‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 92 sur 104 · Chapitre Quinzième · texte numérisé non relu

Chapitre Quinzième

La musique.

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Origines de la méttiode harmonique ; Vorganum. — La notation musicale. — Le déchant. — La mélodie ; chants sacrés et chansons profanes. — Les instruments de musique. — La musique à la cour de saint Louis, dans les écoles, dans les cloîtres.

Conclusion générale de ce livre.

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Près avoir parcouru en détail tout le cycle des arts qui parlent aux yeux, il convient d'accorder un moment d'attention au seul art qui s'adresse à l'oreille. A l'inverse de tous ceux qui tiennent du dessin, la musique, telle que nous la comprenons aujourd'hui, est une invention essen-

tiellement moderne ; car l'harmonie, qui en est devenue la base, était inconnue de l'antiquité ou à peu près. Mais au moyen âge, au contraire, elle est l'objet d'une véritable étude scientifique, et de cette étude, commencée sur les bancs des écoles, naissent peu à peu tous les perfectionnements , toutes les complications de ce qu'on a nommé fort justement l'art des sons simultanés. Avant le treizième siècle, des progrès importants avaient été déjà faits dans cette voie. Un pape, saint Grégoire le Grand, avait restauré le chant sacré, auquel son nom est resté attaché, et fait de nouveau retentir les églises de ces vastes unissons qui constituent toujours un des plus beaux effets de la musique religieuse. De là à soutenir les masses chorales par des voix ou des instruments exécutant certaines variantes, certains motifs différents, il n'y avait qu'un pas. Dès le septième siècle apparaissent dans les manuscrits des traces certaines de la méthode harmonique. Le plus grand écrivain de cette époque, Isidore de Séville, nous dit d'une façon précise : « La musique harmo-

nique est une modulation de la voix, et aussi une concordance de plusieurs sons et leur emploi simultané (i). » Au neuvième, à la suite de l'impulsion très active donnée à cet art sacré (car la musique profane n'existait pas encore), un moine de l'abbaye de Saint-Amand, Hucbald, exposa en détail, en s'appuyant sur des exemples, les règles de l'harmonie ou du chant par accord, qu'il appela organinn ou diapJionie. \Jorgamun avait encore un élément barbare, qui choque nos oreilles délicates lorsqu'il se retrouve, par hasard, chez les compositeurs modernes : c'est la répétition successive de deux sons simultanés séparés l'un de l'autre par un intervalle de quatre ou de cinq notes, en d'autres termes de la quarte ou de la quinte. En outre, Xorganum n'admettait que peu ou point le rythme. Toutefois ce dernier défaut devait promptement disparaître.

Enfin, une transformation capitale était venue, une centaine d'années plus tard, renouveler extérieurement l'art musical et lui ouvrir des horizons nouveaux. C'était précisément le temps où Gerbert fondait l'avenir de l'arithmétique par l'inauguration de neuf chiffres : Gui d'Arezzo assura celui de la musique par l'adoption de six petits signes (le septième fut ajouté ensuite, comme le zéro), représentant d'une façon rationnelle et fixe les notes de la gamme. Les deux inventions se correspondent ; elles étaient également grosses de conséquences. Et c'est au prétendu « siècle de fer » qu'on les doit ! Gui d'Arezzo était encore un moine ; il appartenait à l'abbaye de Pompose, en Italie. Son système détrôna immédiatement celui des lettres ou des neumes dont on se servait auparavant pour la notation des sons.

A son tour le siècle de saint Louis va introduire ou tout au moins répandre et consolider une réforme des plus heureuses :

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