SCÈNE VI
Et fuir cette maison où j'ai par trop souffert. Dans le prochain couvent asile m'est offert ; J'irai là... car il faut que j'oublie et m'en aille.
S'approchant de la cheminée.
Tout justement voici des copeaux, de la paille ; Et ce foyer désert, où s'est tu le grillon, Aujourd'hui recevra l'adieu de Cendrillon... Disparais, seul témoin de ma triste folie.
Elle pose son livre sur la paille amoncelée dans le foyer et y met le feu avec une petite lampe qui est accrochée dans l'intérieur de la cheminée. Une grande flamme jaillit.
Oui, la flamme s'élève, et l'œuvre est accomplie. Les feuillets tout noircis se tordent dans le feu... Monte donc, flamme pure, avec mon dernier vœu ! Avec mon dernier vœu, monte, blanche fumée Qui t'en vas dans le ciel, doucement parfumée, Puisque je t'aUmente, en ce jour de douleurs. Avec un double encens, la prière et les fleurs ! Monte donc, jusqu'à Dieu, flamme du sacrifice, Pour qu'à celui que j'aime il devienne propice, Et, si Jean souffre encor de son amour ancien, Pour qu'au moins mon malheur adoucisse le sien !
Le feu s'est éteint tout à fait.
Le feu s'éteint! Tel est mon cœur, cendre et poussière !
Apercevant au fond de la cheminée un trou béant qui n'y était pas auparavant.
Tiens!... Mais cette flambée a fait choir une pierre Du foyer... Chaque jour ces murs croulent un peu. Et voilà si longtemps qu'on n'avait fait de feu !.. Voyons donc... Le dégât n'est pas grand, je suppose...
Etonnée.
Mais. . . c'est une cachette. . . Ah ! Dieu ! l'étrange chose ! . Un coffret!...
Elle prend le coffret qui est dans le trou.
De la flamme il est tout tiède encor... Pourrait-il s'ouvrir?...
Elle porte le coffret sur la table et s'efforce de l'ouvrir.
Oui...
Avec stupeur.
Le trésor! le trésor!...
J'ai trouvé ceci, moi!... Suis-je bien éveillée?... Mais non, cette cassette en fer, toute rouillée, Je la touche...
Prenant à pleines mains les parures contenues dans le coffret.
Voici les bijoux... et mes yeux Ont peine à soutenir leur éclat merveilleux!... Mais pourquoi tant de trouble et quelle est ma pensée? Dieu m'entendait : voilà ma prière exaucée ; Grâce à mon sacrifice il m'a fait découvrir Ce trésor par qui Jean va cesser de souffrir. Mes espoirs consumés lui rendent sa richesse. Pour qu'il épouse Irène et la fasse duchesse ; Et, comme par miracle et par enchantements, Mes pleurs sont devenus perles et diamants!... Hélas ! mon pauvre amour !
Apercevant Jean qui rentre pensif et la tête basse.
Jean! Ah! comment lui dire?..,