Ibid., p
pas mention des tapisseries de haute lisse, mais ils parlent des fabricants de tapis sarrazinois et de tapis nostrez, deux catégories spéciales, dont la première, d'origine orientale sans doute, était velue, et dont la seconde, d'invention française (iiostrij, était plutôt rase. La corporation des tapissiers sarrazinois vit ses règlements confirmés par le garde de la prévôté de Paris, en 1290. C'est à l'occasion de ses privilèges qu'apparaît, treize ans plus tard, la première mention des ouvrages de haute lisse, dits aussi à ta bcscJie. Elle prétendait faire interdire à ceux qui les fabriquaient de travailler dans la capitale, à moins d'être assermentés et d'observer les usages généraux du métier. Elle obtint gain de cause, et, d'après l'acte additionnel de 1303, dix de ces derniers artistes jurèrent, au nom de tous leurs confrères, l'ensemble des statuts, promettant, de plus, de garder leurs apprentis pendant huit années, de ne pas travailler la nuit, et de ne pas se mêler des ouvrages cousus. « Pour que ces ouvriers de haute lisse, ajoute judicieusement M. Guiffrey, fussent en mesure de traiter sur un pied d'égalité avec les sarrazinois, il fallait que leur industrie existât déjà et comptât de nombreux adhérents. En effet, si dix ouvriers de haute lisse seulement paraissent dans l'acte d'accord, ils ont bien soin de spécifier qu'ils traitent non seulement pour eux, mais pour tout le commun du métier. Bien qu'il soit impossible d'évaluer, même approximativement, le nombre de ces tapissiers parisiens travaillant en haute lisse vers 1303, il est permis de conclure des termes de la pièce en question que l'introduction de ce procédé à Paris remonterait à une époque sensiblement plus ancienne. Les tapissiers que l'acte appelle ouvriers en la liante lice auront d'abord véQ^été modestement à l'ombre de quelque corporation puissante, probablement celle des sarrazinois. Ils se seront peu à peu développés grâce à cette assistance, pour s'organis€r ensuite et réclamer enfin leur droit au
travail et à la protection de l'autorité, dès qu'ils se sentirent assez forts pour secouer la tutelle de leurs aînés. Il a fallu un certain temps pour que cette évolution s'accomplit ; aussi n'estil pas téméraire de supposer que les tapissiers de haute, lisse travaillaient à Paris un demi-siècle peut-être avant que leur existence fût officiellement constatée dans l'acte de 1303 (1). »
Voilà donc la date et le lieu de l'établissement de cette industrie d'art à peu près fixés. Elle se développera ensuite avec une grande rapidité. Malheureusement, il faut descendre jusque dans le cours du quatorzième et du quinzième siècle pour avoir des échantillons certains de ses produits.
Tapisseries, broderies ou tentures, ces divers ouvrages représentaient généralement, comme celui de Bayeux, des personnages et des scènes empruntés à l'histoire ou à la légende, surtout aux livres sacrés et à la vie des saints. Ainsi, l'un d'eux, remontant au règne de saint Louis, racontait, dans une suite de tableaux, la biographie de saint Médard. On a gardé cette pièce précieuse jusqu'au commencement du dix-huitième siècle ans l'église de Saint-Médard-en-l'Ile, à Paris ; elle ne survit plus aujourd'hui que dans les dessins de la collection Gaignières, à la bibliothèque bodléienne d'Oxford. Cette mode, si favorable au développement du dessin de figure, se perpétua dans les âges suivants. Une des belles tapisseries du quinzième siècle conservées dans le trésor de la cathédrale d'Angers reproduit les principales scènes de la légende de saint Martin, avec une quantité d'assistants, et sur des fonds de paysage heureusement traités, comme on le voit par le morceau qui représente l'apôtre des Gaules recueillant dans des fioles le sang de saint Maurice et de ses compagnons sur le lieu dejeur martyre, en Valais. Les princes opulents et amis des arts, comme les ducs de Bourgogne et d'Anjou, firent exécuter des