RER
1 Relation de 1.63.
sol sont les plus fréquents, Vers la côte Saint-Paul, deux grands caps formant un quart de lieue de tour, se détachèrent de leur base, s'enfoncèrent dans le fleuve, puis en ressortirent pour former un ilot, ayant conservé leurs arbres et leur verdure,
# J'ai su, écrit encore Marie de l'Incarnation, de ceux qui ont remonté le fleuve en vaisseaux, qu'en plus de douze endroits d'ici à Tadoussac, qui est distant de Québec de trente lieues, les grands fracas causés par les secousses de la terre en plusieurs endroits, principalement vers les deux caps dont j'ai parlé, ont fait que les montagnes de roches se sont ouvertes. Ils ont vu quelques petites côtes où éminences qui se sont détachées de leur fondement et qui ont disparu, faisant de petites anses où les barques et les chaloupes se pourront mettre à l'abri durant les tempêtes, C’est une chose si surprenante qu'on ne la peut concevoir, et tous les jours on apprend de semblables prodiges. L'on avait beaucoup de crainte que ces bouleversements arrivés sur les côtes du grand fleuve n'en empéchassent la navigation, mais enfin on ne croit pas qu'ils puissent nuire, pourvu qu'on ne voyage point durant la nuit, car alors il y aurait du péril.”
Dans le voisinage de Tadoussac, le sol, de même que les barques sur le fleuve en amont, se couvrirent en six heures d’une couche de cendre d'un pouce d'épaisseur.
Durant l'été on ressentit aussi plus d’une fois sur le fleuve les effets du tremblement de terre, qui jeta la terreur parmi les matelots et les passogers.
Généralement les navires surpris par un tremblement de terre éprouvent des chocs brusques et violents comme s'ils touchaient quelque bas-fond.
Les exhalaisons qui s'étaient échappées de la terre sur divers points du pays avaient d’abord causé une si grande sécheresse que toutes les moissons avaient jauni ; cependant, il tomba dans le cours de l'été des pluies tellement bienfaisantes que cette même année fut remarquable par l'abondance de la récolte.
Le tremblement de terre de 1663 se fit sentir jusque dans la Nouvelle-Angleterre, l'Etat de New-York et l'Acadie, mais en diminuant d'intensité à mesure qu'il s'éloignait de son point de départ. A Boston, on éprouva d’abord une forte secousse vers cinq heures et demie du soir, une autre pendant la nuit, puis le 28 du même mois. On calcule que les ondes d’ébranlement rayonnèrent sur une superficie de 40,000 lieues",
Il est bien étonnant qu’il n’y ait pas eu de perte de vie au milieu de tous ces bouleversements. La population était peu nombreuse, fort dispersée, et partant moins exposée, Il peut arriver aussi qu’il y ait eu dans les récits du temps quelques exagérations causées par la nouveauté du phénomène, par la frayeur des habitants et la crédulité populaire ; mais enfin, tout considéré, il ressort de l'étude attentive et comparée des documents de l'époque, la preuve incontestable que ce tremblement de terre fut remarquable par son intensité, par sa durée et les circonstances extraordinaires qui le précédèrent et l’accompagnèrent.
Il est bon de remarquer que non seulement Marie de l’Incarnation, le P. Ragueneau, de l'Hôtel-Dieu, et le P. Lalemant rapportaient ce qu’ils voyaient et éprouvaient euxmêmes, mais encore ce qu'on leur écrivait en même temps de tous les points du Canada. Il ne semble pas qu'ils aient exagéré, car en 1665, deux Français dignes de foi, qui avaient parcouru toutes les localités de Tadoussac et de la Malbaie, assuraient au P. Le Mercier, qui avait remplacé le P. Lalemant dans la charge de supérieur des missions, que “la Rela-
1 L'abbé Ferland, Cours d'Histoire du Canada. =
mel
1art de rtirent
uve en bec de droits, hes se Lées de loupes on ne k beauempèêl'on ne
ave en lement chocs
vaient ndant, année
leterre, ignait s cinq calcule
bouleposée.
ausées ulaire ; nts de Jar son aCCOM-
leneau, it euxjanada.
ivaient lercier,
a Rela-
tion de l'année 1663 n'avait exprimé qu'à moitié les désordres causés par le tremblement de terre en ces quartiers”. L’historien Charlevoix, dont on connait l'étonnante érudition, parle de ces récits, et n'a pas la pensée de douter de leur exactitude. Il était d'autant plus en état d'apprécier leur valeur que lui-même vint au Canada à une &poque où vivaient encore des témoins de ces événements.
Des phénomènes identiques, d’ailleurs, ont été ohservés dans beaucoup de tremblements de terre.
En 1878, à Battang, en Chine, le sol était agité comme une mer battue jar l'ouragan ; et en 1812, le sol des Caracas faisait l'effet d'un liquide en ébullition, En 1759, au Mexique, durant une terrible secousse de tremblement de terre, accompagnée d'un bruit formidable, des roches embrasées furent projetées dans les airs avec beaucoup de cendre.
Durant le tremblement de terre qui affecta le delta de l’Indus, le 16 juin 1819, une surface de 242 lieues carrées disparut sous les eaux de la mer, (Celui du 24 mai 1750 mit à sec le port de la Conception, au Chili. Lors du tremblement de terre qui ravagea la Calabre au siècle dernier, les sommets de quelques montagnes s’effondrérent et le relief du sol fut véritablement modifié. Les arbres s’inclinaient au point que leur cime arrivait à toucher la terre, puis se redressaient après le passage de l'onde.
Je pourrais citer bien d’autres exemples de ce genre causés par les tremblements de terre, mais ceux que je viens d'indiquer, joints à ceux qui accompagnent le cours de cette étude, suffisent pour faire voir que les modifications et les dislocations du sol et d’autres effets provenant du tremblement de terre de 1663, tels que rapportés par les témoins oculaires, n’ont rien d’invraisemblable ; qu’ils ont pu se produire et se sont réellement produits !.
Les plus grandes calamités de ce genre dont l’histoire ait conservé le souvenir sont celles qui eurent lieu en l’an 19, sous Tibère, en Italie, et plus tard, en l’an 52, sous l’empereur Justin, en Asie Mineure et en Syrie; on rapporte que deax cent mille personnes furent victimes de ces tremblements de terre. En 526, cent vingt à deux cent mille personnes périrent sur le littoral de la Méditerranée par suite d’un seul tremblement de terre, et celui qui se fit sentir en Sicile, le 9 janvier 1693, détruisit quarante-neuf villes et un grand nombre de villages, et coûta la vie à plus de quatre-vingt-treize mille habitants. Le tremblement de terre qui détruisit Lisbonne en 1755 fit de trente à quarante mille victimes. Cette terrible catastrophe se fit sentir aux Antilles, dans les iles Britanniques, en Finlande, en Thuringe, dans les Alpes, en Autriche et dans le nord de l'Italie ; on en éprouva même au Canada une forte secousse. Trois coups, chacun estimé à quatre, secondes, arrivés le 26 mars 1812 dans la contrée de Caracas, causèrent la mort de plus de vingt mille personnes.
Il ne serait peut-être pas hors de propos d'ajouter ici, en terminant, que les mouvements que subit le sol n’ont pas tous le même caractère.
Il y a des tremblements de terre qui se manifestent de bas en haut, et ces chocs verti-
‘caux, connus sous le nom de swccussions, sont parfois assez forts pour projeter en l'air de
lourds objets. Ces secousses . verticales sont souvent les plus violentes et les plus redoutables. Lors du tremblement de terre de Riobamba, les cadavres de plusieurs habitants
ns
1 M. de la Potherie écrivait dans le journal qu’il fit de son voyage au Canada en 1700, que “partout où il travailla, la terre était encore bouleversée par le tremblement de terre de 1663 ”. Histoire manuscrite du Séminaire.
Sec. I, 1891. 7,
ER
furent lancés sur une colline d’au-delà de 330 pieds. En Calabre, en 1788, on vit des maisons sauter comme si elles avaient été projetées par l'explosion d’une mine.
D'autres fois ce sont des mouvements ondulatoires se propageant horizontalement, suivant une ligne droite ou rayonnant autour d'un centre, à la manière des ondulations de la surface de l’eau. Dans ce cas, si les vibrations se prolongent durant quelques minutes, elles causent un malaise semblable au mal de mer. C’est justement ce qui a été observé lors du tremblement de 1663, la nature des mouvements ayant été ondulatoires. “Quand on levait le pied pour marcher, dit le Jowrnal des Jésuites, on sentait la terre qui suivait, se levant à mesure qu'on haussait les pieds, et quelquefois frappant les plantes assez rudement, et autr?s choses semblables fort surprenantes.”
Il arrive aussi que ces deux modes d'ébranlement se croisent et se combinent par l'effet de plusieurs commotions simultanées, partant de centres distincts situés à des profondeurs et à des distances inégales. Ces deux derniers caractères semblent s'être également produits en 1663, car on écrivait des Trois-Rivières que “l'agitation tantôt imitait le branle d'un grand vaisseau qui se manie lentement sur ses ancres, ce qui cause à plusieurs des étourdissements de tête ; tantôt l'agitation est irrégulière et précipitée par divers élancements, quelquefois assez rudes, quelquefois plus modérés ”. Le plus souvent ces commotions du sol se réduisent à de simples frémissements qui ne sont remarqués que par des observateurs attentifs.
Il est bien difficile de préciser les causes des tremblements de terre. C’est une question qui, cependant, touche de bien près à notre existence.
D'après certains géologues, l'écorce terrestre est soumise à des effets de tension de nature à provoquer, de temps à autre, des ruptures d'équilibre, et, par snite, des plissements, des fractures, avec déplacements et effondrements. On comprend aisément que ces actions ne peuvent avoir lieu sans causer des ébranlements qui se trahissent à sa surface par de violentes secousses.
Les tremblements de terre des régions volcaniques, sont en général fréquents, violents, et causés par le mouvement des vapeurs autour des volcans.
Ailleurs, dans les terrains stratifiés, ils sont causés par la rupture d'équilibre dans les masses solides, provenant de toute cause capable de produire des changements de niveau ou de position dans l’intérieur de la terre, du sous-minage des strates par des agents quelconques, d’un changement de température dans certains cas locaux, ou enfin du progrès de refroidissement de notre globe. Cette dernière cause, dit M. Dana, le plus éminent des géologues américains, doit avoir été la plus commune, et avoir occasionné la plus grande partie des oscillations et des soulèvements qui s’exercent sur la terre,
On conçoit qu'une contraction, un entassement brusque d'une région souterraine, doit produire à sa surface un ébranlement plus ou moins considérable, mais dans ce cas cet ébranlement devrait, ce semble, s'épuiser en quelques chocs immédiats et n’embrasser qu'une faible étendue ; cela n’expliqne guère ces secousses réitérées qui durent parfois &es semaines et des mois entiers, on qui se répètent à des périodes rapprochées, On doit donc penser que l’eau, par exemple, exerce un rôle important sur les causes des tremble. ments de terre.
C’est un fait reconnu que la température du sol s'élève à mesure qu'on descend plus
bas. On calcule que cet accroissement de la chaleur est d'environ nn degré centigrade
une
des mai-
talement, dulations quelques
ce qui à ondulasentait la ppant les
nent par des prore égalemitait le plusieurs ers élances come par des
question
nsion de s plisset que ces à surface
nts, vio-
re dans nents de par des ou enfin , le plus :asionné rre.
terraine, 1S CE Cas nbrasser ; parfois On doit tremble-
nd plus
par cent pieds, quelquefois plus, ce qui suppose l'existence d’un foyer de chaleur extraordinaire dans le noyau central de la terre, ou tout au moins l'existence d'une couche liquide continue d’une certaine épaisseur entre le noyau terrestre et l'écorce, solides tous deux, ou enfin l'existence, en certains lieux, de lacs souterrains de matières fluides ou en fusion. Quoi qu'il en soit de ces trois hypothèses, il est hors de doute qu’une couche non solide existe à une profondeur quelconque, et qu'elle n’est autre chose que la partie non encore refroidie et solidifiée du globe primitivement fluide.
De son côté, l’eau, obéissant aux lois de la pesanteur et de la capillarité, tend toujours à descendre, principalement sous les chaînes de montagnes et dans les régions disloquées, malgré certains obstacles, de la surface froide du globe jusqu'aux régions profondes et chaudes ; arrivée à une température explosive, elle acquiert une puissance capable de produire les plus grandes commotions. Les vapeurs, gênées pour s'échapper, déplacent brusquement les murailles de leur prison, s'écoulent, par ruptures et soubresauts, de cavités en cavités, et donnent lieu à la surface du sol à une série d’ébranlements accompagnés de bruits étranges. Ce qui semble confirmer cette hypothèse, c'est qu'on a vu jaillir de certaines crevasses ouvertes par un tremblemént de terre, en dehors des régions volcaniques, non seulement de l’eau chaude, mais des matières gazeuses. Lors du tremblement de terre qui, le 25 décembre 1884, ravagea une partie de l’Andalousie, des crevasses de plusieurs milles de longueur et larges de plusieurs pieds s'ouvrirent ; l’une d'elles livra passage à des gaz fétides à odeur d'hydrogène sulfuré, et il en jaillit une source d’eau sulfureuse avec une température de 107 degrés Fahrenheit. Plusieurs sources thermales s'échauffèrent encore davantage. Le P. Lalemant, Marie de l’Incarnation et autres parlent également des crevasses ou ‘“abîmes nouveaux d’où sortaient des vapeurs ensoufrées ”, des “bouffées de chaleur étouffantes qui s’élevaient de la terre”, qui se produisirent, et des sources ou “nouvelles fontaines ” qui apparurent à la suite de notre tremblement de terre, de nos rivières dont ‘les eaux furent corrompues ”, etc.
Cette théorie de l’action de la vapeur surchauffée qu’un éminent géologue, M. Daubrée, a exposee tout récemment, explique mieux que les ébranlements intérieurs des masses solides, toutes les particularités des tremblements de terre, “leur régime, simulant des coups de bélier, leur violence, leur succession fréquente, leur récurrence sur les mêmes régions depuis bien des siècles : ils expliquent aussi leur prédilection pour les contrées disloquées, surtout si les dislocations sont récentes, et leur subordination aux cassures profondes de l'écorce terrestre. Les tremblements de terre paraissent être comme des éruptions voleaniques étouflées, parce qu’elles ne trouvent pas d’issue ”.
“Dans la profondeur des régions disloquées, nous trouvons, dit encore ce savant géologue, les trois caractères suivants : des cavités, de l’eau et une haute température, et, par suite, un agent capable, à un moment donné, de produire des effets dynamiques des plus considérables.”
Dans ces conditions, toute cette région si tourmentée, si brisée, qui s'étend depuis le cap Tourmente jusqu'à Tadoussac, serait donc des plus propres à favoriser l’aïimentation en eau des régions profondes et chaudes, et il est permis de croire que la vapeur d’eau s’y est produite en abondance et a été la cause du célèbre tremblement de terre de 1663.
Cele est d'autant plus vraisemblable que ce tremblement de terre s'étant propagé sur
une grande étendue, de pareils ébranlements doivent être causés à de grandes profon-