I. Revue de l'Art chrétien, an. 1885, p
D'autres similitudes, plus frappantes encore, ont été signalées par le même critique entre cette légende peinte et les miniatures d'un livre de Job provenant de l'abbaye de Vorst, en Brabant ; et celles-là portent non seulement sur la décoration, mais sur les figures, les barbes, les couleurs, les costumes. Il y avait donc déjà dans toute cette contrée, sinon le germe d'une école nationale, au moins une certaine homogénéité de goût et de manière.
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FiG. 94. — Sainte Marguerite AMENÉE DE FORCE AU Gouverneur. Peinture murale de la callitdrale de Tournai.
Au centre de la France, où la peinture décorative était autrefois fort répandue, il subsiste encore quelques sujets à personnages remontant à peu près au même temps. L'abside de Saint-Crépin d'Evron, dans le Maine, nous offre un Christ environné des symboles des quatre évangélistes et de plusieurs figures d'anges ou de saints, le tout empreint d'un beau caractère archaïque. A Tournus, en Bourgogne, on voit un Jugement dernier d'un âge très vénérable, placé au milieu d'un grand arc brisé, sous la voûte de l'église. Bien qu'il ne rappelle
que de fort loin la fameuse fresque de Michel-Ange, on y remarque des personnages bien groupés et bien posés. Le Christ a quelque chose de la sécheresse carlovingiennc ou romane ; mais les créatures humaines qui le supplient, à droite et à gauche, ont des attitudes assez naturelles. A Saint-Savin, en Poitou, ce n'est plus un sujet isolé ; c'est une longue et magnifique série de tableaux évangéliques ou bibliques, comme celle que le pinceau de Flandrin a retracée à Saint-Germaindes-Prés. Tout l'intérieur de cette église de Saint-Savin était
P"iG. 95. — Martyre de sainte Marguerite. Peinture murale de la cathédrale de Tournai.
décoré de peintures : le porche, les murs de la nef, les voûtes, la crypte et les escaliers qui y conduisaient. Ces peintures paraissent avoir été pour la plupart exécutées au douzième siècle : aussi frappent-elles à première vue par la grossièreté et l'incorrection du dessin, mêlées cependant à je ne sais quel air de grandeur et de sérénité archaïques dans les figures. Mais elles comprennent au moins un échantillon du treizième, d'après les inductions de M. Mérimée, qui a publié, dans la collection des Monuments inédits de r histoire de France, la monographie
de ce précieux débris, avec le fac-similé colorié de toutes les parties conservées ; et cet échantillon dénote un art déjà plus avancé. C'est la Vierge reproduite au frontispice de l'ouvrage, et qui occupe dans l'église une niche pratiquée dans le mur
FiG. 96. — Le Christ environné d'anges et de saints. Peinture de l'abside de Saint-Crépin d'Evron, reproduite par MM. Gélis-Didot et Laffillée.
occidental du narthex. Il n'y a qu'à jeter les yeux sur cette grande image et à la confronter avec les autres peintures de Saint-Savin, dont plusieurs sont cependant remarquables, pour constater la différence de l'art des deux époques. Il est vrai que
certains détails, notamment les bras de la Vierge, sont encore très raides. Mais, à part ce défaut, et la dégradation des teintes due k l'effet du temps, l'ensemble du morceau est vraiment beau comme exécution, et surtout comme pensée. On y reconnaît encore la préoccupation de faire la Mère de Dieu belle et digne, non gracieuse ni mignarde ; et les personnages qui l'entourent donnent comme un avant-goût des célestes créations de Fra Angelico. « La Vierge, assise sur son trône, au milieu d'une gloire, tient son Fils sur ses genoux. A droite et à gauche, dans la partie supérieure de la niche, deux anges portés sur des nuages, dans une attitude d'adoration ; plus bas, deux personnages nimbés, revêtus d'un costume monastique et tenant une crosse à la main : l'un, placé à la droite de la Vierge, est probablement saint Benoît d'Aniane, premier abbé de Saint-Savin; l'autre, qui paraît être une femme, est peut-être sainte Savine, dont le nom se trouve dans une inscription de la crypte et sur l'un des autels (i). »
Enfin, dans le midi, on a reconnu des peintures du treizième siècle, non seulement sur les murs intérieurs de certaines églises, telles que la cathédrale du Puy, l'ancienne abbaye de Saint-Chef, près de Vienne, etc., mais sur ceux de quelques édifices civils, comme la tour Ferrande, à Pernes (Vaucluse). Cette dernière offre sur un de ses côtés un ensemble de sujets peints fort singulier, mis en lumière par MM. Gélis-Didot et Laffillée dans le magnifique ouvrage qu'ils viennent de faire paraître (2). Le compartiment supérieur « rappelle un fait d'armes accompli probablement par le seigneur qui fit exécuter la décoration ou par l'un de ses ancêtres. Un chevalier pourfend un infidèle, représenté par un nègre, que l'artiste a mis tous ses soins à rendre affreux. Sa grimace est assez naturelle :