CHAPITRE IV
Pathogénie des mouvements mnémoniques.
La pathogénie des tremblements et des mouvements spasmodiques a été diversementinterprètée par les auteurs. La théorie proposée par Spring qui attribuait les tremblements à des oscillations dyshémiques et ischémiques n’a plus aujourd’hui aucun partisan depuis qu'il est démontré que les troubles de la vaseularisation d’un membre ne provoquent ni tremblement ni oscillations fibrillaires dans ce membre, Une seconde théorie, également proposée par Spring, mérite plus d'attention, c’est la théorie des oscillations myopathiques. Il n’est évidemment pas de notre sujet de discuter l'existence d’un tremblement d'origine exclusivement musculaire, auquel le système nerveux ne prendrait aucune part. Nous dirons simplement que son existence est vraisemblable dans certains cas : tel le tremblement local consécutif à la fatigue de certains groupes musculaires (Pierret).
La présence, au sein d’un muscle, d'une série de petits ïlots de tissu fibreux développé aux dépens des
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DIT, Le es fibres musculaires, met les faisceaux restés sains dans un état irrégulier de tension et favorise peut-être la production du tremblement (Pierret). Dans ce cas, le tremblement serait dû à de lasclérose interstitielle des muscles et non à une lésion des centres nerveux. Les frémissements musculaires et, parfois, même le véritable tremblement que l’on observe dans les maladies infectieuses seraient dus, d’après Clément (Lyon Médical, 1869, n° 26) aux altérations musculaires survenant aux cours des fièvres graves. Friedberg, dans son traité des myopathies, compare le tremblement de la paralysie agitante aux contractions fibrillaires de l’atrophie musculaire progressive. Le tremblement de la paralysie agitante ne lui parait qu'un degré plus avancé et aurait, par conséquent, son point de départ dans les muscles.
Enfin, en 1881, dans sa thèse {Essai sur une forme rhumatismale de la paralysie agitante), M. Vesselle
concluait à l'existence d’un certain nombre de para-
lysies agitantes d’origine nettement rhumatismale, anatomiquement caractérisées par de véritables scléroses musculaires disséminées.
Quoiqu'il en soit du tremblement d’origine musculaire, tous les auteurs sont d'accord actuellement pour reconnaître que dans l'immense majorité des cas, le tremblement est un phénomène d'ordre nerveux. Mais on est loin de s'entendre sur la nature de ce phénomène et la pathogénie en est encore très discutée, si bien que Déjerine, dans le Traité de pathologie générale de Bouchard, concluait, qu'en somme, nous ignorons la physiologie pathologique des tremblements et
— À — que toutes les théories émises Jusqu'ici sont encore des hypothèses.
Ilest certain qu’en ce qui concerne la pathogénie d'un grand nombre de phénomènes nerveux, des tremblements en particulier, nous en sommes réduits à des suppositions plus ou moins ingénieuses, la vérifi- ‘ation expérimentale étant, la plupart du temps, irréalisable. Mais quand une hypothèse, d’une part, concorde avec les faits cliniques observés et, d'autre part, a la vraisemblance en sa faveur, nous pouvons l'admettre provisoirement tout au moins, et Jusqu'à preuve du contraire.
La distinction d’un tremblement paralytique, dù à une excitation motrice insuffisante, et d’un tremblement convulsif, dû, au contraire, à une excitation motrice excessive, à de « l’hypercinèse » comme disait Romberg, déjà indiquée par Van Swiéten, a été appuyée plus récemment en France par Gubler, Grueneau de Mussy, Charcot et Fernet. En faveur de cette distinction, Fernet indique un certain nombre d'arguments : « Certaines oscillations musculaires, dit-il, se produisent même en dehors de tout mouvement volontaire et semblent résulter d’une excitation anormale, être, par conséquent, d'ordre convulsif : d'autres, au contraire, se produisant dans l'exercice des mouvements voulus, paraissent imputables à un affaiblissement de là motilité, avec lequel ils coïneident d’ailleurs, et peuvent être considérés comme des phénomènes paralytiques. »
À ces arguments cliniques, Fernet ajoute encore d'autres arguments expérimentaux : € Un effort de
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volonté arrive à supprimer certains tremblements, lorsque ceux-ci se montrent dans l’état de contraction peu énergique des muscles, en augmentant l’énergie de la contraction ; et il est naturel de penser que l’oscillation musculaire était due à une insuffisance de l’action du musele dépendant d'une incitation insuffisante. [L’excitation électrique des. muscles ou des
nerfs qui les animent, supprime le tremblement en
provoquant une contraction plus énergique. D'autre part, dans quelques cas, l'excitation des muscles
exagère le tremblement et on est alors en droit de
penser qu'il y avait une incitation anormale, qu’une incitation nouvelle vient accroître et exagérer. »
A l'état normal, dans les cellules nerveuses motrices l’influx nerveux sans cesse dépensé et sans cesse renouvelé, reste pourtant dans un état de tension qui se traduit constamment par le tonus musculaire. Celui-ci, véritable préparation au mouvement, contraction musculaire fruste résultant de la constante diffusion de forces en quête d'équilibre, met le muscle dans un état d’éréthisme sans lequel les tétanos intentionnels se produiraient toujours trop tard. Dès lors, on peut comprendre facilement le mécanisme de la production du tremblement convulsif de Fernet. Il est du à ce que l’influx nerveux au lieu de se diffuser constamment dans les muscles, comme à l’état normal, s’accumule au contraire, dans les cellules nerveuses motrices, qui se déchargent tout d’une pièce lorsqu'elles sont pour ainsi dire surchargées, sursaturées d’influx nerveux.
Pour expliquer l’apparition des crises convulsives
on admet donc comme exacte l'hypothèse de Jackson, qui considère les attaques, les orages nerveux, comme une résultante de la décharge brusque des cellules nerveuses surchargées d’influx ; quand cette décharge se fait sur les muscles striés, on assiste à toutes Îles phases de la crise épileptique. D'autre part, on sait depuis les recherches de Marey et d'Helmholtz, que pour l'exécution correcte des mouvements volontaires, il faut que le système nerveux dégage sur les muscles des excitations qui doivent être en nombre suffisant (de 32 à 40 par seconde) pour produire le tétanos physiologique. [1 s’en suit que lorsque les secousses sont insuflisantes en nombre, elles ne se fusionnent pas et donnent des contractions successives. On peut done admettre que pour engendrer un spasme tonique, le système nerveux dépense plus que pour des séries de secousses isolées, soit des convulsions cloniques, soit des tremblements, ce qui est presque synonyme. La clinique confirme cette vue de l'esprit, puisque les spasmes cloniques indiquent la fin des crises, et que dans nombre de cas, des crises avortées sont remplacées par des tremblements. Ceci posé, les tremblements proprement dits (tremblements paralytiques de Fernet) nous apparaissent donc comme symptomatiques d’une insuffisance de tension des neurones et non d’un excès. En sorte que toute cause qui mettra les éléments nerveux dans l’impossibilité de se charger suffisamment et dans l’obligation de se décharger avant d’être arrivés à une tension suffisante, donnera naissance à des tremblements. Cette double condition pathologique peut être le
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résultat d’une condition chimique puisque la surcharge et la décharge peuvent être réalisées expérimentalement, comme par l'emploi de la strychnine ou des essences convulsivantes. En outre, la décharge graduelle ou subite peut être favorisée par certains médicaments, tels que la belladonne, la picrotoxine, ete. Ce peuvent être aussi toutes les conditions qui empêcheront la réalisation de l'équilibre mobile de tension nerveuse (Pierret), par exemple les lésions localisées du système nerveux, créant des hypertensions localisées; ou la suppression de condensateurs chargés de régulariser la tension nerveuse, du cervelet par exemple : Lucciani a démontré, en effet (Congrès de Rome 1894) que l’ablation totale du cervelet donne naissance à de la faiblesse des membres, et en même temps au tremblement et à l’exagération des réflexes. On ne peut pas admettre que les cellules nerveuses qui sont au voisinage d’une cicatrice, soient dans des conditions biologiques normales. Elles sont à la fois en imminence de paralysie (Schiff, Tripier), et en imminence de convulsions si leurs conditions chimiques sont modifiées dans un certain sens (Pierret). Le tremblement est intermédiaire de ces deux états et participe de l’un et de l’autre.
Mais que l'effort psychique dirige sur ces cellules défaillantes une sorte de renfort nerveux pris dans les réserves éloignées ou proches, les cellules agissant comme des accumulateurs détériorés se déchargent sous forme de secousses isolées. Et il est prouvé qu’au
. moment d’un effort intellectuel, et de la mémoire en
particulier, les cellules nerveuses motrices entrent
pes Ace en tension. La preuve en est que toute pensée s'accompagne d’un commencement d'exécution de ce qu'elle représente objectivement, et provoque certains mouvements musculaires : ainsi l’idée de parler provoque un certain balbutiement des lèvres. De même un effort de rappel provoque souvent quelques
mouvements correspondant aux idées rappelées, mou-
vements qui sont la traduction visible, objective, de l'entrée en tension des cellules nerveuses motrices. En résumé, la pathogénie des troubles moteurs mnémoniques paraît être la suivante : les cellules nerveuses situées au voisinage de la lésion cérébrale ancienne, cause de l’hémiplégie, se trouvant du fait même de cette lésion, dans des conditions biologiques défectueuses (soit que leur vaseularisation soit insuffisante, où qu’elles soient comprimées par le tissu cicatriciel de l’ancienne lésion), sont incapables au moment de l'effort de rappel de supporter l’accumulation d’influx nerveux qui se fait dans les cellules nerveuses au moment de tout effort psychique. Dans ces conditions, elles se déchargent dès qu’elles renferment un faible degré de tension ; et d'autre part elles sont incapables d'arriver à fournir dans l’unité de temps le nombre de secousses nécessaires à la production d’une convulsion tonique. Conformément aux rechercifèes de Marey, chacune de ces décharges donne lieu à une secousse clonique plus ou moins forte, dont la succession constitue un tremblement. Disons enfin que non seulement l'effort de rappel, mais tout travail intellectuel quel qu’il soit peut produire le tremblement ou les spasmes mnémoniques,
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= Et si nous leur avons donné le nom de mouvements mnémoniques, c’est que l'effort de la mémoire exige
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