NUE
a) FoRME GRANULIQUE. — Cette forme est rare; ici la constipation est la règle, la diarrhée est une exception ; nous ne nous y arrêterons pas ;
b) ForMe uLCÉREUSE. — Dans cette forme, au début la diarrhée peut être intermittente, mais elle ne tarde pas à devenir incessante, impérieuse, allant jusqu’à l’incontinence et provoquant une véritable déshydratation du phtisique (diarrhée au long cours de Louis de Chomel).La diarrhée peut être précédée, suivant Pidoux, d'une entéralgie assez spéciale, qui est caractérisée non pas pardes coliques,mais pardes douleurs continues à forme névralgiques, survenant par accès, avec augmentation de la fréquence des selles qui sont encore solide, étant simplement enduites de mucus. Puis la diarrhée s’installe et persiste.
Au début, la diarrhée est surtout nocturne ou matinale. Plus tard, elle survient à un moment quelconque, souvent en relation avec l’ingestion d’aliments trop chauds, ou surtout trop froids, ou pris avec répugnance, déterminant souvent une selle immédiate. Les douleurs à la période d'état sont spontanées ou provoquées par l’ingestion de certains aliments, ou par la palpation de l’abdomen, intermittentes: coliques, épreintes, avec ténesmes, ou continues, diffuses ou localisées à la fosse iliaque droite. Il existe souvent de l’hyperesthésie cutanée. La palpation suivie de décompression brusque, réveille la douleur.
Les selles sont d’abord demi-fluides, puis liquides,
parsemées de grumeaux jaunâtres ou grisâtres, débris caséeux ou concrétions graisseuses. Elles contiennent des masses muco-glaireuses striées du sang, des aliments non digérés, des lambeaux de muqueuses mortifiées (côlite diphtérique de Lebert)
Leur couleur est d’abord grisâtre, puis foncée et même noire (mælena).
Leur odear èst fétide, souvent putride, gangréneuse.
A l'examen cytologique, on trouve des concrétions granulo-graisseuses, du pus, des hématies déformées, des cristaux de phosphate ammoniacomagnésien.
Leur réaction est alcaline. Il y a augmentation de la teneur en eau par rapport au poids sec des fèces.
L'état général est rapidement altéré.
L’anémie est profonde, la peau sèche, terreuse,les urines sont rares, foncées, les sueurs abondantes,la température est capricieuse, pouvant présenter les grandes oscillations caractéristiques de la fièvre hectique.
La marche de la maladie est lente, irrégulière.
Enfin, des escarres se produisent, les œdèmes apparaissent avec le cortège habituel de la cachexie et la mort survient.
c) TUBERCULOSE INTESTINALE HYPERTROPHIQUE Fl- BREUSE. — [ci le début est insidieux, le malade présente des douleurs après le repas, douleurs irradiées vers l’ombilic, la fosse iliaque droite, puis on cons-
tate des contractions péristaltiques au niveau de
l'abdomen, des sifflements, des gargouillements, des borborygmes apparaissent, suivis d’une débâcle diarrhéique.
d) DÉGÉNÉRESCENCE AMYLOIDÉ DE LA MUQUEUSE INTES- TINALE. — C'est la complication terminale de la tuberculose pulmonaire.
OBSERVATIONS s, OBSERVATION I
M. R...,24 ans. Consulte le 6 Mars 1926. Depuis quatorze mois souffre de douleurs tardives.Depuis l'enfance a eu souvent de l'embarras gastrique avec diarrhée, et quelquefois crises diarrhéiques franches, à la suite d’un écart de régime et excès alimentaire.
Examen.— Le Malade est anémique, maigre, sans appétit; tachyphage, présentant clapotage gastrique, sensibilité épigastrique et abdominale. Aux poumons, légère altération du rythme respiratoire, inspiration rude, expiration prolongée au sommet gauche.
Examen radioscopique de l'estomac. — Pas de signe direct d'affection organique, mais un point sensible très net au niveau de la région pyloro-duodénale et légère ptose gastrique.
Radioscopie des poumons. — Sommet gauche s’illumine moins bien que le sommet droit, pendant les efforts de toux et d'inspiration profonde.
Radiographie. — Confirme les renseignements fournis par examen radioscopique et montre une teinte légèrement grisâtre du sommet gauche, avec petite arborisation péribronchique.
A la suite de ces divers examens,nous administrons du tré-
parsol: un comprimé de 0,25 centigrammes, quatre jours sur sept et à partir de la troisième semaine deux comprimés par jour, quatre jours sur sept.
Le 12 novembre 1926, diminution de la diarrhée et des gaz, amélioration de l’état général, meilleur appétit. Le malade cesse le tréparsol.
Le 4 avril 1927, la diarrhée réapparaît avec douleur à la base du thorax. Nouvelle cure de tréparsol de dix jours sur
trente; amélioration consécutive.
[l s’agit d’une diarrhée simple chez un tuberculeux scléreux, très probablement d’origine alimen-
taire et améliorée par le tréparsol.
OBSERVATION Il
Mlle V. D...,26 ans. Vient à la consultation le 23 avril 1926, pour une diarrhée qui dure depuis trois semaines ; quatre à cinq selles journalières et douleurs abdominales, amaigrissement de quatre kilos en deux mois.
Antécedents personnels.— Tuberculose pulmonaire, trois ans au sanatorium ; à l'examen,le poumon gauche est atteint; (période de ramollissement). Cæcum et célon ascendant sensibles, défense abdominale, gargouillement.
L'examen des selles fait le 30 avril 1926, portant sur trois échantillons : selles alcalines, molles, semi-liquides, jaunes ; le Meyer est positif sur trois échantillons, sans DATE Administration du tréparsol, dix jours sur vingt. La malade revient à plusieurs reprises; le 22 juin 1927 revue une dernière
fois. L'état général amélioré,reprise de deux kilos ; la diarrhée
a cessé. Trois semaines après la cessation du tréparsol, la diarrhée réapparaît. La malade reprend du tréparsol jusqu'à la disparition de la diarrhée, et suspend le traitement jusqu'à sa réapparition. Le 24 juin 1927 nouvel examen des selles : selles jaunes, pâteuses, fermentations et réaction acide,
pas de parasites.
En résumé il s’agit d’une diarrhée chez une tuberculeuse ancienne. Le tréparsol a amené une amélioration de Ja diarrhée, la cessation des douleurs abdominales ; et l’état général devient bon.
Après la cessation du traitement, la diarrhée réapparaît progressivement au bout d’un temps variable, de quelques jours à quelques semaines. Il faut instituer une série de traitement avec des intervalles de repos.
OBSERVATION III
Mme T...,'52 ans. Tuberculose ulcéro-caséeuse, extensive et bilatérale. Bacille de Koch dans les selles et dans les crachats. A l'examen on note une tumeur allongée, mobile, douloureuse dans la fosse iliaque droite. Depuis plusieurs mois présente de la diarrhée : huit à dix selles par jour, liquides, fétides et douleurs abdominales violentes. Cette diarrhée est rebelleauxtraitements(opium,tannigène,collargol, bismuth). Nous administrons le tréparsol: pendant une semaine, aucun résultat. La malade continue le traitement quatre jours sur sept. Au bout de quinze jours les selles deviennent rares (une
ou deux par jour). Cette amélioration se prolonge pendan
ot —
un mois ; nous cessons le tréparsol ; la diarrhée réapparaît,
mais qui cède encore à l'administration du tréparsol.
Voici donc une malade présentant depuis plusieurs mois des troubles digestifs graves, liés à des lésions bacillaires de l’intestin, et qui pendant un mois, grâce au tréparsol n’a eu ni diarrhée, ni douleur, alors que les signes pulmonaires s’accentuent lentement et que les altérations de l'intestin ne sont pas améliorées.
Cette dissociation entre l’action du médicament sur le symptôme et sur la maladie nous paraît capitale et mérite d’être soulignée ici, comme dans les cas où le médicament agit pour arrêter la diar,
rhée, ne présentant ainsi qu’une action temporaire.
OBSERVATION IV
M. L..., 38 ans. Tuberculose pulmonaire ulcéro-caseeuse extensive, ramollissement dulobe supérieur gauche, bacilles de Koch danslesselles et dans les crachats. Diarrhée abondante (huit à dix selles quotidiennes) datant de plusieurs mois et rebelle à l'opium, kaolin.
Douleurs abdominales violentes, météorisme de l'abdomen et douleurs à la palpation.
Au bout de cinq jours d'administration de tréparsol les douleurs disparaissent, la diarrhée cesse rapidement. Le malade continue le traitement dix jours sur trente : aucune
reprise des symptômes depuis trois mois.
TE ie —
Le résultat du traitement des diarrhées chez les tuberculeux par le tréparsol.
En résumé, l’action du tréparsol est incontestable dans le traitement des diarrhées des tuberculeux, curatif dans les diarrhées banales chez les tuberculeux, palliatif excellent dans l'entérite bacillaire.
Son action anti-diarrhéique générale se manifeste d’une manière particulièrement nette dans les cas graves, si souvent désespérants où toute autre thérapeutique a échoué. Il semble bien que l’action anti-tuberculeuse du tréparsol soit nulle, mais on ne peut l’affirmer d’une façon absolue.
Il convient de signaler l’innocuité si remarquable des arsenicaux pentavalents (surtout le tréparsol) chez les tuberculeux, contrairement à l’action congestiveet souvent pyrétogène des dérivés organiques trivalents si souvent employés en clinique. Nous n'avons jamais observé de signes d’accumulation ou d'intoxication graves, malgré les doses importantes longtemps prolcngées, chez des malades aussi sensibles que les tuberculeux pulmonaires.
On ne peut pas dire que, le tréparsol guérit l’entérite bacillaire, et supprime la diarrhée et les douleurs abdominales. Car ces symptômes apparaissent presque aussitôt après la cessation du traitement. Mais celui-ci pourraît être prolongé très longtemps, suivant le conseil du D' Savignac, re-
connu sans inconvénient, comme il permet aux
tuberculeux entéritiques de se maintenir dans un état meilleur, de mieux s’alimenter et de conserver Jusqu'à la fin une certaine euphorie.
Une observation plus prolongée pourra seule permettre de se rendre compte de l'action curative possible de tréparsol dans les entérites bacillaires.
Savignac a remarqué que certains malades supportent mieux les petites doses et bénéficient aussi du traitement.
Il nous semble que les seules contre-indications à l'emploi du tréparsol chez les tuberculeux sont les albuminuries. On devra surveiller les urines des malades en traitement. Cette réserve faite, on peut dire qu’il n’existe pas de contre-indication à l’admi-
nistration du tréparsol.