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CHAPITRE IV

LA LAMBLIA INTESTINALIS (GIARDIA)

Le rôle pathogène de lamblia longtemps discuté, semble actuellement hors de doute. Avant la guerre, quelques cas isolés de côlites à lamblia avait été déjà observés, soit en France (Brumpt, Coiffon), soit aux colonies (Noc). Mais ce parasite a été surtout signalé en 1915 et en 1916, d’abord dans l’armée anglaise, à Gallipoli, en Egypte, puis sur le front des Flandres, enfin dans les secteurs français contigus où il a déterminé des formes aiguës. Très souvent, alors, les lambias ont été trouvés associés aux amibes dysenteriques dont ils semblent modifier l’action pathogène. Dans d’autres cas, beaucoup plus nombreux, des lamblias ont été trouvés avec des symptômes amibiens de côlite, et même parfois sans provoquer une altération colique importante.

La lambliase intestinale se présente sous deux formes cliniques.

a) Les formes aiguës et virulentes, ne s’observent guère dans l’Europe : elles ont été surtout étudiées par les médecins anglais, à Gallipoli,puis en Egypte. On a vu des côlites dysentériformes à lamblia avec

selles sanglantes et muco-purulentes se répétant

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vingt ettrente fois par jour, parfois avec état typhoïdique. Cade a rapporté un cas à grandes oscillations thermiques.

b) Les formes chroniques et frustes, sont très fréquentes en France, soit chez les soldats contaminés au front, soit chez des sujets en contact avec les soldats contaminés et, surtout, en association avec l’amibiase. ; |

Les formes chroniques, à poussées successives, se caractérisent par des signes cliniques imprécis et discrets : sensibilité abdominale diffuse, coliques, météorisme abdominal.Le nombre de selles est seulement de 3 à 4 pendant les périodes de rémission : il y a même souvent constipation. À ce moment l’état général est satisfaisant et il y a peu de symptômes de côlites. Mais à certaines phases, sous l’influence d’une alimentation défavorable, du froid, d’une émotion, etc., surviennent des poussées diarrhéiques de 20 à 30 selles par jour, poussées qui durent quelques jours ou quelques semaines. :

Les selles sont ordinairement pâteuses, brunes, fétides. Après dilution,elles montrent de petits fragments de mucus, témoins d’un processus colitique. La réaction est fortement alcaline, les résidus musculaires et hydro-carbonés (cellules de pommes de terre) sont assez nombreux. Ce n’est qu'exceptionnellement que les selles sont glaireuses, sanguinolentes et muco-purulentes, d'aspect dysentériforme.

L'état général est habituellement peu touché.

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L'examen rectoscopique montre une muqueuse hyperémiée, avec piqueté hémorragique diffus,généralement sans ulcération.

L'examen microscopique des selles peut, seul, affirmer le diagnostic.

Pendant les périodes de recrudescence diarrhéique, on trouve des lamblias adultes ou des kystes.

Dans les périodes de calme, avec selles pâteuses ou dures, on trouve uniquement des kystes de lamblia, mais en grand nombre. L'administration d’un purgatifou d’un lavement iodé réactive le processus morbide et facilite la recherche du parasite.

Les lamblias adultes, à l’état vivant, sont relativement rares dans les selles, sauf aux phases aiguës : les parasites se déplacent plus ou moins rapidement au moyen de flagelles. Le corps est piri-forme, légèrement concave à sa face ventrale, très eflilé à la partie postérieure. L’extrémité large présente deux gros noyaux qui se colorent vivement ; le tout a l'aspect d’un masque avec deux gros yeux ; on trouve enfin huit flagelles disposés par paires : deux entres les noyaux, deux de chaque côté et deux à l'extrémité, flottant dans leliquide intestinal. Dans l'intestin, le lamblia est fixé, par une ventouse, sur les cellules épithéliales. :

Les kystes de lamblia sont beaucoup plus fréquemment rencontrés que les formes adultes.: ils sont très nombreux ; mais, comme on les rencontre parfois chez des sujets ne semblant pas atteints de

côlite, il nous semble que leur présence n’a de valeur

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que si leur nombre est considérable et s’ils sont retrouvés en grande quantité à chaque examen. Pour mieux les décéler, malgré leur transparence, le mieux est de mettre sur la gouttelette obtenue par délayage de la selle, une goutte de liqueur iodéioduré : le kyste est alors coloré en brun acajou ou en jaune verdâtre, tranchant sur le fond de la préparation et moñitrant ses détails de structure.

Le kyste est entouré d’une coque à double contour net. Il présente surtout à son milieu un septum caractéristique réfringent, sinueux, qui semble partager le kyste en deux segments, l’un droit et l’autre gauche, qui parfois se divisent. On observe parfois deux noyaux, parfois même quatre noyaux, généralement groupés au même pôle. C’est en fait le septum qui permet le mieux l'identification des kystes de lamblia.

L'évolution de la côlite à lamblia est souvent extrêmement longue et rebelle. La maladie peut être sans doute guérie d’une façon radicale, mais quelquefois la guérison n’est qu'apparente et le sujet devient un porteur et un semeur de kystes. Exceptionnellement la maladie devient chronique, le sujet affaibli par une diarrhée persistante traine une misérable existence qui se termine par la tuberculose.

Tout a été essayé contre le lamblia. Woodcock et Peufold se déclarent très satisfaits des résultats obtenus par l’administration d’un mélange de naptolB et de salicylate de bismuth.Castellani préconise

le bleu de méthylène en capsules ou en lavements ; Deglos l’essence de térébenthine en capsules. Le sulfate de soude à petites doses, le calomel, le soufre (Carle),le carbonate de calcium, l’acide chlorhydrique à hautes doses, l’ipéca, l’émétine, l’iodure double d’émétine et de bismuth, l’urotropine, les laits caillés utilisés par Brumpt, le biolactyl, l'acide lactique, les drastiques, le thymol qui a donné à Zeglas quelques bons résultats, le sulfate de quinine, l'acide picrique : tous ces produits ont été simultanément ou successivement employés ; aucun n’a donné de résultats décisifs et constants.

Les arsenicaux à leur tour on été utilisés contre la lambliose. Ravaut, Cade, Mathieu ont prescrit à leurs malades des capsules de novarsénobenzol, Goiffon essaya le galyl.

Les résultats diffèrent suivant les auteurs. Relativement efficaces dans certains cas où ils produisent une amélioration notable,les arsenicaux le plus souvent se montrent complètement impuissant.

D'ailleurs, même dans les cas nettement améliorés, s’il est facile cliniquement de constater l’amélioration au point de vue coprologique, il paraît nécessaire avant d'affirmer la guérison, d'examiner les selles tous les jours et pendant une période assez longue, car l'élimination des kystes étant irrégulière, des examens de selles isolés, faits à diverses périodes peuvent parfaitement être négatifs, alors que, effectués le lendemain, ils permettraient peutêtre d'affirmer la présence du parasite.

P. Nazarian A

Contreles lamblioses rebelles, les nouveaux composés arsenicaux ne devaient pas tarder à entrer en jeu, surtout le tréparsol donné par Flandrin et R. Sanignac qui a donné des résultats durables. Mais on doit revenir plusieurs fois à la charge et instituér un traitement cyclique, prophylactique des récidives, analogue à celui de l’amibe dysen-

trique.

OBSERVATION I

M. B.,âgé de 25 ans. Consulte le 2 mai 1927 pour la fréquencé anormale des selles et crise matinale avec trois selles accompagnées de colique, état nauséeux, et suivies, de fatigue, constipation et diarrhée alternatives.

Il a contracté au Maroc, il y a trois ans, une crise de côlite avec trois à quatre selles glaireuses par jour, ét une fièvre durant huit jours. À l'examen, rien de particulier sauf une sensibilité de l'abdomen ; toujours bon appétit.

Nous pratiquons l'examen dés selles sur plusieurs échantillons : selles brune, molles, à réaction acide avec abondance de kystes de lämblia. Le malade est soumis au tréparsol quatre jours sur sept ; dès la deuxième semaine les crises diarrhéiques ont disparu : réduites à deux selles par jour.

Un nouvel éxamen des selles fait le 25 juin 1927 révèle encore quelques kystes de lamblia..

Nous conseillons de continuer le tréparsol dix jours sur vingt ; le malade va bien. Un dernier examen des selles

portant sur deux échantillons ne décèle plus aucun parasite.

OBSERVATION II

Mo. :#3S ans.

1% janvier 1926. — Depuis dix ans, est sujet à des crises diarrhéiques : amaigrissement ; quelquefois colique avec deux à trois selles par jour. Régime et médicaments antidiarrhéiques sont restés sans effets.

A l'examen. — Léger strabisme, langue saburrale, sensibilité de tout le côlon.

Examen des selles fait à plusieurs reprises sur trois échantillons elles sont diarrhéiques ; présence de lamblia et de kystes en abondance.

Le malade est soumis au tréparsol: un comprimé 0,25 centigrammes quatre jours sur sept,plus régime.

Le 8 mars 1926. — Amélioration des diarrhées et de l’état général ; à ce moment, un nouvel examen des selles révèle toujours des parasites. Le malade continue le tréparsol, un autre examen des selles, fait le 7 juin 1926, ne décèle plus aucun parasite ; malgré notre conseil, le malade abandonne le traitement.

Le 7 mars 1926. —Il revient pour une nouvelle crise diarrhéique. Nous pratiquons alors l'examen des selles : nombreux kystes de lamblia et trichocéphales.

Nouvelle curé de tréparsol quatre jours sur sept, amélioration des diarrhées, plus äucun parasite dans les selles ; par prudence, nous conseillons le tréparsol quatre jours

sur sept, deux fois par mois.

Le 95 juillet rg27. — Le malade n’a pas continué le traite-

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ment. revient avec diarrhée ; selle liquide et parasite ; à ce

moment nous instituons le traitement régulier de tréparsol. Le 5 octobre 1927. — Le malade va bien ; depuis, plusieurs

examens des selles restent négatifs au point de vue parasite. Le malade continue le tréparsol quatre jours sur sept deux

fois par mois.

Cette obsërvation nous montre la résistance des kystes de lamblia devant le traitement irrégulier, d’où la nécessité du traitement régulier et rigoureux

pour les faire disparaître complètement.

OBSERVATION III

M. L...,3 ans (fils, précédente observation).

Le 23 mars 1926. — Depuis un an, présente de la diarrhée : quelquefois 3 à 4 selles par jour, purée, pâteuses, liquides.

Examen. — En dehors de l’amaigrissement et d’une légère sensibilité de l'abdomen, rien de particulier.

‘ Examen des selles. — Kystes de lamblia ‘en abondance. Tréparsol : un comprimé de o,20 centigrammes quatre jours sur sept et régime.

Le 21 avril 1926. — Bon état général, augmentation du poids amélioration de la diarrhée.

Nouvel examen des selles le 7 juin 1926 : aucun parasite.

Le 1°r mai 19279. — Le malade a cessé le tréparsol. Il nous revient avec nouvelle crise diarrhéique et quelques kystes de lamblia et trichocéphales dans les selles. Remis au traitement du tréparsol pendant deux mois.

Le 25 juillet 1927. — Amélioration des crises, disparition

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