‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 70 sur 104 · X-I s T €-PCR.Q,'V oMffl^M · texte numérisé non relu

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FiG. 134. — Calice destiné a la communion des fidèlls, conservé à l'abbaye de Witters , près Inspriick.

lisaient avec les peintres pour l'exécution des retables et des triptyques. Quel vaste champ pour le talent de ces artistes, et combien de petits chefs-d'œuvre ils nous ont légués dans ces genres si divers !

Et la reliure des livres saints, avec quelle respectueuse dévotion ils l'ont enrichie ! Ce n'était pas assez de prodiguer à l'intérieur de ces volumes vénérés toutes les délicatesses du pinceau et de la plume : il fallait leur donner un vêtement

digne du contenu. C'est ce qu'on a commencé à faire de très bonne heure. Dès les premiers siècles de notre ère, les métaux précieux sont employés, concurremment avec l'ivoire sculpté, à enchâsser le texte des Écritures. Justinien offre au pape Hormisdas un Évangile revêtu de plaques d'or et de pierres précieuses. Les orfèvres mérovingiens continuent cette tradition, et le célèbre Godescalc, vers le temps de Charlemagne, orne à

FiG. 135. — Calice de saint Rémi.

(Bibliothèque nationale, cabinet des Médailles.)

son tour de bas-reliefs de métal, exécutés au repoussé, l'évangéliaire qui a gardé son nom. Celui qui fut donné au monastère de Saint-Maximin de Trêves par la fille de Pépin le Bref était enrichi d'une grosse agate gravée, représentant l'image de la donatrice et de quatre personnes de sa famille. Celui de Charles le Chauve, aujourd'hui à Munich, est recouvert d'un travail plus compliqué encore : les cabochons, les perles, les émeraudes, les saphirs, les améthystes s'y mêlent aux lames

d'or pour former un encadrement à la figure du Sauveur. Peu à peu les livres sacrés deviennent d'autres reliquaires, et, pour achever la ressemblance, on enchâsse dans leurs somptueuses

couvertures des reliques véritables, avec une formule d'anathème

contre le sacrilège qui oserait en enlever la moindre parcelle.

Au treizième siècle, ce genre de luxe est poussé encore plus

loin. L evangéliaire que l'on pense avoir été donné par saint Louis à la Sainte-Chapelle, et qui, après avoir passé par la Monnaie, a eu la bonne fortune si rare de revenir sain et sauf

FiG, 137. — La Résurrection, Rehure d'un evangéliaire de la Sainte-Chape le.

à la Bibliothèque, nous montre à quel degré de raffinement on en était arrivé. « La reliure en vermeil, rehaussée de pierreries, porte, d'un côté, une croix avec quatre figures dans les cantons de la croix : en bas, la Vierge et saint Jean ; en haut, deux

anges tenant, l'un le soleil, l'autre la lunç ; de l'autre côté, une magnifique figure en haut-relief du Christ assis, enseignant, avec des draperies d'une ampleur digne de l'antiquité. » Un autre évangéliaire de la Sainte-Chapelle est également revêtu

Fi(j. 138. — Crucifix LIMOUSIN i';.maii.i.k, conservé à Rome.

d'une reliure d'orfèvrerie d'un travail admirable. Elle représente le Christ sortant du tombeau, puis, au-dessous, trois gardes ou plutôt trois chevaliers endormis , très supérieurs , comme dessin, à la moyenne des figures exécutées par les

peintres du temps. L'attitude de ces guerriers est on ne peut

FiG. 139. — Crucifix LIMOUSIN ÉMAiLLÉ.

(Collection de M. Spitzer. )

plus naturelle ; on dirait qu'ils attendent, appuyés sur leur

lance ou sur leur ccu, le grand rcveil du jugement dernier. Leur costume, leur équipement, sont tout à fait ceux du treizième siècle (i).

Vers le même temps, les émaux d'orfèvrerie, soit cloisonnés, soit en taille d'épargne, fabriqués principalement à Limoges, se répandent dans l'Europe entière, et portent jusqu'aux limites du monde connu la renommée de nos artistes. On les imite

FiG. 140. — ECUSSON DE CROIX LIMOUSINE.

(Musée chrétien du Vatican.)

partout, et on les applique aux objets les plus divers, depuis ceux qui servent à l'exercice du culte, crucifix, écussons de croix, ciboires, crosses, reliquaires, custodes , porte-cierges, médaillons, fermails de chapes, jusqu'aux ustensiles les plus profanes, aux bassins, aux vases, aux coffrets, aux bijoux et aux ornements de toute espèce. Les orfèvres font généralement « ressortir sur un fond d'émail des figures sévères, tracées par le

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