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CHAPITRE III

Dysenterieamibienne. Dysenterie spirillaire.

L'action du tréparsol.

La dysenterie amibienne est une maladie cosmopolite, rare dans les pays tempérés, beaucoup plus répandue dans la zone intertropicale.

En considérant la zone chaude, on peut distinguer climatologiquement deux régions : la région tropicale et la région équatoriale. Or, phénomène assez curieux, la dysenterie paraît plus fréquente dans la région tropicale que dans la région équatoriale.

La dysenterie amibienne est l'infection du gros intestin par une amibe spécifique que l’on appelle Entamæba var-histolytica. Cette amibe vit dans le mucus intestinal et dans les parois mêmes de l’intestin, où elle creuse de véritables ulcères à la surface de la muqueuse et des galeries souterraines dans le tissu de la sous-muqueuse. Après l'attaque de dysenterie, ou même, chez l’homme normal, l’amibe dysentérique peut vivre dans l'intestin au milieu des matières fécales, elle n'est plus histiophage mais coprophage. On l'appelle alors Entamæba dysen-

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teriæ, variété tetragena. Sous cette forme, elle n’occasionne aucun trouble du côté de l'intestin. Elle vit là, en simple témoin de l'infection passée ou de l'infection à venir. Elle est devenue coprophage comme Entamæba coli, qui l'accompagne fréquemment. Cet état d'infestation qui n'est plus l'état sain, mais qui est non plus un état pathologique, s’appelle : l’état latent d'amibiase, et le sujet qui en est atteint, est dit porteur de germe ou porteur de kystes, car c'est par la présence des kystes dans les fèces qu'on fait le diagnostic de cet état de pré ou de post: morbidité.

La DYSENTERIE SPIRILLAIRE. — La question des spirochètes dans les infections intestinales est une des questions les plus controversées de la pathologie de l'intestin ; cela tient à ce que ce genre de micro-organisme n’ést ni cultivable sur les terrains habituels de la bactériologie, ni inoculable aux animaux de laboratoire. De plus, la faune normale de l'intestin contient elle-même des éléments spirolés, alors, on se demande si les spirochétoses intestinales sont véritablement des maladies spécifiques, ou bien, si elles ne sont que des manifestations banales dues à la pullulation de micro-organismes déjà préexistants dans l'intestin. Dans tous les cas, les spirochètes à eux seuls peuvent donner naissance au syndrome dysentérique, mais la dysenterie spirochétique pure est rare. Le plus généralement on-trouve les spirochètes associés aux germes habituels des dysenteries

soit aux amibes, soit aux bacilles dysentériques.

Au point de vue clinique, la dysenterie à spirochètes dans sa forme pure, n’est pas grave et les symptômes cliniques se bornent à quelques coliques suivies d’expulsions de mucosités blanches ou rouges. Les selles sont au nombre de 8 à 10 par jour. Le ténesme est peu prononcé. Il n’y a pas de fièvre.

Lorsque. la. période aiguë est passée et que les selles sont devenues fécaloïdes,il y a le plus souvent de la diarrhée avec expulsion de crachats rectaux muco-sanglants. C’est toujours dans les mucosités qu’il faut rechercher les spirochètes.

THÉRAPEUTIQUE. — L'usage des arsenicaux dans le traitement des entérites à protozoaires est de date déjà ancienne, et c'est dans l’amibiase que l’arsenic, sous ses diverses formes, a été d’abord employé.

En 1911, dans la Presse médicale d'Egypte, Milian publia les premiers résultats dus à l’arsenic dans l'infection amibienne, Il s’agissait d’un médecin colonial à la fois dysentérique et syphilitique désireux de bénéficier du 606. Un examen des fèces pratiqué par Jopter ayant révélé la présence de « nombreuses amibes, même sur les matières diarrhéiques sans mucus, » le traitement fut aussitôt commencé, s'adressant du même coup au tréponème et à l’amibe. Quatre jours après la première injection, le malade ne présenta qu'une selle sans glaires, ni sang. Une deuxième injection de 30 centigrammes fut faite le cinquième Jour. Après l'amélioration de l’état général,etenviron un moins après la premièré injection, la

guérison était obtenue. La suppression quasi-immé-

diate des phénomènes dysentériques bactériologiquement vérifiée, réalisée en dehors de toute médication adjuvante, prouvait l’action du 606. Trois observations sensiblement analogues furent publiées en 1913 par Wadham et Hill dans The Journal of the American Medical Association, le salvarsan avait simultanément amélioré les accidents syphilitiques et les signes cliniques de dysenterie.

Au Congo belge, Van den Branden et Dubois n’ont pas obtenu des résultats encourageants de l’emploi du 606.

Pendant l'été, en 1915 apparut dans la région du Nord et des Flandres une véritable épidémie de dysenterie, considérée à tort comme de nature bacillaire. A l’hôpital de Steenorade, Ravaut montra qu'il s'agissait en réalité de dysenterie amibienne « camouflée » par la présence de bacilles dysentériques n'ayant qu'un rôle secondaire, et rechercha systématiquement chez les malades, la valeur curative du 914, en étudiant les ressources des divers modes d'administration, surtout du novarsénobenzol par la voie buccale, « seule voie véritablement efficace pour déterminer la disparition des kystes et pour modifier la persistance parfois décourageante ». Deux formes pharmaceutiques ont été proposées pour l'emploi ab ingestis du 914: les capsules en gélatine formolée et les comprimés. Plus facilement acceptés, les comprimés du novarsénobenzol — ou narsénol — dosés à 10 centigrammes de produit actif, protégés par un enrobage spécial, ne s’oxydant

P. Nazarian 3

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