Elle voit cent païens traverser la campagne.

« Ils sont partis de l'est avec Corsu d'Urastes :

« Desramé leur avait confié la garde

« De deux cents prisonnier^s chrétiens, tous bacheliers,

« Et de trente dames au clair visage.

« Les païens les ont fait charger de lourdes chaînes,

« Et ils les battent ; qu'ils soient maudits de Dieu !

« Dame Guibourc les a entendus crier

« Et réclamer l'aide de DiEU.

<< Elle dit à Guillaume : — Je vois bien maintenant

« Que vous n'êtes pas Guillaume le baron, « Ce fier bras tout couvertde gloire.

< Vous ne laisseriez pas des païens emmener nos gens ;

« Vous ne les laisseriez pas dévorer nos chrétiens.

« Non, vous ne les laisseriez pas emmener, étant si près (i) 1 >

Alors Guillaume se jette encore une fois sur les païens, délivre les prisonniers, et c'est seulement lorsqu'il revient avec eux que son épouse consent à le reconnaître et à lui faire ouvrir la porte d'Orange. Ainsi les tableaux les plus héroïques se déroulaient devant ces redoutables bastions comme dans leur cadre naturel.

Quelques ingénieurs augmentaient encore la force des portes de ville au moyen d'une bastille, c'est-à-dire d'une redoute ou d'une petite cour entourée de fossés, munie de tours à ses angles, et placée en avant de la porte. La fameuse Bastille de Paris, qui, elle aussi, a donné naissance à tant de légendes d'une autre catégorie, n'était, à l'origine, qu'un accroissement de fortification de ce genre, établi par Charles V devant la porte Saint-Antoine et transformé par Charles YI en véritable citadelle. Les bastilles d'Orléans jouent un rôle important dans l'histoire de Jeanne d'Arc. Toutes ces hautes défenses, celles des villes comme celles des châteaux-forts, tombèrent sous Louis XI, par suite de la vulgarisation de l'artillerie, qui les rendait plutôt nuisibles qu'utiles, et firent place aux murs bas, couverts d'amas de terre et munis de glacis, avec des tours également basses et casematées. Ce système disparut à son tour à la Renaissance, lorsque les ingénieurs italiens imaginèrent celui des bastions en polygone et en forme d'étoiles, qui ouvrait l'ère des fortifications modernes.

I. J'emprunte cette traduction littérale, où le texte est calqué vers par vers, au bel ouvrage de M. Léon Gautier sur les Épopées fratiçuises (III, 470).

L'art des ingénieurs du moyen âge a laissé en France des vestiges assez nombreux. On en retrouve à Pierrefonds , à Coucy, dont le donjon a été entièrement restitué, et dans beaucoup d'autres localités. Mais ce n'est pas seulement le sol de la patrie que les constructeurs français ont couvert de puissants ouvrages militaires ; ils avaient transporté leurs procédés, leur école, jusque dans la Palestine, et là, dans ce lointain royaume de Jérusalem, qui semblait être une succursale

FiG. 51. — La Bastille de Paris, démolie en 17S9.

du royaume de France, ils avaient déployé tout l'art imaginable pour enlever aux Sarrasins l'espoir de reconquérir la contrée. Dans ce but ils exécutèrent, aux douzième et treizième siècles, un ensemble de travaux gigantesques , dont la description nous a été donnée par un archéologue fort compétent , M. Guillaume Rey. Ces travaux devaient compléter et protéger la sérieuse tentative de colonisation entreprise par les croisés, malheureusement sur un terrain rebelle. Ils consistaient en

une série de forteresses échelonnées le long des côtes, le long du désert qui formait au sud la limite du royaume chrétien, et devant les vallées qui pouvaient livrer à l'est un passage à travers le Liban (le nord était suffisamment défendu par les crêtes escarpées de cette chaîne de montagnes). Toute la Palestine se trouvait ainsi enfermée par la complicité de l'art et de la nature ; et la plupart de ces châteaux-forts ont opposé au

FiG. 52. — Le Kkak des chevaliers de l'Hôpital, ex Syrie. Editice resliiué d'après les ruines actuelles.

retour offensif des Sarrasins une résistance plus solide qu'on ne croit : quelques-uns sont encore debout en partie, et n'auraient jamais succombé à la force. Cependant tous ne furent point bâtis suiv^ant le système français. Il y eut chez les croisés deux écoles distinctes, se rattachant, l'une à l'art occidental, l'autre à l'art byzantin, ce qui s'explique tout naturellement

par le voisinage et le concours des Grecs. Mais laissons M. Rey nous expliquer lui-même sa théorie.

« La première école paraît avoir eu pour prototype les châteaux construits en France , dans le cours des onzième et douzième siècles , sur les côtes de l'ouest, le long des bords de la Loire et de la Seine, dans lesquels se rencontre partout un caractère particulier et uniforme. Ils sont élevés sur des collines escarpées, d'une défense facile, et le plus isolées qu'il est possible des hauteurs environnantes. La forme de l'enceinte est déterminée par la configuration du plateau. Le côté le plus vulnérable de la place est protégé par le principal ouvrage de défense. Quelques points essentiels distinguent cependant les châteaux de l'Hôpital, qui appartiennent à cette première école. Le donjon y est remplacé par un ouvrage d'une grande importance, commandant la partie faible de la place, mais dont les dispositions diffèrent complètement du donjon franc. Les tours de l'enceinte sont presque toujours arrondies ; elles renferment un étage de défense, et leur couronnement , ainsi que celui des courtines, se compose d'un parapet crénelé avec meurtrières très plongeantes, refendues dans les nierions et identiques à celles que nous voyons usitées en France dans le cours du douzième siècle...

« La seconde école est celle des Templiers. Ici, le tracé de l'enceinte se rapproche beaucoup de celui des grandes forteresses arabes, élevées d'après un système qui paraît s'être inspiré de l'art byzantin. Cependant on remarque au premier coup d'oeil quelques différences entre ces monuments et les édifices militaires bâtis par les chevaliers du Temple. D'abord peu de saillie des tours, invariablement carrées ou oblongues, donne à penser que les ingénieurs francs se sont peu préoccupés de l'importance des flanquements, ce que nous remarquons également dans les plus anciens châteaux arabes, Alep , Kalaat ,

Schoumaïmis, etc. ; tandis qu'à en juger par la profondeur des fossés, creusés à grands frais dans le roc et remplis d'eau, comme à Tortose et à Athlit, ainsi que par la hauteur des murailles, ils ont cherché à se garantir des travaux des mineurs et des tentatives d'escalade. Ailleurs, comme à Safita et à Areymeh, les Templiers ont assis les bases de leurs murs au sommet des pentes escarpées, obviant par ce moyen aux mêmes inconvénients. Parmi les caractères distinctifs de cette seconde école, il faut encore citer les pavements extérieures des murailles, généralement en très grand appareil, taillés à bossage, et le peu de plongée des meurtrières, qui présentent une grande analogie avec celles des forteresses arabes contemporaines, toutes choses tendant à donner à ces édifices une apparence complètement orientale (i). >>

Le type le mieux conservé de ces citadelles franco-syriennes est le Krak des chevaliers ou- château des Kurdes , appelé aujourd'hui le Kalaat-el-Hosn, et situé sur l'un des sommets qui dominent la vallée de l'Oronte. Cette place forte, qui appartient à la première école, fut occupée par les Hospitaliers jusqu'à 1271. Elle est encore à peu près dans l'état où ils l'ont laissée. « Elle comprend deux enceintes, que sépare un large fossé en partie rempli d'eau. La seconde forme un réduit et domine la première, dont elle commande tous les ouvrages. Elle renferme les dépendances du château, grand'salle, chapelle logis, magasins, etc. Un long passage voûté, d'une défense facile, est la seule entrée de la place. Les remparts et les tours sont formidables, sur tous les points où des escarpements ne viennent pas apporter un puissant obstacle à l'assaillant (2). » Rien n'est plus propre que ce monument à donner une grand idée

1 . G. Rey, Etudes sur les moDiuscrits de l'architecture militaire des croises en Syrie, p. 14-17.

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