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du génie militaire et de la puissance des chevaliers de l'Hôpital.
FiG. 53. — Maison du moyen-age, a Rouen.
Les détails de la forteresse syrienne ne sont pas tous con-
formes au tableau que je viens de faire du château féodal. Mais il faut se souvenir qu'il s'agissait là d'une situation exceptionnelle, et que les citadelles des croisés n'avaient pas la même destination que les résidences seigneuriales. On n'y reconnaît pas moins très fréquemment, comme nous venons de le voir, les dispositions générales et les pratiques ordinaires des ingénieurs français ; et, même dans les châteaux que M. Rey attribue à l'école byzantine, on retrouve , comme élément principal, le donjon carré, comprenant plusieurs étages voûtés et surmonté d'une terrasse crénelée. Les ouvertures y affectent encore la forme de cintre brisé ; de sorte que l'on se demande si la prétendue ogive orientale, où certains archéologues ont été chercher la source du style gothique, ne serait pas, au contraire, une importation des artistes français amenés en Orient par les croisades.
Je me suis assez longuement- étendu sur la demeure du seigneur et tout ce qui s'y rattache : cependant je ne quitterai pas les édifices privés sans dire au moins un mot de la demeure du bourgeois ou du citadin. Je ne descendrai pas jusqu'à la chaumière du vilain, parce que la pierre en était trop souvent absente et qu'elle échappe à l'art de l'architecture. Mais la maison de ville, l'hôtel du négociant ou du riche industriel, a, depuis le treizième siècle, une certaine physionomie artistique qui mérite d'arrêter un moment nos regards. Cette maison présente assez souvent, à l'extérieur, un assemblage de pierre et de bois, ou de brique et de bois, suivant les pays. Ce n'est pas là une fantaisie ; c'est encore l'effet des moyens de construction employés. C'est l'application du principe général de l'architecture du moyen âge : rendre tout besoin et tout moyen de construction apparents, ou du moins ne pas chercher à les dissimuler. Les poutres, les supports se laissent voir, et rentrent même dans la décoration générale. Les toits aigus, les
FiG. 54. — Maison du moyen-agf, a Amiens.
pignons sur la rue, les ouvertures en cintre brisé, comme on en voit encore dans les vieilles rues de beaucoup de villes ou de villages, tout cela rappelle aussi le style des édifices sacrés. A l'intérieur, la distribution est beaucoup moins variable que dans nos habitations modernes et peut se ramener à quelques principes généraux, toujours fidèlement observés : au rez-dechaussée, une porte charretière, une cour, des boutiques ; au premier étage, une salle pour les réunions de famille, les repas, les réceptions ; au second, des chambres à coucher ; sous les combles, des logis de serviteurs et des greniers ; en aile, sur la cour, des cuisines, des dépendances. Ainsi, comme on l'a remarqué, la vie privée est soigneusement séparée de la vie publique (i).
Le luxe n'avait point encore pénétré dans ces constructions particulières ; mais il commençait à s'introduire dans les édifices élevés par l'ensemble de la bourgeoisie pour les besoins communs , pour l'administration municipale. La France vit , dès le règne de saint Louis, surgir quelques hôtels-de-ville. Au nord, les communes n'eurent guère le temps d'en ériger, à cette époque du moins. Jurées dans l'église, le jour même de leur naissance, par la masse de la population, elles gardèrent souvent l'église pour lieu de leurs réunions habituelles. Mais un assez grand nombre firent construire un beffroi, monument d'un genre à part, destiné primitivement à renfermer les cloches municipales, et dont tous ceux qui ont parcouru les Flandres ou nos provinces septentrionales ont certainement rencontré plus d'un spécimen, élevé et massif tout ensemble, fier et lourd commit les bourgeois dont ils symbolisaient la puissance. Les beffrois, d'abord indépendants , furent réunis aux maisons de ville dans la plupart des comnmnes qui parvinrent à en ériger. Ils se sont conservés dans beaucoup de