‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 47 sur 104 · La Peinture décorative en France^ du XI" au XVI^ siècle · texte numérisé non relu

La Peinture décorative en France^ du XI" au XVI^ siècle

la pointe d'une lance lui traverse le cou. Ce combat a lieu sous les murs d'un monastère assiégé, indiqué par les campa-

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niles qui dépassent les murs et par les figures anxieuses des moines qui y sont renfermés. Du côté gauche, une cité orientale laisse voir ses minarets au dessus des créneaux de ses

murailles. » Dans les compartiments du bas, séparés par une fenêtre gothique à double baie, on distingue, d'un côté, la figure bien reconnaissable de saint Christophe portant l'Enfant-DiEU sur ses épaules, et, de l'autre, une scène presque entièrement effacée, où plusieurs personnages couronnés jouaient un rôle ; on peut y voir un roi octroyant à un.de ses vassaux quelque privilège, consigné sur une charte roulée. Au dessous de ce dernier sujet, une imitation de tenture, tombant jusqu'au sol, remplace les tapisseries ou les étoffes brodées qui, au moyen âge, ornaient la partie inférieure des murailles dans les grandes salles des châteaux, tandis que la partie supérieure était réservée aux œuvres du pinceau.

Dans beaucoup d'autres monuments , et surtout dans les églises, certains endroits privilégiés, comme les portails, les absides, les tribunes, les voûtes des chapelles, ont conservé les débris de peintures qu'avec des soins intelligents on eût pu facilement restaurer, mais qui sont aujourd'hui trop dégradées pour pouvoir supporter cette opération délicate. La qualité des matières employées par nos anciens artistes a quelquefois facilité d'une façon déplorable ces détériorations causées par l'action du temps. Cependant ils ont usé, en général, de mélanges assez résistants. Plusieurs des peintures dont je viens de parler, celles de Saint-Savin par exemple, sont de véritables fresques, c'est-à-dire qu'elles ont été appliquées sur un enduit de mortier humide, dans lequel les couleurs , préparées à l'eau de chaux, ont pénétré à quelques millimètres. Mais ce procédé est assez rare au moyen âge. « Les plus communs, d'après Viollet-le-Duc, sont la peinture à l'œuf, sorte de détrempe légère et solide ; la peinture à la colle de peau ou à la colle d'os, également très durable lorsqu'elle n'est pas soumise à l'humidité. La plus solide est la peinture à la résine dissoute dans un alcool ; mais ce procédé assez dispendieux n'était employé que

pour des travaux délicats.... La peinture à la gomme, employée

FiG. 98. — Assemblée céleste.

Peinture d'une tribune de l'église abbatiale de Saint-Chef, reproduite dans le même ouTrage.

au douzième siècle, paraît avoir été fréquemment pratiquée par

les peintres des siècles suivants pour les mêmes objets, tels que retables, boiseries, etc. (i) »

Ceci m'amène à examiner une des plus graves questions de l'histoire de la peinture que les érudits aient soulevées de nos jours : la peinture à l'huile a-t-elle été connue avant le quinzième siècle, et devons-nous en attribuer l'invention au peintre Jean Van Eyck, dit Jean de Bruges, comme on l'a fait si longtemps ? Il est aisé de comprendre l'importance de ce point ; car, si la peinture à l'huile a été réellement ignorée Jusque-là, cette ignorance a dû retarder fatalement le développement de l'art en général et du tableau en particulier. Eh bien ! il faut déclarer sans hésiter que cette précieuse découverte remonte plus haut, que les contemporains de saint Louis en possédaient la recette, et que la lenteur des progrès du grand art a tenu nécessairement à d'autres causes. Concurremment avec les procédés que je viens d'énumérer, la peinture à l'huile était connue depuis le onzième siècle au moins. Plusieurs critiques avaient déjà avancé le fait, lorsqu'un document plein d'intérêt, publié par M. Bernhard (2), est venu prouver sans réplique, non seulement que l'on connaissait le procédé, mais qu'on l'appliquait aux peintures murales bien avant Jean Van Eyck. Et d'abord, ce n'est pas de Jean Van Eyck qu'il faudrait parler dans tous les cas, quoi qu'en ait dit Vasari, l'historien des peintres ; c'est de son frère Hubert Van Eyck, qui, en 1410, c'est-à-dire à l'époque où Jean ne pouvait avoir qu'une quinzaine d'années, trouva, en voulant réparer un tableau qu'il avait mis sécher au soleil et que la chaleur avait crevassé, un perfectionnement de la peinture à l'huile. Ce perfectionnement consistait à faire bouillir l'huile de lin, employée précédemment seule, avec de l'huile de noix et d'autres substances, mélange qui produisait

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