SECOND GOBELET
Trois squelettes anonymes.
Ménandre et Archiloque.
Euripide.
Monimos et [Démétrius de Phalère].
Sophocle et Euripide semblent bien n'avoir aucune relation avec les squelettes qui les environnent; ils paraissent tout à fait indépendants. Évidemment Euripide devrait être opposé à Sophocle. Ménandre avec Archiloque devraient correspondre à Moschion avec le joueur de lyre; mais l'artiste, par une fantaisie ou pour un motif matériel, a modifié l'ordre des figures. Le joueur de lyre anonyme, placé auprès de Moschion, remplit le même rôle qu' Archiloque auprès de Ménandre; il esl représenté dans les mêmes proportions.
Ainsi, à côté d'inconnus personnifiant l'humanité en général, apparaissent des personnages qui dans la littérature, dans l'art ou dans l'étude des problèmes de la vie, ont occupé une place éminente. La poésie tragique, dramatique et comique, la musique, la philosophie sont représentées par des noms dont la plupart, sinon tous, jouissaient d'une célébrité sans conteste. Chacun de ces Grecs illustres est caractérisé par un attribut spécial et par une attitude particulière. Les philosophes, placés deux à deux, vis-à-vis l'un de l'autre, personnifient des doctrines diamétralement opposées. La scène entre Zénon et Épicure est particulièrement animée ; les gestes des deux interlocuteurs montrent
sans le moindre doute qu'il s'agit de philosophes en complet désaccord, et certainement notre Zénon ne peut être que le chef des stoïciens. Tandis que les poètes sont accompagnés de serviteurs ou de joueurs de flûte, dans les deux scènes où paraissent les philosophes on ne voit aucun squelette accessoire, il n'y a que des animaux : deux petits cochons auprès d'Épicure1 et deux chiens auprès du cynique Monimos.
Quatre guirlandes de roses épanouies, avec leurs feuilles plaquées sur le vase et leurs bandelettes légèrement indiquées à la pointe, entourent le haut de chacun de ces gobelets. Elles se détachent en saillie audessus des squelettes et forment un contraste assez étrange, à première vue, avec les représentations funèbres qu'elles surmontent. Mais les roses qui durent à peine l'espace d'un matin, font songer à la brièveté de la vie et à la mort. On s'en servait pour couronner les morts2; on les déposait, à jours fixes, sur les tombeaux3; on les plaçait entre les mains des défunts4; les parents et les amis s'en couvraient la tête pendant le repas funèbre de même que les buveurs ordinaires en dégustant les vins les plus recherchés 5. En Italie on fêtait les morts au printemps par les « escae rosales » et aussi à l'anniversaire de leur naissance. La fête des « rosalia », la fête mortuaire des roses est bien connue6. Dans certaines contrées, les cérémonies des rosalies