Le trésor de Boscoreale
LA VILLA DE BOSCOREALE: LES FOUILLES j PLAN ET DESCRIPTION DE LA VILLA; IiATIMENTS D 1 HABITATION ; BATIMENTS D ' EX P L 0 IT ATI 0 N ; LE MOBILIER; AR- MOIRE BENFERMANT QUELQUES PIÈCES D'ARGENTERIE ; CADAVRES TROUVÉS DANS LE PRESSOIR A VIN ; LE RÉSERVOIR A VIN", DÉCOUVERTE DU TRÉSOR; ACQUISITION DES OBJETS D'ARGENT", DONATION AU MUSÉE DU LOUVRE.
Le voyageur qui vient de traverser l'Italie et qui arrive sur les bords du golfe de Naples se sent pénétré d'une vive émotion à la vue du spectacle que la nature offre à ses yeux. Mais la beauté du paysage et la mer qui brille à ses pieds ne peuvent absorber entièrement sa pensée. Mille souvenirs assiègent son esprit ; le plus vit', l<> plus pressant est celui de Pompéi et c'est vers Pompéi qu'il dirige ses premiers pas. La catastrophe qui a enseveli cette ville l'a préservée en même temps d'une ruine fatale; elle Fa rendue immortelle, autant du moins qu'on peut l'être ici-bas. Dans sa fureur, le Vésuve a été le plus précieux auxiliaire de l'archéologie. L'étude du passé console souvent ; elle repose toujours des agitations du présent. Rendons grâce
8 MONUMENTS ET MÉMOIRES
au Vésuve qui nous a procuré de si douces et de si tranquilles jouissances !
Nous lui devons la conservation du trésor d'argenterie de Boscoreale dont le Louvre s'est enrichi. Mais dans cette circonstance heureuse, il n'est pas seul à mériter nos remerciements. Le donateur généreux qui a voulu doter son pays de cette merveilleuse découverte a des droits plus directs et plus réels à notre gratitude : c'est à M. le baron Edmond de Rothschild que revient la meilleure part de notre reconnaissance.
Boscoreale est situé à deux ou trois kilomètres au nord de Pompéi, au sud-est du Vésuve, dans un mouvement de terrain d'où l'on jouit d'une vue fort étendue. La vie y est facile et douce ; la terre y rend avec usure ce qu'on lui donne; la vigne et les fruits y viennent en abondance ; la population de la localité est essentiellement agricole. C'est sur le territoire de ce village bien connu de tous ceux qui ont fait l'ascension du Vésuve, dans un domaine appartenant à M. Vincenzo de Prisco, aujourd'hui député au Parlement italien, au lieu dit Piscine lia Settetermini, que le trésor a été trouvé.
Avant d'en aborder la description il est nécessaire d'exposer en quelques mots les circonstances qui ont précédé sa découverte, de conduire le lecteur sur le terrain même des fouilles, de le faire pénétrer pour ainsi dire dans l'habitation où étaient cachés les précieux vases d'argent.
Au mois de novembre 1876, un propriétaire du pays, M. Modestino Pulzella, en établissant les fondations d'un mur de clôture sur le chemin public appelé Settetermini, avait rencontré des constructions antiques et une quantité d'amphores très considérable. Fiorelli conjectura que le terrain de M. Pulzella devait recouvrir une villa rustica dont le principal revenu consistait dans la production du vin1.
1. Fiorelli, Notizic rfpgli scavi, 1876, p. 196. La villa rustique de Roscoreale, dont le plan est donné plus loin, sera utilement comparée avec les constructions analogues ré-
Des fouilles régulières furent aussitôt commencées sous la surveillance de l'architecte Michèle de Ruggiero, directeur des travaux de Pompéi; elles amenèrent la découverte d'une chambre pavée en mosaïque, d une cuisine et d'une écurie. Le propriétaire voisin, un vieux chanoine, nommé Angelo Andréa de Prisco, s'étant plaint des empiétements faits sur son terrain pour reconnaître les autres parties de l'antique villa et s'étant opposé à la continuation des recherches, les fouilles furent suspendues le 31 décembre de la même année *.
Les choses restèrent en cet état pendant dix-huit ans. Mais le chanoine Angelo Andréa de Prisco étant venu à mourir, un de ses héritiers, M. Vincenzo de Prisco, prit aussitôt l'initiative du déblaiement de son domaine et y commença des fouilles le 10 septembre 1894. Il les conduisit sans interruption jusqu'à la fin de juin 1895 et les dirigea avec autant d'habileté que d'intelligence. Grâce à ses travaux il fut aisé de reconnaître que les ruines retrouvées vingt ans auparavant sous la propriété Pulzella formaient, avec les ruines beaucoup plus considérables qui s'étendaient sous son propre terrain, l'ensemble des bâtiments d'une villa rustique 2.
Arrêtés pendant un an, les travaux furent repris le 4 mai 1896 avec l'intention formelle d'en finir et de dégager complètement la villa et ses abords. On reconnut que les constructions comprenaient un ensemble régulier mesurant environ 40 mètres de longueur sur 25 de largeur. Au sud-ouest une annexe couverte, entourée d'un mur peu élevé, formait d'abord un prolongement de 10 mètres à la façade principale, tournait ensuite d'une manière plus ou moins régulière
pandues sur le fertile territoire d<> Stables. Les plans de ces constructions publiés par Michèle de Ruggiero, Degli scavi di Stabia dal 1749 al 1782 (1881, in- i" avec de nombreuses planches), offrent des analogies frappantes avec le plan de la villa de Boscoreale, preuve évidente que les anciens, une fois qu'ils avaient Irouvé uni' disposition convenable, l'adoptaient d'une manière définitive.